Sortie de tournoi prématurée à Namur et Zenith écourté perdant

Namur, 25 novembre 2010

Ce jeudi, le tournoi est un 40 + 1 rebuy + 1 add-on, ce qui veut dire que si l’on saute après l’unique rebuy autorisé, le tournoi est fini pour nous. On reçoit 2500 jetons de départ, et 3500 pour l’add-on. Au début, suite à un jeu assez loose, où je ne trouve pas grand chose, mon tapis chute à 1150 et je trouve au CO. 4 joueurs limpent à 200 et j’envoie mon tapis. La SB, la BB, et les 3 premiers limpeurs déclinent et passent. Le 4e limpeur, hésitant paye avec . Je gagne le coup sur un  board:  .

Je suis en SB avec . Le bouton limp, je complète. Il n’y a pas assez à gagner ici pour tenter un vol, je préfère voir le flop. Flop: . Je check, il mise 500, je patiente et je call. Turn: . Je check, il mise à nouveau 500. Il semble faible ici. Deux mises si light au flop et au turn sont un signe évident de faiblesse. Pour moi, il a quelque chose, sans que ce soit un tirage. Il a peut-être une petite pocket pair, et le 7 n’est pas impossible non plus. Mon tirage est beau, j’ai 15 outs. Mais selon l’historique des coups de la table, je pense avoir moins de fold equity contre lui que contre un autre. D’autre part, je n’ai pas assez de profondeur pour que la fold equity soit assez élevée pour justifier le push ici. Il doit me rester 4000 derrière et lui a 8000 environ. Je décide de call les 500. River: . J’ai la couleur max. Maintenant, je dois miser. S’il a le jeu sur lequel je le vois, il ne va pas miser si je check. Je mise 1500 et il call. Je montre ma couleur et il muck. Après réflexion, le semi-bluff au turn était quand-même indiqué. Nous ne sommes pas dans une situation où j’ai un énorme tirage au turn, et risque d’être surrelancé et de devoir quitter le coup. Si je semi-bluffe ici, c’est pour mon tapis. Là où je pense que j’ai manqué de logique dans ce coup, c’est dans le fait qu’à la rivière, je fais un value bet assez petit comparé au pot, tandis qu’au turn, j’estime ne pas avoir assez de chances de le faire passer. Très paradoxal. D’autre part, lorsque je fais juste un call au turn, je suis confronté à reprendre très souvent la main à la rivière si je touche, ce qui peut me démasquer et trahir le fait que mon tirage est rentré. Si c’était à refaire, j’enverrais mon tapis au turn.

Un peu après l’add-on, j’ai un tapis qui avoisine 10.000. Je n’ai pas pris de rebuy ici et ce tournoi me coûte le buy-in et l’add-on (40+30=70 euros). Je suis au bouton avec . Les blinds sont à 300-600. Le nombre de limpeurs est énorme, environ 5. Je décide de limper au bouton avec ma main. Flop: . UTG check, et le joueur UTG+1, gros poisson qui m’a sorti au bounty du lundi précédent, avec son call de l’espace (tout son tapis de 25k avec sur un board ), envoie ici son tapis, 11.000 dans un pot qui fait entre 3000 et 4000 et tout le monde passe jusqu’à moi. Je sais que ce joueur est médiocre pour l’avoir vu jouer depuis deux ou trois tournois. Je connais un peu son style de jeu, prêt à envoyer la totalité de ses jetons sur des tirages. Ici, tout semble clair. Avec 2 pairs à l’As, il pourrait soit slowplayer, soit check-raiser, soit miser une somme de la taille approximative du pot. En aucun cas, je ne le vois miser 11.000 et tapis avec une double pair à l’As ou un brelan. Au contraire, il veut attirer plutôt que chasser avec ces jeux. Peut-être a-t-il aussi deux pairs 8 et 5. Mais lorsque j’observe les tirages possibles sur ce rainbow flop, je ne vois que 6-7 de probable dans sa main, car il est rare de voir quelqu’un semi-bluffer à tapis pour un gut shot, et 6-7  donne le seul tirage honnête ici (quinte ouverte). Pour moi, il a 6-7 90% du temps, et 8-5 le reste du temps, car même avec 8 et 5, je pense que son move est rarement le push ici. Je paye rapidement de tout mon tapis 10.000, en lui disant :”je paye ton 6-7″. Le gars dévoile mais ma lecture était facile, car ce joueur est trop lisible. Avant de dévoiler le turn et le river, j’aimerais parler de ce que je pense de son move. Pour moi, c’est très mauvais. D’une part, il montre aux 5 joueurs qui doivent encore parler derrière qu’il veut les faire passer. On le voit donc souvent avec un jeu pas terrible ou tireur. D’autre part, s’il est payé par un As disons, il ne reste dans le tournoi que s’il touche l’un de ses 8 outs, ce qui lui donne environ une chance sur 3 de l’emporter. Or il n’y a que 3500 jetons dans le pot actuellement. Et comme son jeu est si lisible avec son move, sa fold equity est faible si quelqu’un a touché un truc décent. Contre ma double pair il est à 30%. Turn: . River: et je saute contre ce poisson, qui m’avait déjà sorti lundi. Bilan net : -70 euros

