Chilipoker DSO Vienne (36/326)

Bruxelles, 26 janvier 2013

Cela fait 78 jours que j’ai joué ce tournoi. Je le sais parce que c’est ce qui est écrit dans les notes de mon smartphone lorsque je retourne à la page concernée. Les démotivations et obstacles en tous genres se sont acharnés sur mon ambition de faire ce CR. Malgré tout, j’avais dit que je le ferais et c’est enfin arrivé, je le fais… Bon, d’accord, je n’ai pas été très respectueux des deadlines, mais quelle mauvaise idée j’ai eue d’essayer de m’en imposer publiquement. Tout ce que ça a eu comme effet, c’est d’éveiller en moi un esprit de contradiction des plus tenaces. A la place de foncer pour fidéliser le lecteur, j’ai délaissé le blog le temps de pulvériser le record de temps en terme de délaissage de blog n’ayant pas pour vocation de mourir. Me revoici un mois et demi après le dernier post avec un seul mot à la bouche: pardon. Pardon à toi cher lecteur, qui avait tant espéré suivre régulièrement l’évolution d’un joueur de poker dont le but était… d’évoluer. Aujourd’hui, je te propose le compte rendu de Vienne, puis, pour conclure le post, un résumé de mes aventures pokeristiques de ces dernières semaines.

L’histoire se passe en Autriche au mois de novembre 2012. C’est précisément le 9 que nous atterrissons dans la capitale avec l’un de mes deux fidèles accompagnateurs de voyages pokeristiques, j’ai nommé Yannick Bourdain. C’est la deuxième fois cette année que je foule le sol de cette ville. Le Casino dans lequel se déroule le tournoi est le Montesino. Il n’a pas changé d’une brique depuis ma dernière visite, 10 mois plus tôt à l’occasion des MegaPokerSeries de Poker 770. Cette galerie m’est familière, et je connais par coeur la situation des meilleurs restos, la disposition des tables, de la caisse et des vestiaires. Rien n’a bougé, je suis chez moi. Même le gimmick complètement inapproprié, joué à chaque passage de niveau (montée de blinds) n’a pas changé. Ce bout instrumental de la chanson “Lucifer” d’Alan Parsons Project, que le casino essaye peut-être de faire passer pour une composition originale, nous est proposé près de 10 fois par jour et par tournoi. Pour ceux qui ont déjà été au Montesino, vous allez enfin comprendre l’origine de ce passage: c’est entre 0’23 et 0’34 dans le lien youtube suivant: Lucifer-Alan Parsons Project. Quoi? Ils pensaient qu’on n’allait pas la reconnaître? Alan touche-t-il des droits au moins?

10 mois plus tôt donc, je repartais avec un peu d’argent et une 17e place un peu amère car amenée assez injustement. Mais j’étais bien quand-même, car une nouvelle aventure commençait. Je venais d’entrer dans la Team Belgium de 770 et j’y faisais une demi-finale pour mon premier tournoi joué sous ses couleurs. J’y avais travaillé de tout mon coeur et pendant 3 mois pour finalement décrocher cette place dans l’équipe, en vue d’une nouvelle visibilité médiatique, d’une nouvelle rentrée d’argent non régulière comme je les aime avec ses pics d’adrénaline. J’y voyais une perspective d’évolution dans le milieu du poker, un monde que j’adore et dans lequel j’ai toujours voulu jouer un petit rôle, à une échelle ou une autre. J’étais enfin dedans, et je nourrissais l’espoir d’y rester longtemps. L’étincelle était donnée, et mon ambition allait faire le reste pour gravir des échelons petit à petit. La voyante que ma mère avait consultée 8 ans plus tôt aurait donc eu raison. 2012 allait être l’année de mon envol et de mon épanouissement personnel. Je préciserai quand-même que c’est plutôt la voyante qui avait consulté ma mère, lui proposant de lire dans son avenir gratuitement… C’était rien de sérieux, voilà pourquoi elle s’était finalement plantée :).

