2/89 dans le 330 Deepstack re-entry de Namur ce dimanche

Bruxelles, 14 août 2012

Avant de relater, dans un post ultérieur, mon tournoi 550€ des WASOP, j’aimerais donner la priorité à une autre information, plus fraîche, celle de ma seconde place au tournoi 330€ Deepstack re-entry de Namur ce week-end. Des 89 buy-ins composant le price money, 26 sont des re-entries. 63 joueurs réels avaient pris part à ce tournoi que mon agenda m’avait enfin permis de jouer. Eh oui, c’était la première fois. Jusqu’à présent, il tombait toujours pendant le week-end où je n’étais pas libre. Et je n’avais donc jamais pu le jouer. Mais ce cher Julien Becquart a eu la lumineuse idée de le placer sur un week-end qui me convenait beaucoup mieux. Eh oui, il l’a fait uniquement pour moi et je l’en remercie…

Photo circuspoker.be

Pour ceux qui ont cru un instant la dernière phrase du chapitre précédent, je rigolais bien sûr. Je ne suis pas le centre du monde, c’est lourd mais je dois l’accepter :). Bon pour parler de ce tournoi: c’est un vrai Deepstack. Avec 20.000 jetons au départ et une structure lente, je dois dire que j’ai été agréablement surpris. Ce tournoi, de par sa structure, ne ressemble pas aux autres tournois de la semaine, bien plus rapides. J’ai joué le jour 1A, le jeudi 9 août. Avec Yannick Bourdain, nous avions fait un swap de 10% avant d’arriver. Nous nous étions appelé dans la journée, et nous étions proposé de nous retrouver à Namur pour faire le tournoi. J’ai rencontré Yannick à Chaudefontaine il y a un mois et demi (cfr post du Day 1) et nous sommes rapidement devenus potes. Je vais relater un coup, peut-être deux, mais je ne peux pas faire beaucoup plus par post si je veux rester régulier. Finissant la journée avec 44k assez short stack par rapport à la moyenne de 80k, je reviendrai au jour 2 avec 11 blinds (2000/4000).

Le jour 2, c’est dimanche, soit trois jours après le jour 1. C’est bien la première fois que je joue un jour 2 tant de temps après le jour 1, mais c’est rigolo, ça permet de ne plus trop penser au tournoi. Lorsque le jour arrive, on l’a un peu oublié, il devient un freerol que l’on joue en bonus. En effet, le buy-in investi 3 jours plus tôt est déjà aux oubliettes psychologiques. Lorsque j’arrive, je trouve un spot après quelques coups. Je suis UTG et pousse avec . Quelqu’un reshove avec et je gagne le flip pour passer vers les 95k. Un peu plus tard, avec 87k au départ du coup, et toujours sur 2k-4k, je trouve en SB. Un joueur UTG limp. Tout le monde passe jusqu’à moi. Je sais pertinemment que contre lui, et pour que ma relance ait une certaine fold equity, je dois faire très gros, trop gros. Il a limpé, ce n’est pas pour abandonner ses 4k même si j’y ajoute 20k. Son tapis dois dépasser le mien de 60k et il y a déjà un historique. J’ai tenté pas mal de vols sur sa blind depuis mon doublage, des vols avec échec ou succès. Mais je pense qu’il prend un peu les succès comme un affront, je ressens un peu son ego. Je pourrais relancer pour value, mais à quoi bon. Je sais que le BB n’a pas 3-bet une main depuis le début, ni au Day 1 où je l’avais à ma table. Je décide de compléter la SB pour contrôler ce pot et tenter de jouer postflop. L’idée, c’est que même si ma main est très au-dessus de sa range, prendre de la value préflop dans ce spot et hors position, est moins intéressant que de garder un pot petit, de voir un flop et d’avoir un read en fonction du bet sizing, très significatif de la force de sa main chez ce joueur-là. Le BB check et nous voyons ce flop à 3.

