Belgian Poker Championchip Middelkerke (épisode 1)

Bruxelles, 15 avril 2013

Ce vendredi 11 avril, je me dirige vers la côte belge pour aller jouer le Day 1B d’un tournoi dont la structure offre 30.000 jetons de tapis au départ pour des niveaux de 45 minutes le premier jour, et d’une heure les jours suivants. Lorsque j’arrive, je croise un nombre impressionnant de têtes connues, ce que je trouve toujours très agréable lorsque je mets les pieds dans une ville pour la première fois depuis ma naissance, ou au maximum depuis 1988. Il y a d’abord tout le gratin du poker Néerlandophone, ceux que l’on croise parfois à Namur, parfois à Bruxelles, parfois à l’étranger. Mais là, ils sont tous présents. Il y a, parmi les joueurs francophones pas mal de potes à moi, entre autres Yannick Bourdain, Anthony Rodrigues, Miguel Silva, Charles Herman, et bien d’autres. Le tournoi a un Buy-in de 800 euros, et j’ai obtenu le ticket en me qualifiant.

Lorsque je m’assieds à ma première table, je vois Charles Herman, 3 sièges à ma gauche. J’ai un peu plus de deux heures de retard et nous sommes aux blinds 100-200, 3e niveau, ce qui me laisse 150 blinds. Je trouve et ouvre à 500 du hijack. Le cut off passe, le bouton 3-bet à 1200. Charles est au SB et 4-bet à 2700. Je passe et le bouton paye. Flop: . 🙂 Charles Cbet et est payé. Turn: , il bet à nouveau, est payé, rivière , si mes souvenirs sont bons, il fait un 3e barell, payé aussi. Il show . Pourquoi je vous raconte ce coup? Y a une symbolique dans le premier coup d’un tournoi, le coup essaye de vous parler, et vous annonce la couleur de la suite 🙂

Photo PokerStars.be

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Cela fait deux niveaux que je me sens bien à ma table. Mon stack est monté de 30k à 42k en une heure, mes Cbets embarquent des pots, et la résistance n’est pas énorme pour l’instant. Il y a quand-même ce joueur qui open très souvent, trop souvent à gauche de Charles. Le revoici en middle à ouvrir à 750 sur 200/400. Mais 750, ce n’est pas suffisant, on lui demande de rajouter 50, puisque les blinds viennent d’augmenter. Il était toujours dans sa mécanique d’open du niveau 150-300. Ca en devenait trop automatique. De small blind avec , je complète les 600, m’attendant à ce que la BB squeeze très rarement. Je sais que notre ouvreur ne lâche que difficilement un pot dans lequel il a le lead. Je l’ai vu plusieurs fois Cbet flop, Cbet turn. Le set mining en rajoutant 600 dans un pot qui fera déjà 2400 préflop, me semble plus intéressant que le simple 3-bet hors position, qui sera souvent call par mon adversaire et me mettra dans une situation difficile, premier de parole postflop dans ce pot grossi. Il n’est pas du genre à se laisser faire, il regarde droit dans les yeux, et il essaye d’intimider, il ne trouve pas le bouton fold facilement. Le BB check. Flop: . Je check, il Cbet 1350, je call. Je me sens devant sa range. C’est quand-même clair puisqu’il Cbet 100%. Je n’aime pas le check raise de ma part, car d’une part, il pourrait avoir envie de me float croyant que je check-raise avec un draw sur ce board wet, d’autre part, il va souvent Cbet au turn aussi, je pourrai alors estimer sa range selon son sizing. Turn, perfect rag. Je check, il mise 2000. En comparant ce cbet turn à ses anciens barells des coups précédents, je le trouve vraiment faible dans ce pot qui fait déjà 5200. Je pourrais check-raise ici pour ramasser le pot directement et j’envisage fortement cette solution. Mais pour moi ce sizing est parlant. C’est le sizing turn d’un 3-barells bluffs avec anticipation du barell river. Vu mon jeu très passif depuis le début de ce coup et tous les tirages possibles au flop (flush, straight), ma range contient beaucoup de tirages. Aussi, je me dis que son barell du turn, qui prépare un barell river, est petit pour éviter que son bluff lui oblige de risquer trop de jetons à la rivière. Et s’il joue de cette façon, c’est sans doute parce que son équité est faible, et qu’il compte vraiment sur le succès de son bluff à la street suivante. Avec un tirage trèfle, il aurait soit check le turn, soit misé bien plus gros, car lorsqu’on a pas mal d’équité, avec en plus une belle côte implicite en cas de tirage touché, étant donné le masquage du tirage vu la taille de la mise au turn, on a tendance à jouer plus sur la fold equity. Si je paye et qu’il ne me fait donc pas passer, il a encore la possibilité de toucher un jeu nutsé.

