Un bon Zenith

Bruxelles, 26 août 2010

Le rush de 23h sur Full Tilt hier, je l’ai joué depuis la maison de mes parents qui sont en vacances et où je devais passer. Je n’ai pas bien joué et deux erreurs émotives m’ont couté le tournoi après 15 minutes. Je n’étais pas dans ma forme et dans mon environnement habituel. Voici un résumé de ces coups. Avec 3050 au tapis j’ouvre avec sur des blinds 50-100. Call par le BB, flop . Le BB met allin pour ses 950 restants. J’insta-call me voyant devant très souvent. Je le vois sur un 6 ou une top pair mal kickée, en tout cas souvent moins bien kickée que la mienne. Il dévoile . Turn: . River: , et on partage avec quinte au board. Jusque là tout va bien. Coup d’après, je retrouve le même gars en early et je suis en late position. J’ai 3075 au tapis et il open-shove pour ses 1050 jetons restants. J’ai et le call, me voyant très souvent à 40% derrière sa range. Il a , j’avais donc raison, mais il gagne la confrontation. J’ai call parce que comme il avait été sauvé in extremis sur la main d’avant, je me suis dit : il n’aura pas une seconde chance… Je ne perds que 1000 dans ce coup, mais il a été joué de manière tilteuse et EV-, et cela m’arrive très rarement de tilter depuis très longtemps. Avec un tapis de 1500, quelques minutes plus tard, je trouverai au boutton et enverrai la boite sur un flop , face à un continuation bet du BB à moins de 50% du pot, BB dont j’avais bizarrement call le petit squeeze preflop, face à ma tentative de vol. Je suis out sur ce coup.

Bilan de l’opération : -26$

Après deux heures de discussion avec mon cher frère que je n’avais plus vu depuis longtemps, je décide de me diriger vers le poker électronique où j’arrive à 2h du matin. Ce n’est plus la même salle qu’hier, c’est la salle qui se trouve à 200m, le Zenith et où la table est plus agréable et spacieuse qu’au Cameo.

J’y trouve une table presque remplie  avec quelques joueurs que je connais bien et d’autres que je connais moins bien. Je m’assieds avec 100 euros. Les blinds sont 0.75-1.5. La table est très peu agressive, assez loose, comme très souvent et je me relance dans un jeu très tight. Je monte en une heure à 160 en gagnant plusieurs petits pots peu intéressants à raconter.

Voici les mains clés de la soirée. Pour la première fois, j’ai décidé de les noter sur mon iphone en cours de partie pour m’en souvenir. Je ne peux noter que ma main, la main adverse et le board et espérer me souvenir du déroulement le lendemain. Il y a donc parfois des imprécisions, mais l’”esprit” du déroulement de la main y est :

en middle: je relance à 8 face à trois limpeurs  et le bouton call. Ce joueur call avec une range de mains assez large, qui comprend facilement un Axo, ou un connecteur (sans ou avec trou). Je préciserai également qu’il est très lisible postflop. Flop . Le seul danger pour moi ici est que mon client quitte cette main maintenant si je fais le Cbet. Admettons que mon adversaire soit sur un tirage couleur ou quinte ouverte ou ventrale. Il va check souvent après moi pour le turn gratuit. Si son tirage rentre au turn, je saurai le lire sur son visage, en particulier pour ce joueur qui contrôle mal ses émotions. Je ferai alors un check-call si sa mise au turn me donne la cote de toucher l’un de mes 10 outs et abandonnerai facilement ma main dans le cas contraire. Je n’ai pas besoin, à cette table de prendre des risques pour que mon jeu excellent au flop ne soit pas battu à la fin. Je m’en fous s’il l’est.  Pourquoi prendre le risque de chasser l’adversaire, lorsqu’on a une lecture du jeu telle qu’on voit presque sa main face visible.  Je check et il check behind. Turn: . C’est une belle carte. Il  a souvent un petit As ici. Si je mise ici et qu’il ne call pas la mise, tant pis, ca voudra bien dire qu’il n’était pas bien fort et que je n’aurais pas pris beaucoup plus en lui laissant la rivière gratuitement. De toute façon, je dois faire gonfler le pot. Justement cette mise aura peut-être évité de lui laisser voir un gut shot miracle à la rivière. Evidemment, je lui empêche aussi de voir gratuitement une carte qui lui donne une pair inférieure à l’As, mais comme l’As gèle l’action, elle ne me rapporterait pas beaucoup. Par contre s’il a l’As en main, je vais le lui faire payer cher. Il ne se doute pas que j’ai QQ, et mon check au flop lui laisse penser que je suis faible. Je mise 20 et il call. A ce moment, pour moi presque plus de doute, il a l’As. River: . C’est une rivière géniale. Non pas parce qu’elle me donne le full, mais parce que maintenant, s’il avait un As fatigué, son kicker devient la dame avec sa double pair A7. Il lui reste 75 euros au tapis. Je réfléchis et mise 45. Il hésite très peu et me paye avec . Il avouera plus tard qu’il aurait passé une mise à tapis. C’est ce que je pense aussi.  