Deux semaines plus tard, j’apprenais la nouvelle à l’occasion d’un resto que j’avais organisé avec des potes de poker pour fêter ma 7e place au Sunday Million de PokerStars. La team belge de 770 allait être mise en suspens, pour un mois, 6 mois, 2 ans, l’infini, on ne savait pas. Oui, j’en ai profité ici pour vous rappeler subtilement cette 7e place sur près de 7000 joueurs dans le plus gros tournoi du net. Quoi, c’est un manque d’humilité? Aucune importance, libre à moi de rappeler certaines choses aux nouveaux lecteurs. Ce n’est pas pour autant que je vais insister en évoquant ma 12e place sur près de 7000, 2 ou 3 mois plus tard dans le même tournoi… bon ok, j’arrête, ça devient ridicule :)… mais je m’en fous, car toute cette histoire m’avait un peu frustré. Notre temps sur cette Terre n’est pas limité, et les obstacles qui le font perdre sont des épreuves de vie. Un jour, j’écrirais peut-être bien un livre sur le sujet de la réussite, avec sa formule à trois inconnues, le potentiel, le travail, et la chance, et le rôle qu’est censé jouer chacun d’entre eux.

Ok l’intro est finie, on passe au tournoi. Je joue dans ce tournoi, le reste de mon sponsor Partouche.be, gagné quelques mois plus tôt. Je propose à Frédéric Bertholet de jouer les 400 euros restants de mon petit sponsor et d’en ajouter 150 de ma poche pour compléter le buy-in de 550, mais il me propose quelque chose de très agréable symboliquement. Partouche.be va compléter les 150 euros manquants. Ca me fait vraiment plaisir cette marque de confiance. Il évoque entre-autres mon “résultat” deux semaines plus tôt à Saint-Amand sous leurs couleurs pour justifier le geste, mais je sais bien qu’en réalité Fred a tout compris, c’est un grand visionnaire et il sait s’entourer :). Là, au contraire du rappel des sundays maquillés en blague, c’était du pure joke (cette histoire de visionnaire) pour ceux qui auraient pris ça à un degré assez faible… même si Fred a peut-être toutes ces qualités quand-même, sans que ce soit lié à cet évènement…

Vienne 2012-12

On a 50k jetons au départ. Je ne connais pas grand monde dans le casino, peu de têtes. A ma table, quelques tours se sont écoulés, et je trouve que j’ouvre UTG+2. C’est pas écrit dans les barèmes standards d’un jeu tight de début de tournoi, mais j’ai envie de créer une image. Je ne sais pas comment ce genre de coups se terminent et quelle image ça va me donner au final, mais ce que je sais, c’est que si ça va à l’abattage et que je gagne, je crée une image de joueur ultra loose. Repasser à un jeu tight après devient beaucoup plus rentable qu’en ayant commencé tight dès les début. En général, j’adore créer une image qui n’est pas celle de mon style de jeu habituel, quelle qu’elle soit. Cela me permet d’induire les gens en erreur par après sans que les pièges doivent être particuliers ou très travaillés. C’est naturel, je joue mon jeu et je les piège car je leur ai donné une fausse image un peu plus tôt. Le 44$ 4-max que j’adore jouer sur PokerStars à 22h45 est un exemple parfait de tournoi où l’image qu’on se fabrique a beaucoup plus d’importance que les cartes, ce qui en fait l’un de mes tournois préférés.

J’ouvre donc à 325 sur 75-150. C’est payé 3 fois. Flop: . Je suis premier de parole après le flop et nous checkons ce flop tous les 4. Le Cbet ne me semble pas indiqué avec tant de joueurs sur ce flop. Turn: . Je mise 600. Je peux très bien avoir simplement slowplayé mon valet au flop. C’est un coup lisible lorsqu’il provient d’un joueur peu expérimenté. Ici, personne ne me connait, et je sais que le valet est fortement dans ma range. Un roi aurait sans doute misé au flop dans les profils des joueurs à parler après moi, pour se situer. Un valet aurait sans doute slowplay. En résumé, la force de ma main a peu d’importance. Elle me donne malgré tout une équité de showdown avec ce 3, mais la proba que mon bet emporte le pot tout de suite équivaut à celle que personne n’ait ce valet… ou un tirage alléchant. Deux valets restants dans le paquet ont pas mal de chances de ne pas se trouver dans les 6 cartes privatives qui me font face. Et mon bet de 600 est donc un coup rentable. Le joueur qui me suit paye et les deux autres passent.