Je vais alors au Zenith à Bruxelles. Voici quelques coups:

Je trouve UTG+1. Un gars qui n’avait pas beaucoup bougé ouvre à 8 UTG. Je call, et 2 calling stations callent. Flop: . UTG ouvre à 1.5, la mise minimale. Avec la position que j’ai sur lui, je relance à 5. Les 2 joueurs suivants passent. C’était le premier but de ma relance, le second étant de contrôler ce pot au turn. Je ne le vois absolument pas sur un As ici, mais bien sur une pocket pair assez grosse. Il est le seul à payer mes 5 euros. Turn: . Il reprend la main et donk à 1.5 euro, mise minimale à nouveau. Le pot est si gros que même si je savais que j’étais derrière un As, je ferais le call pour avoir une chance sur 23 de toucher un valet, ce qui serait encore EV+ dans ce pot de 42 euros. Je call mais ne le vois toujours pas sur l’As. River: . Il mise à nouveau 1.5. Maintenant, c’est clair, il fait des blockings bets sur les deux dernières streets avec sa grosse pair en main qui a peur de l’As. Je pourrais relancer assez gros ici. Mais je le vois assez précisément sur les dix ou les rois. En gros, je gagne une fois sur deux en payant sa mise. Je call et il dévoile . C’était pas la bonne. De toute façon, la relance ici n’est pas indiquée, car ce genre de joueur ne lache pas les rois, et paye perdant malgré tout ce que le board peut représenter comme danger.

J’ai au CO et Margueritte*, joueuse devenue assez régulière de la table mise son tapis pour 6 euros. C’est payé deux fois par deux calling stations qui payent tous les flops à peu de choses près si ça ne dépasse pas 8 euros. Marc* décide de faire un minraise à 12 euros. La situation est idéale ici pour envoyer les 80 euros de mon tapis. Avec une bonne main, Marc* aurait relancé plus gros. Ici, il sait bien qu’avec son minraise, il n’a pas de fold equity sur les deux calling stations. Par contre, moi j’en ai sur mon 4-bet. En effet, les deux calling stations passent et Marc* paye mon tapis avec . J’aime le poker et les gens qu’on y rencontre ! Margueritte dévoile . Le board présente et je prends le tout.