: le flop est . Je bet 6, un gars me call. Turn: . Je bet 9, il min-raise à 18. Je m’apprête à jeter cette main car ce min-raise traduit souvent un As. Seulement, il a peut-être aussi le T (moins bien soutenu) et se dit que ce deuxième As au board minimise la proba que j’en aie un. Avec la position, il définit sa main pour me faire check la rivière. Je ne sais pas très bien quoi faire. Je commence alors à parler : « Tu as cet As ? ». Il me dit « Non, j’ai le dix ». D’après ce que j’ai vu de ce joueur, je me suis dit, il ne va pas au troisième degré. Le premier degré, c’est le mensonge pur et simple, et le second degré, c’est de dire la vérité pour faire croire qu’on ment. Le troisième degré, c’est de mentir pour faire croire qu’on fait un second degré. Après avoir un peu parlé avec ce joueur, je ne pensais pas qu’il allait jusque là et me suis dit qu’il avait peut-être bien ce 10. Je call. River: . Je check et après avoir hésité 5 secondes, il met 24 dans ce pot de 55. Je ne sais plus quoi faire. Je pense qu’il a l’As, mais qu’il a peut-être aussi le 10. Je fais le call et il me montre , full, en me disant : « tu l’as pas vu venir celle-là ». Non je ne l’avais pas vu venir. Pour la petite histoire, je déstackerai ce joueur 4 heures plus tard avec contre son sur un flop . Il avait relancé à 3 euros préflop que j’avais call avec lorsqu’on n’était plus que 4 joueurs. Je crois qu’il l’avait encore moins vu venir. Pour reparler de ce call avec , je m’en suis un peu voulu, car le minraise au turn voulait clairement dire que je devais quitter la main. Mais son influence orale m’a induit en erreur.

 au BB: flop . Après analyse des distractions et intérêts qu’ont les adversaires pour le flop actuel, je mise 5 et les 3 adversaires passent. Je montre ma poubelle pour l’image. Je n’ai pas besoin de faire ce genre de coup très souvent. Le seul but est qu’ils impriment dans leur tête que je bluffe. Ils ne verront pas 10 mains plus tard que le spot est complètement différent ainsi que la somme. Ils se souviendront que j’ai déjà bluffé, et vont call mes nuts plus facilement dans l’avenir.

en position: flop . Il mise 1.5, et je relance à 8. Il call mes 8. Turn: . Pot actuel: 32. Il mise alors 43 et tapis sur ce board avec 3 carreaux. Un problème se pose : je ne le vois pas sur les carreaux. Il a hésité pour call mes 8 au flop. La plupart des joueurs à ces tables call instantanément et sans se poser de question avec un tirage couleur. Des mains dangereuses, mais qui me semblent improbables ici sont 34 et 22. Comment aurait-il pu call pour un gut shot (4 outs) ou pour toucher un 2 (2outs) au turn et rajouter 6.5 euros pour cela. Je connais ce joueur, j’ai souvent joué avec lui, et je ne le considère pas comme mauvais à ce point-là. Il me reste donc comme possibilité le dans sa main, ou qu’il vienne de toucher un 2 qui lui donne double pair avec A2. Je me vois toujours devant avec mes deux pairs A5, malgré qu’il overbet ce pot. Je ne peux pas croire non plus que s’il a touché une couleur il mette une si grosse mise et n’ait pas envie de gratter un peu, même s’il a peur d’un carreau supérieur qui pourrait venir battre son jeu à la rivière. Je call les 43 et il me montre . Il avait donc bien payé 6.5 au flop pour toucher ce gut shot. Je suis un peu mécontent de mon call et en même temps, je me dis que c’était très dur à lire, car je ne pensais pas qu’il pouvait jouer aussi mal au flop. Malheureusement pour lui, un à la rivière me donnera full. Je fais très peu de bad beats, mais parfois ça arrive. La raison est que je suis rarement derrière quand une grosse somme est investie à ces tables.

: nous sommes quelques coups plus loin, et le même joueur refera les frais de la rencontre. Flop: . Absolute nuts !!! Carré au flop. Le joueur mise 5 que je call. Turn: . Il dit alors : « Oh non, t’as touché ? ». Cette influence basique est l’influence la plus classique et la plus lisible qu’on retrouve à ces tables. Venant de ce joueur, ça veut dire qu’il a un gros jeu. D’ailleurs il mise 20. A ce moment, je le vois soit sur une couleur, soit carrément sur un full tellement son influence est parlante. Je comprends, que je vais le déstacker en laissant venir. Je call les 20. River: . Cette carte m’ennuie. La couleur est faisable en une carte et pourrait geler l’action. Mais je suis quand-même confiant de son gros jeu. Il mise 45 et tapis, et je call. Il dévoile et je suis étonné de voir un si petit jeu dans sa main. Malgré 4 cœurs au board il met encore son tapis avec sa double pair. Eh oui les amis, on parle d’un niveau de poker !!! Il a surestimé son jeu du début à la fin. Finalement son « Oh non t’as touché » au turn, je l’avais mal interprété. Il le pensait vraiment en voyant ces 3 cœurs qui venaient déstabiliser son AK. Cependant, à voir sa mise au river, il n’y à plus aucune logique.