Un joueur comme celui-là a montré de l’agressivité avant. Je suis convaincu qu’avec QT, le seul tirage honnête sur ce rainbow flop, il aurait semi-bluffé au flop suite à mon non continuation bet. Avec le roi, il aurait souvent misé aussi. Par contre, je pense qu’il aurait slowplay le valet. Lorsqu’il paye, je suis soit contre deux carreaux qui viennent de trouver un turn prometteur, soit un valet qu’il slowplay à nouveau au turn, je ne sais pas très bien. Je pense que l’évaluation du calibrage d’une mise de sa part rivière pourrait apporter une info supplémentaire. River . Je check, il mise 1200. Cette mise ressemble autant à un value bet qu’à un bluff qui se fait passer pour un value bet. Même si je le mets sur le valet ou les carreaux presque toujours, je décide de passer car je ressens une bien plus grande probabilité de valet que de carreaux.

Après calcul, ces deux jeux sont presque équiprobables, car la probabilité d’avoir l’un des deux derniers valets en main (2 chances sur 52-5(board)-6(les 6 cartes des trois autres adversaires dont moi qui n’ont clairement pas de valet), soit 2/41=4.9%), avoisine celle d’avoir exactement 2 des 11 carreaux restants (11/(52-5-2)*10/(52-5-2-1)=11/45*10/44=5.6%). Sachant donc cela, le call devient plus indiqué puisqu’ on a environ une chance sur deux de multiplier notre mise par plus de 4 (payer 1200 sur un pot de 225 (blinds)+1300 (preflop) +600+600(turn) +1200+1200(river)= 5125. Le joueur montre tout fier et je me suis fait bluffé. Je ne m’en veux cependant pas au moment du coup pensant avoir bien évalué les différences de probabilité entre le valet et les carreaux, sans les calculer vraiment en temps réel. Aussi, après réflexion, je me demande si un valet chez ce profil de joueur aurait slowplay encore le turn sur un board avec tous ces tirages (quinte et couleur). Il aurait pu le faire avec un valet mal soutenu pour ne pas prendre trop de risques contre un autre valet, mais cela me fait penser qu’on peut retirer tous les valets bien soutenus de sa range, ce qui diminue encore la probabilité qu’il ait ce valet plutôt que les carreaux… Pour évoquer la dame, si elle avait donné une pair à mon adversaire sur la rivière, il ne l’aurait pas misée, car d’une part, ce n’est pas le style à merger sa range, d’autre part, il n’allait jamais être payé par moins bien. Cette dame n’augmente donc pas la probabilité que je sois battu suite à sa mise. Il restait quand-même le roi, qui même si je lui accordais une probabilité faible de présence dans sa range, vu son check au flop, augmentais quand-même la probabilité que sa mise soit un value bet. Au final, le coup EV+ était quand-même le call au vu de toutes ces constatations.

Avec en BB sur 100-200/25 un peu plus tard, un gars ouvre du CO à 500. Bouton et SB foldent. Plutôt que de 3-bet contre ce joueur qui a déjà montré qu’il payait les 3-bet qui n’avaient pas la position, je call. Flop: . Je check. Il check. Turn: . Je check il check. River: . Je check il mise 500 et je call avec 4e pair, c’est assez obvious vous allez me dire, je vous l’accorde. Il montre , je gagne le pot et prend de la confiance.

Ce post devient long, je vais devoir aller à l’essentiel, un peu plus tard j’hero call à nouveau avec sur un board . On est restés calmes tout le coup et comme par hasard il donk gros rivière (5k de son tapis de 12k) alors que ce 3 ou ce 8 ne sont pas vraiment dans sa range. Il a . Les gens ont parfois tellement tendance à bluffer sur les possibilités quinte en une carte que ça en devient trop flagrant, car je sais bien qu’il me met sur deux grosses cartes vu ma relance préflop et ma passivité après. Et dans ce cas, il n’a aucun intérêt à donker gros s’il a même un soupçon de showdown equity. Autant check call alors s’il a vraiment un jeu, car je ne paye jamais avec ce qu’il évalue de ma range et c’est donc rarement un value bet ce qu’il fait.