Yves* est aussi un nouveau regular. On le voit assez souvent depuis trois semaines. Il a une particularité. Il est extrêmement prudent, et ne joue presque qu’avec les nuts. Il bluff très rarement, et on sent qu’il est scary money. J’ai en middle. Yves* est UTG et limp. Deux ou trois limpeurs et je limp aussi. Flop: . Yves* mise 5 euros. Un gars très large relance à 15. Je call les 15 euros en slowplay. J’espère prendre de l’argent à un As bien soutenu et le laisser miser encore au turn. Mais Yves* 3-bet à 45 euros. Le relanceur initial passe. Je pense fortement à passer mon brelan de 3 ici et réfléchit. Je ne peux le mettre sur brelan d’As car ce pot a été limpé préflop par tout le monde. Brelan de 7 est moins probable encore car avec AA, son limp UTG préflop en trap est justifiable. Mais avec 77, il aurait trop souvent relancé avant le flop, vu son profil qui ne m’est pas inconnu. Il n’y a que deux mains qui me battent ici. Je sais bien qu’il n’est pas en tirage. C’est un joueur trop prudent que pour faire un 3-bet en tirage. Par contre, je comprends qu’il a peur des tirages, en l’occurence des carreaux. Yves* parle avec son voisin,  Diego*, qui est un joueur pas mauvais. Il est clairement au dessus du lot. J’ai l’impression que Yves* lui a montré son jeu. Je décide de faire le call des 30 euros supplémentaires. Je vois Yves* sur deux pairs à l’As au minimum. Il a A7, A3, AA, ou 77, et pas un autre jeu. Turn: . Il mise son tapis si rapidement qu’on voit bien qu’il n’envisageait pas de le jouer autrement au flop, à moins qu’un carreau ne vienne au turn. Je suis sur le point de passer les 174 euros couvert, de mon tapis. Mais je n’arrive pas à comprendre comment il peut avoir si peur avec un brelan en main sur ce board ne contenant qu’un seul tirage, les carreaux. Comment peut-il se contenter de prendre le pot actuel sans essayer de gratter un peu plus avec un tel monstre au flop. Je peux déjà exclure A3, main avec laquelle il se serait calmé. Je demande alors à Yves *: “mais qu’est ce que tu as, moi je tire les carreaux”. S’il a brelan, sa si grosse relance a justement pour but de chasser un tirage carreaux. J’espère obtenir une information et qu’il me dise sa main, ce qui arrive parfois à cette table quand quelqu’un a vraiment peur. Mais pour moi, il a si peur, qu’il a sans doute peur d’une double pair qui deviendrait meilleure que la sienne. Or, c’est pas logique. La dame est venue au turn. Donc sa double pair A7 n’est plus la double pair max et il ne fait pas tapis dans ce cas-là. C’est le raisonnement que j’aurais du avoir plus vite, mais la fatigue me l’a fait bacler. A ma question :”mais qu’as-tu?”, ce n’est pas Yves* qui répond, mais Diego* : “il a deux pairs”. Je me demande alors si Diego* a bien vu le jeu de Yves* et s’il fait juste une estimation. En tout cas, ce qu’il dit fait pencher ma balance du côté du call et je call mon tapis. Yves* dévoile et la rivière est un qui n’apporte pas mon unique out salvateur. Je suis déstacké. Yves* fait un énorme “Yesssssss” et quitte la table avec son tapis de 700 euros dans l’instant. Après réflexion, mon call est une erreur. Je paye alors que sur les trois jeux qu’il peut détenir (A7,77,AA) , je n’en bats qu’un seul qui est devenu moins probable à l’arrivée de la dame au turn. Marc* dit :”impossible de te sortir de ce coup”. C’est faux, j’aurais du passer selon toutes les lectures, mon call est une erreur.

Avec , je mise 8 euros en middle, payé par Diego* au CO, ainsi que le SB et le BB. Sur un flop , nous checkons tous les 4. Turn: . Nous checkons à nouveau. River: . Le SB mise 27, le BB passe, je call les 27 avec mon brelan. Diego* relance alors à 89 euros, et le relanceur initial passe. C’est une bonne question. JT et 67 sont les deux seules mains qui me battent. Evidemment il y a QQ et KK, mais vu l’action, ces deux dernières sont hautement improbables. Diego* ferait-il un bluff en relance ici. Bien sûr, il a compris que je n’étais pas max puisque j’avais juste fait un call. Le gars qui a misé 27 a montré quelques bluffs dans la soirée et il n’est pas impossible que Diego* l’ait mis sur un bluff. C’est aussi ce que j’ai pensé d’ailleurs. Je sais que Diego* est scary money, il le dit lui même et ça se ressent. Sa mise à 62 euros supplémentaires représente une quinte. Avec JT cependant, n’aurait-il pas semi-bluffé au flop ou au turn avec sa position? Après 30 secondes de réflexion de ma part, Diego* se lève et va faire un tour, attendant ma décision. Je prends cela pour la peur que je détecte un quelconque tell ou une quelconque difficulté à supporter la pression. D’autre part, on n’abandonne pas un jeu max en quittant son siège. Si quelqu’un décide de regarder ses cartes, ce qui est assez facile et nécessite une simple pression sur l’écran, il ne peut pas me réclamer d’argent si je fold ou se plaindre à la direction, car je peux dire que j’allais de toute façon passer. Inversément, si quelqu’un dévoile ses cartes, qu’il bluffait et que je paye, là il peut réclamer son argent en retour pour cause de triche. Je m’entends bien avec Diego* et je sais qu’il ne me croit pas un instant capable d’aller regarder ses cartes, mais quelqu’un d’autre à la table pourrait être tenté de le faire. Je fais le call et la machine dévoile sa main: . Il revient et rale me disant qu’il représente forcément JT et que je ne peux pas le payer. Il n’a pas tort, mais le fait de quitter son siège l’a quand-même bien trahi.