en position: flop: . Un gars mise 5, call d’un autre et je call. Turn: . Check check, je tape 18 dans 25 et les deux passent. A nouveau, on n’est pas sur internet. Cette main se joue différement à ce genre de tables qu’online vu la lecture des adversaires. Je ne veux pas relancer au flop. Une grosse carte un turn me permettra de faire payer les éventuels tirages hors cote si les deux check avant moi. Je ne relance pas au flop car je le répète : « Je m’en fous si mon jeu est devant au flop et derrière au turn ». Le but est qu’il soit devant à la rivière si showdown il y a et que je puisse contrôler au maximum cela. Je ne laisse pas au hasard la possibilité de prendre une grosse part de mes jetons. Si l’argent est investi, c’est parce que j’ai la conviction que le risque pris est minimisé. Je ne peux pas garantir qu’un poker plus agressif et, de ce fait, avec plus de variance, ne serait pas plus rentable. Je constate juste que mon winrate à ces tables après 150 heures de jeu, en terme de BB/100 est énorme en jouant de la sorte : près de 40 (20 euros/heure, 50 mains/heure, BB=1 euro). Je n’espère pas plus que ça, et même si je pouvais atteindre 50 BB/100 en augmentant largement la variance, il faudrait encore pouvoir l’assumer psychologiquement et les swings sont sujets à des tilts, ce que j’arrive à contrôler assez bien, mais je reste un humain et pas une machine.

: je mise 8 preflop en early, call et raise à 16. Je call, et l’autre call. Flop . Je check et le joueur après moi reprend la main à 17. L’As est obvious. Call du relanceur preflop, et je fold. Il mettront bcp d’argent encore pour dévoiler pour celui qui m’avait relancé à 16 et pour l’autre. En effet, à nouveau, j’aurais pu 4-bet ses 16 preflop avec QQ, sachant très bien que ce joueur médiocre qui venait d’arriver à la table n’avait pas AA ou KK. Mais je préfère voir un baby flop,  ou un flop dangereux et lire son visage plutôt que d’avoir 70 % de chances de gagner une confrontation à tapis preflop. J’en discuterai avec un bon joueur et ami de la table (Mic) qui dira que si tu sais que tu es devant avant le flop, tu dois mettre le maximum d’argent. Je suis d’accord, sauf quand la différence de skill postflop permet de contrebalancer cela. Le débat est ouvert, et j’espère un jour trouver des démonstrations mathématiques qui déterminent si la technique que j’adopte est moins rentable que l’autre…

Entre paranthèse, ce bon joueur, on est très rarement dans des coups ensemble. Ca n’arrive peut-être qu’une fois par soirée qu’on se dispute vraiment un pot. Le fait d’être tight tous les deux minimise la proba qu’on convoite un pot identique d’une part, d’autre part, un respect mutuel est installé et on n’essayera pas de cracker l’autre à tout prix.

D’ailleurs à force d’être dissipé pendant 30 minutes à discuter avec lui, je ne ferai pas assez attention au jeu du joueur médiocre dont j’ai parlé juste avant et ça me coûtera un peu d’argent :

: Flop . Turn: . Je tape et c’est call deux fois. River: . 28 dans le pot. Un gars qui parle avant moi reprend la main à 25. C’est le joueur récent et que je considère comme médiocre. Seulement, ici, comment ne pas le voir sur 89, Q9 ou AQ avec 89 bcp plus souvent, et AQ presque jamais. 25 dans un pot de 27 alors qu’il n’a pas bougé aux tours précédents. Je passe mon brelan après 1 minute de réflexion et d’analyse de ce joueur que je ne connais pas bien du tout. Le deuxième relance à 50 et je suis content de ma décision. Le premier passe !!!!!!!! et le deuxième dévoile pour deux pairs K7 soutien Q. Je n’en reviens pas. Le bon joueur (Mic) est tout étonné de m’avoir vu passer brelan car il avait mieux observé ce joueur que moi. Le deuxième relanceur m’avouera qu’il serait parti du coup si j’avais call les 25.

Dans le jeu à 3 joueurs qui suivra, je déstackerai l’un deux avec contre  sur flop et prendrai 80 euros supplémentaire à l’autre sur les deux dernière mains de la soirée. Dans la première, j’avais sur flop . Il check. Je lui dis : « comme la partie est finie, si tu veux on check jusqu’au bout, comme ça je te laisse une chance de prendre cette dernière main ». Il me regarde, refuse, et je comprends qu’il espère tirer quelque chose et me le faire payer. Je dis : dans ce cas, c’est 6 euros, il call. Turn: , je mets 18, il call. River: . Il check, et je value à 22 dans l’espoir qu’il ait la dame ou le dix, mais il me montre et passe. Il aura donc payé 24 euros de plus, à la recherche d’un gut shot, que j’étais près à lui offrir gratuitement sur cette dernière main 😉

Bilan net de la session : +358 euros

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