Or ici, la situation est différente. Il sait que je vais payer au turn. Je peux avoir une petite pocket pair, un 8, un dix mal kické qui n’a pas osé check-raiser le flop, un tirage… vu mon call au flop, une mise de 2000 peut difficilement me faire passer. Il n’y a pas un gramme d’intérêt à me faire passer dans sa mise. On pourrait alors me dire. Et s’il essaye de t’attirer avec des nuts? Un set au flop? Dans ce cas, cette mise ne correspond pas à son jeu non plus, car avec tous ces tirages et ma ligne qui les représente, il veut value dessus et ne peut m’offrir une rivière aussi bon marché. Un check-raise de ma part ici n’aurait donc qu’un seul but. Le faire passer pour qu’il n’aille pas chercher une pair rivière avec l’une de ses overcards, 6 outs sur 44 cartes, un peu plus d’une chance sur 7. Vu comme ça, il est déjà moins rentable qu’un check call river sur son bluff, puisque je sens qu’il est anticipé au turn. En plus, il y a le danger d’avoir fait un mauvais read. Même si je suis très confiant en celui-ci, 90% de fiabilité est la maximum que je puisse lui attribuer. Aussi, en check-raisant, je ne représente pas grand chose sur ce 4, hormi un brelan slowplayé au flop. Mais comme il n’y a que si peu de combos de brelans, j’ai bien plus de bluffs dans ma range, ou de mains qui se sentent devant sans être très fortes (comme 77 par exemple :)). Et je m’expose donc à un reraise de sa part. Pour toutes ces raisons, le call me semble très profitable. Si une carte plus grosse que le dix apparaît et qu’il mise, on essayera de faire un read sur son sizing, sur ses tells. Si une carte plus petite ou égale apparaît, on essayera aussi de faire ces reads mais dans un but de confirmation plus que d’interrogation. River: . Je check, il mise 3500. C’est marrant, c’est à peu de choses près le sizing auquel je m’attendais. Commençons par analyser cette mise. Il y a dans ma range, beaucoup de tirages ratés. Il n’y pas forcément beaucoup de petites pocket pairs, parce que je paye quand-même deux barells avec deux overcards au board. Si j’avais un dix mal soutenu, j’ai maintenant un brelan et il va difficilement me faire passer avec son 3500. Or, s’il a disons une grosse pocket pair, ce qu’il essaye sans doute de représenter, il ne peut donc pas faire cette mise. Il se fait payer par le dix et n’est jamais payé par mes tirages ratés. Pour les smalls pocket pairs, j’insiste sur le fait qu’il ne les met que très faiblement dans ma range. En résumé, s’il a une overpair, il check souvent behind sur cette rivière, ou alors, il fait un thin value bet, mais pas 3500 qui polarise sa main. Il a très rarement un dix, car c’est le même principe qu’un brelan floppé, il le défend plus fort contre mes tirages potentiels au turn.

Il me fixe droit dans les yeux, c’est le tell basique d’intimidation. Parfois, des joueurs s’en servent pour faire croire à cet effet et ont les nuts, mais je ne le sens pas aussi expérimenté. Aussi, un autre tell est apparent. Mais bon, je vais quand-même pas scier la branche sur laquelle je suis assis, ça va me coûter de l’argent dans les prochains tournois de tout dévoiler. Je call, il show et je gagne le pot avec mes septs. Je suis en confiance en ce début de tournoi. Voilà pour le premier épisode de ce tournoi, je tacherai de finir cette série rapidement.

Tiens, je voulais aussi remercier ceux qui m’avaient envoyé des Hand Histories du .fr (cfr. post précédent). Serait-il possible chers lecteurs de m’en envoyer encore (Winamax, PartyPoker, Ipoker, Full Tilt principalement). Ce qui m’importe, c’est la quantité car c’est comme ça que je peux trouver les exceptions pour mon parseur. Des milliers, des millions, des milliards de mains sont les bienvenues :). Et vous recevrez mon programme pour m’avoir aidé. Voici mon adresse: contact@jontheriver.com

A bientôt pour la suite du CR

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5 Responses to Belgian Poker Championchip Middelkerke (épisode 1)

  1. hashh says:

    Nice CR .
    J’essaie de t’envoyer des mains ojd mais petit soucis : j’avais zappé que mon précédent ordi a cramé , je n’avais pas sauvegardé les fichiers textes de la room , seulement mon tracker , connais tu un moyen de récupérer les mains en format texte sans le faire une par une ( ce que je ne ferais pas tu t’en doutes 🙂 ) ?

  2. jontheriver says:

    Salut hashh, merci à toi pour cette participation. Si tes fichiers txt ont disparu, le seul moyen est d’envoyer un mail aux rooms. Mais laisse tomber cette procédure. Si ton tracker affiche des mains, et que tu ne trouves pas les fichiers txt, c’est qu’il les a déplacées. Dans les options du tracker, tu peux voir le répertoire de déplacement et elles sont là. Sinon, elles sont souvent dans le répertoire c:/Utilisateurs/VotreNom/MesDocuments/NomDeLaRoom. Là il est possible de zipper les répertoires, où encore dans le répertoire d’installation de la room.
    J’en profite pour remercier encore tous ceux qui m’ont envoyé des mains. Hashh, si tu n’y arrives pas en 5 minutes, ne prends pas plus de temps, c’est très gentil à toi d’essayer. A bientôt

  3. C’est la première fois que je ne décroche pas quand je lis le post d’une personne qui raconte un coup 😉

    Je ne suis pas un expert du poker de tournoi et j’ai beaucoup appris avec le CR de ce coup en particulier !

    J’aurais probablement fait l’erreur de reverse float ou de check-raise au turn.

  4. Nantais says:

    Toujours aussi intéressant tes CR obv

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