Flop: . Ce n’est pas le plus mauvais des flops, on est d’accord. Je check, le BB check, UTG mise 14k. Je réfléchis. Son limp préflop, bet flop est souvent synonyme de quelque chose, un jeu, n’importe quoi. Il peut avoir une dame, un cinq, un quatre, une petite pair en main, un tirage couleur, plus rarement 6-7, mais il a souvent quelque chose. Ce n’est pas un brelan de toute évidence, car selon historique il ne le mise jamais si cher ici. Il n’est pas du genre à essayer de le protéger à ce point contre un tirage. Sa mise est une pot size bet. Il peut même n’avoir rien et essayer de voler ce pot, mais c’est peu probable. Je ne sens pas le BB intéressé par le coup et décide de ne plus le considérer dans le choix de mon action. S’il avait été intéressé, j’aurais sans doute dû l’ajouter dans l’équation pour estimer si un call qui l’inciterait à payer derrière moi était plus rentable, ou s’il valait mieux privilégier la relance pour protéger ma main contre deux joueurs. Car en effet, cette main est le mix d’un tirage et d’un jeu fort qui est très souvent devant et qui veut le rester. Comment donc juger s’il est préférable de payer ou de relancer contre le joueur UTG, seul adversaire dans ce coup à mon sens à partir du flop?

La première chose à faire est de mettre notre ami sur une range de mains, fonction de son limp UTG préflop, et de sa pot size bet flop behind. La petite pocket pair et les dames suited mal kickées (Q7s,Q8s,Q9s,QTs) sont favorites pour moi. Ensuite viennent les petits connecteurs assortis qui ont rencontré ce flop soit avec une pair (34s, 56s), soit avec un tirage ouvert (67s, j’exclus 23s disons). Il y a bien sûr 54s, seule main de sa range qui puisse me battre sur ce flop à mon sens… me battre? Avec et 14 outs plus le runner runner quinte et le runner runner doublette sur table, ma main est devant la double pair 5-4. Eh oui, le calcul d’équité sur ordinateur parle de 50.8% pour un coin flip légèrement avantageux pour moi. Bien sûr, je le mets sur petite pocket pair ou deux cartes assorties. Je peux facilement exclure les gros As, qui auraient quand-même relancé préflop. Je peux exclure 44 et 55 que ce joueur aurait slowplayé ou misé moins fort. Et AA, KK, qu’en penser? Le limp UTG préflop est le coup tellement classique avec ces premiums. Malgré tout, je les exclus au flop face à sa grosse mise. Elle ne correspond pas à son tempérament pour ces mains. En misant le pot en dernier de parole, comment pourrait-il espérer prendre encore un jeton avec AA ou KK, si l’intention des blinds n’avait pas été de check-raiser. La seule raison de miser autant avec ces mains serait de faire payer cher les tirages des adversaires. Mais la probabilité que l’un de nous soit en tirage reste faible, il ne peut pas risquer de perdre ses clients sur cette seule hypothèse. Aussi, si le BB ou moi (SB) avons la dame, il s’attend souvent à ce qu’on la donk bet, et si ce n’est pas le cas, qu’on la check-raise. Il lui suffit donc de miser moins gros puisqu’on a l’intention de check-raiser. En résumé, pour moi, et selon historique du joueur, nous avons plus affaire à quelqu’un qui essaye d’avoir de la fold equity avec sa mise que de value une grosse main en la protégeant. C’est peut-être un tirage, mais rarement selon moi, à nouveau à cause de son sizing ressemblant plus à un petit quelque chose qui veut se protéger contre des turns tous inquiétants. S’il a une petite pair (pocket ou rencontrée: 22,33,66,77,88,34s,56s) et que nous n’avons pas rencontré ce flop, il se sent devant mais ne veut pas nous donner un turn, car le quart du paquet pourrait tuer sa main. C’est ça que je ressens.

S’il n’a rien et qu’il bluffe, ce qui entre légèrement dans sa range, je ne peux plus espérer lui prendre quoi que ce soit sur les streets suivantes si je just call à moins d’espérer un multiple barell bluff de sa part, que je n’ai pas encore observé chez lui en deux jours. Et puis, je n’ai pas envie de voir sortir un roi, un as, ou même un 2 outers qui lui donnerait brelan avec une petite pocket en main. Je dois quand-même protéger ma main un minimum ici. Comme je n’ai pas la position, je ne peux pas call le flop, donk le turn, car ce serait synonyme d’un slowplay au flop et trop peu rentable. Je ne serais plus payé qu’avec mieux. Et la ligne qui call le flop, checke le turn, je ne l’aime pas du tout. Au turn, s’il est faible, il va souvent check behind pour une carte gratuite, quel manque de valeur de lui offrir deux cartes sans prendre un jeton supplémentaire.