Au day 2, je reviens avec un tapis légèrement inférieur au stack initial du premier jour. Il n’y a pas vraiment de coups particuliers et nouveaux à raconter de ce jour deux. C’est sans doute pour ça que j’ai été réticent au début, à relater ce compte rendu qui me semblait un peu dépourvu d’intérêt. Ca n’allait pas apporter grand chose de plus, mais bon, pour le souvenir ça en valait la peine. Je termine 36e sur 326, alors qu’il y a 40 payés. J’ai été assez card dead avant la bulle et je perds finalement un gros coin flip qui m’aurait fait passer à 1.5 fois la moyenne. Fine, voilà qui est fait.

Pour parler de mon actualité, depuis quelques temps, je joue en cash game live, soit à la 5-5, soit à la 2-2 et je fais mes stats, mon winrate en notant le nombre d’heures et les gains ou pertes occasionnées. A vrai dire, je ne suis pas certain de savoir, si à l’heure actuelle, la 5-5 est vraiment plus rentable que la 2-2, car elle a subi un nouvel arrivage de joueurs qui ont un niveau honnête, et le niveau moyen est quand-même beaucoup plus faible en 2-2. Bien sûr, dire que la 2-2 est 2.5 plus rentable proportionnellement est sans doute exagéré, ce qui me laisse penser que la 5-5 reste meilleure en terme de winrate absolu, mais même si la rentabilité horaire atteint par exemple 80% du winrate (j’invente des chiffres) de ce qu’elle peut atteindre en 5-5 sur le long terme, la variance en 2-2 est beaucoup plus faible, et psychologiquement, ça peut aider à bien dormir après de sales soirées. Pour parler de mon jeu, il n’est plus le même qu’au début de ce blog. Je suis plus agressif, près à jouer des coups avec une plus grosse variance que ce que je faisais il y a deux ans, à une époque où je contrôlais trop le pot au risque de perdre pas mal de value. Voilà pourquoi je pense avoir fait monter mon winrate, mais beaucoup d’heures de jeu sont nécessaires pour le déterminer avec certitude.

Aussi, je me suis remis à jouer mes tournois online sur PS, mais c’est encore occasionnel et je ne sais pas quand je serai en mesure, niveau temps de reprendre ça de façon plus régulière, comme je le faisais en 2011.

En ce qui concerne les beaux tournois live à proximité, je pars la semaine prochaine à Deauville jouer le Main Event des FPS (France Poker Series) avec Fred.H, compagnon de voyages poker, et je compte jouer le WPT Bruxelles à la mi-février. Pour ces deux tournois, et pour respecter un bankroll management sécuritaire, je vends quelques parts (jusqu’à 40%, peut-être bien 50%). Commençons par le FPS de Deauville qui a lieu le jeudi 31 janvier pour mon jour 1, et dont le buy-in est de 1100 euros. Si ça vous intéresse d’investir (à 1 pour 1 bien sûr, aucune commission), contactez-moi au plus vite pour que je puisse obtenir votre participation avant mercredi. Dans la mesure du possible, je tweeterai l’info en direct pour que vous puissiez vivre ça avec moi.

A bientôt et merci de m’avoir lu.

jontheriver

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8 Responses to Chilipoker DSO Vienne (36/326)

  1. bernard says:

    j’aurais apprécié que tu précises la chanson en question de APP…
    😉

    • jontheriver says:

      Ca faisait des années que j’avais écouté ces albums. J’ai cherché la chanson à mon retour, mais je ne l’ai pas encore trouvée. Cependant, je n’ai pas dit mon dernier mot, je trouverai la chanson et publierai le passage très prochainement 😉

    • jontheriver says:

      C’est bon je l’ai, j’ai updated le post avec le lien 😉

  2. IN pour ton stacking FPS Deauville (mp envoyé) 😉

  3. The Log says:

    Ravi de te (re)lire. En attente du titre de la chanson également.
    A vite avec certitude car je suis optimiste sur des délais réguliers pour de nouveaux posts; tes lecteurs ont bien compris que tu voulais tenter un record de cache-cache CR… Tout ça pour qu’on te réclame 😉

    • jontheriver says:

      Merci The Log. Tu as bien compris, tout ça pour figurer dans le Guiness Book. Qu’est ce qu’on ne ferait pas pour un peu de gloire 🙂

  4. Ricardo says:

    GL pour le FPS Deauville ! 😉

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