Je finis avec un bilan net de : -100 euros après 7 heures de jeu. Je pouvais continuer la session pour revenir, mais ma décision est claire. Je ne ferai plus de session qui dépassent 7 ou 8 heures. La concentration en est trop affectée.


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4 Responses to Sortie de tournoi prématurée à Namur et Zenith écourté perdant

  1. u says:

    suis pas d’accord pour le brelan de 3. en cash game un brelan battu seulement par d’autres brelans est une grosse rencontre inevitable. quelque soit l’action tu serais riche si tous tes brelans allaient allin. je comprend l’ importance du read/tell mais quand meme…

    • jorabino says:

      Merci Uriel pour cette réaction, qui est la première sur ce blog. Tu inaugures donc les commentaires et ça me fait plaisir. Cela me fait plaisir aussi de voir que tu lis les posts 😉 A propos du brelan de 3, je suis un peu de ton avis, même si j’ai cogité plusieurs nuits sur ce coup. Je pense qu’il est très dur de le passer sur un flop Ad7d3c. Mais lorsque tu sais que la personne en face joue avec la peur de perdre son argent, et qu’il est évident qu’elle joue hors bankroll, que tu n’as jamais vu dans sa range de coups un gros 3-bet, suite à sa propre mise déjà bien relancée, dans ce cas-là tu te dis :”ok il est énorme ici et a peur du tirage carreaux”. Pour moi, A3 ou A7 sont des possibilités ici. J’accorde autant de crédit à AA qu’à A7, car AA a été limpé UTG préflop, ce qui aurait également pu être fait avec A7 suited. A3 devient moins probable parce que j’ai deux 3 en main. 77 est peu probable aussi car je ne crois pas au limp UTG avec cette main, venant de sa part. On peut donc considèrer que la probabilité qu’il me batte (77 (peu probable) ou AA (plus probable)) est identique à la probabilité que je sois devant (A3 (peu probable) ou A7 (plus probable)). Cependant, au turn, lorsque la dame vient, un gars qui a si peur évite, peut-être de mettre tout ce qui lui reste, alors que depuis le début il a l’air scary money. Il peut maintenant avoir peur de AQ. AA devient donc plus probable que A7. Ma première idée dans ce coup, était de passer sa relance à 45 au flop après avoir payé 15. Mais comme tu dis, malgré les tells et les reads, ça peut être une erreur que tu te pardonnes difficilement. Voilà pourquoi j’ai tout payé. D’autre part, je pense qu’on ne peut pas parler de rencontres inévitables. Si tu sais qu’un type qui 3-bet joue avec le top 99% des mains au flop (ce qui n’est pas le cas ici) , tout est toujours évitable, comme par exemple passer une couleur au roi à la rivière faite avec tes 2 cartes en main, sur un board avec 3 cartes de cette couleur et sans pair, face à un joueur qui joue ultra-max et qui a surrelancé ta relance à tapis. Donc mon avis est qu’ici, mon call était peut-être correct sur le long terme, mais qu’on peut toujours éviter des situations en passant un monstre contre quelqu’un d’ultra serré, et ultra scary money…

  2. sony says:

    pas d’accord.il y’a AK aussi dans sa range,il effectue souvent des overbet meme all-in hors position(surtout lorsqu’il y a des tirages ,jeu proche de marguerite) avec cette main.Il y a donc plus de mains que tu battes que le contraire.Quand tu dis que c’est un joueur prudent,suis pas d’accord non plus, overpair ou TPTK est un jeu max pour lui…

    • jorabino says:

      Hey Sony, cool ta réaction. En effet, dans les parties qui ont suivi, j’ai constaté une différence dans ce que je pensais du jeu de Yves*. Il est plus vite content de sa main que je le croyais. Donc je dirais qu’il est prudent, mais qu’il n’a pas une bonne notion de la prudence. En effet, avec top pair top kicker, il peut facilement s’emballer. Aujourd’hui, après quelques autres parties, on peut en effet ajouter AK à sa range.

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