Non, l’idéal serait de lui faire investir un maximum au flop. Mais une simple relance à 32k serait synonyme de force aussi. Je décide, après 20 secondes, de pousser mes 83k, pour 69k supplémentaires. Il y a plusieurs tirages au flop qui touchent ma range, les carreaux et 67. Ce push va surement ressembler aux carreaux. Après 30 secondes de réflexion il me paye avec et un seul out pour gagner le coup. Mais le ne vient pas et je passe vers les 190k. C’est là que mon tournoi commence vraiment. Mon tapis n’est plus jamais inquiété jusqu’à la fin du tournoi dans le sens où les coups à tapis préflop se produisent avec des tapis couverts à chaque fois. Je gagne un 30-70, un coin flip, puis j’en perds un et ensuite, le tournoi devient une bataille préflop, où je 3-bet rarement light, car les vols de blinds sont rentables à eux tout seuls.

La TF est formée, Yannick est à ma droite et malgré qu’il soit mon pote et qu’on ait un swap, il me donne du fil à retorde. Nous avions chacun 500k à 7 left, mais je viens de perdre un gros paquet avec all-in préflop contre une pair supérieure. Lui gagne quelques coups sympas et son tapis devient très dominant. Malgré tout, il attaque ma blind en bataille de blinds. A raison, car lorsque nous arrivons en head’s up, il a 1.3 millions et j’ai 400k. Avant le head’s up j’ai agressé le pallier sur les joueurs à ma gauche avec une fold equity énorme à chaque fois puisqu’on sentait bien qu’ils avaient décidé à un moment de ne plus jouer que pour la 3e place. Ce heads’up ne dure pas longtemps à 15k-30k. Je remonte vers les 500k mais finis par redescendre à 300k pour pousser avec et être payé par les valets de Yannick qui tiennent le coup. Une belle issue que de finir en head’s up contre ce bon joueur qui de plus, est un pote. Ce tournoi est l’un des deux tournois réguliers de Namur dont Hendon Mob tient compte. L’article de Julien Becquart à ce propos sur le site circuspoker.be en parle plus précisément, le voici:

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18 Responses to 2/89 dans le 330 Deepstack re-entry de Namur ce dimanche

    • admin says:

      Merci Mad. Au fait, quand je parlais des blogs visités, j’en ai cité 3, mais je pensais bien sûr au tien aussi.

  1. uriel says:

    dans l’article circuspoker, ils disent l’excellent Jonathan. T’avias pas remarque, je suis sur!

    J’aime bcp ton explication du coup AdQd et aime le shove a 100pc. Rien de plus jubilant dans ce jeu que de voir qu’un gars te call flop allin avec un 1-outer!! (peut-etre que je dis ca car j’ai jamais gagne le main event WSOP…)

    • admin says:

      Sympa ton comment Uriel 😉 Quoi, tu tendrais à insinuer que la seule raison pour laquelle j’ai publié l’article de Julien est ce mot “excellent”? Eh bien non, ce n’est pas la seule… C’est la principale bien sûr ne soyons pas hypocrite :), mais je ne peux accepter que l’on pense que c’est la seule. C’est aussi parce qu’il précise certaines choses dont je ne parle pas et que j’aime beaucoup sa plume.

      Pour le coup, content qu’un joueur comme toi l’ait apprécié. En plus le 6 de trèfle avait été foldé par mon voisin de gauche qui ne me l’a dit qu’à la fin du coup. Je lui ai dit qu’il aurait pu m’éviter des émotions turn river en le disant directement quand-même…

  2. shnougz says:

    GG, et franchement, même les posts que tu dis être court ne le sont pas tant que ça et toujours passionnant!

  3. stefal says:

    Superbes tournoi et billet.
    VGG

  4. anneaux says:

    c’est le parfum des vacances qui te font enchaîner les perf 😉 VGG pour ce 1/2 mois d’août, allez il en reste encore la moitié!!!

  5. Hashh says:

    Bien joué ! Pour le AQs je suis un partagé sur le fait de ne pas relancer pour la value preflop , c’est vrai que sans fold equity c’est se mettre dans une position plutot inconfortable postflop surtout contre une call station qui pense toujours se faire bluffer (ce que semble etre monsieur) , j’ai plutot tendance a me dire qu’ici je relance pour value point barre mais malgrès un pot plutot petit au départ du coup tu as su bien rentabiliser !
    Etant donné que tu as une vingtaine de blinds que penses tu du shove pur et simple préflop ? Ca serait assez standard en tn online non?

    • admin says:

      Merci Hashh pour tes compliments et surtout pour ta remarque sur la main. Voici ma réponse:
      J’avais bien sûr envisagé l’option de relancer. Mais, alors que le push est évident lorsque je dois faire un 3-bet avec moins de 25 BB (ici j’en ai 22), il l’est beaucoup moins lorsque je dois faire une relance face à un limp. Cependant, même si comme tu dis, c’est une main que je dois relancer pour value car je suis fort devant sa range, il y a un problème de metagame. On sait déjà que le limpeur ne va pas passer. En relançant donc à 3 ou 3.5BB (standard face à un limp), je vais devoir faire un Cbet d’envrion 5BB sur beaucoup de flops. Mais je sais que cette fois-ci il ne va pas me laisser prendre ce pot, tant mes Cbet au flop sont fréquents. Si je touche As ou dame, le problème ne se pose pas tellement, qu’il me paye… Mais si je ne touche pas, un Cbet n’aura même pas de sens, tellement il n’aura aucune fold equity selon metagame. Si je check, il pourra aisément m’arracher le pot en postion. Je pourrai alors envisager de lui faire un check-raise, mais s’il a vraiment du jeu, même un petit truc suffisant et qu’il décide de me payer ou de me relancer, j’aurai déjà investi la moitié de mon tapis, et je les aurai sans doute perdus.

      Voyons l’EV d’un push ici, qui a été ma seconde action préférée après le call. En poussant, j’embarque souvent préflop, le BB, le limp (1 BB), ma SB, et les antes, disons 3.5 BB. Je ne suis payé que par une range QQ+,AK, range qui crush complètement ma main. Je suis à 30% contre un jeu qui me call, et même bien en-dessous contre les AS. En fait, je suis à 28.8% contre cette range. Or, un limp UTG rend cette range probable chez un joueur de ce type-là. Je dirais, à vue de nez qu’il a l’une de ces mains 20% du temps. Il y a encore la BB qui doit parler. Sa main est aléatoire mais il se situe dans cette range disons 3% du temps. En additionnant les deux, je me retrouve donc contre un gars qui me call avec l’une de ces mains 23% du temps (approximation rapide). Il est vrai que les 77 autres pourcents du temps, j’empoche 8k net (BB, limp + antes). Mais les 23 pourcents où je suis payé, je perd 87k, 71% du temps, et je gagne 87+ 6 k, 29% du temps. Mon EV devient 0.77*8k+0.23*0.29*93k-0.23*0.71*87k= -1.84k. Même si l’EV est légèrement négative à long terme et selon les estimations, pas grave considérons qu’on est even et qu’elle est égale à 0.

      Eh bien dans ce cas, je préfère le call, car ma main reste malgré tout devant et même si j’ai investi moins de jetons préflop avec une main devant sa range, perdant un peu d’équité à ne pas faire la relance pour value préflop, je pense vraiment que je gagne en EV à long terme à jouer le coup postflop car malgré son avantage positionnel, ce joueur est transparent dans son sizing, jolie compensation. En gros, je pense pouvoir évaluer sur les streets suivantes où ma main se situe face à sa range. Et postflop, on n’est plus toujours dans des situations de coin flip, 60/40, 70/30, … On est parfois à 96/4, comme ici 🙂

      Pour conclure, je conçois sans problème qu’on n’adore pas le call préflop, mais je pense qu’ici, c’est personnel face à d’autres paramètres. Puisque le push est EV0, je préfère le call qui m’a l’air EV+.
      A bientôt.

  6. golfeur69 says:

    Encore une toute bonne analyse Jon. Ajouter de la créativité dans ton jeu (call AQ) suivant le profil du joueur est essentiel et tu l’as remarquablement analysé ici.

  7. Up says:

    VGG ! tu vas bientot devoir poster 2 fois par jour si tu continues de perfer de la sorte !

    • admin says:

      Ces jours-ci ça va être difficile. Je suis en petites vacances poker. Besoin de me relaxer. Avant septembre, il n’y aura sans doute pas beaucoup de posts. Merci pour le comment et ta présence.

  8. manubluff says:

    Apres un bad run manifeste il y a quelques mois, tu remontes bien la pente !

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