2/70 dans le 110€+1R+1A à Namur: le triple deal

Bruxelles, le 9 août 2012.

Ce résultat n’est pas récent. Il date d’il y a deux semaines. Nous étions le mardi 24 juillet 2012, quelques jours avant le début des WASOP. Au début du blog, la date qui s’affichait en haut du post était celle de l'”évènement”. Depuis j’ai décidé d’en faire la date de production du post. Cela me semble plus logique, même si ça crée une légère incohérence avec les premiers posts, mais que ça ne vous empêche pas de continuer à lire mon histoire…

Parlons de ce tournoi. Est-ce une grosse performance? Non, c’est une perf. sympa à l’approche du festival tant attendu des WASOP, mais le nombre de joueurs n’est pas très élevé. 151 buy-ins sont redistribués aux joueurs à la clotûre des add-ons, et tel est donc le price money. Le nombre de joueurs inscrits se situe entre 60 et 80. 70 me semble donc être la meilleure approximation de cette information dont la précision n’a pas une importance capitale. Pour avoir été à Namur en moyenne une fois par mois depuis le début de l’année, et avoir joué ce tournoi 3 fois auparavant, je peux conclure sur le résultat que même s’il n’est pas celui dont rêve tout joueur de poker, il rend mon temps moyen de présence dans ce tournoi “rentable” en 2012. Ce jour-là, j’ai pris l’add-on, mais n’ai pas utilisé le rebuy unique. Je termine second ex-aequo après un deal fait à 4 joueurs. Parlons-en de ce deal. C’est d’ailleurs tout ce que vous aurez dans ce post :).

Eh oui, on pourrait penser à première vue, qu’il s’agit d’un post ne servant qu’à relater un résultat. Mais vous savez, pour ceux d’entre vous qui me lisez régulièrement (si tu es seul, alors cette phrase ne s’adresse qu’à toi :)), que je n’aime pas faire un article qui relate un résultat sans l’agrémenter de réflexions pokeristiques. Et finalement, j’ai trouvé! J’ai trouvé ce qui différencie ce tournoi d’un autre, et ce sur quoi il m’est apparu l’envie de débattre, j’ai nommé: “Le deal”. Bien sûr, au début de ce blog, pour frimer un peu, je vous faisais des posts pour parler de deals vérifiés en live avec mon application iphone, calculant l’ICM. Avec cette application, je ne pouvais plus me faire avoir. Maintenant, vous connaissez tous l’ICM, je dois me renouveler. C’est pourquoi, aujourd’hui je vous parle d’un autre type de deals: “le triple deal”. Ce tournoi est à ma connaissance, le seul qu’il m’ait été donné de jouer, où un triple deal a eu lieu. Je m’explique:

N’ayant noté aucun coup dans ce tournoi, je me souviens juste de la dynamique et de l’influence de la structure sur mon tapis. Avec 10.000 jetons par buy-in (10k pour le buy-in, 10k pour le rebuy, 10k pour l’add-on), la structure est assez deep dans les premiers niveaux. Je joue d’ailleurs un jeu small-ball, agressif, loose et j’aime ça. Mais les blinds augmentent toutes les 20 minutes et de façon non négligeable. Lorsque nous sommes une vingtaine, le tapis moyen est un short stack en zone de push-fold. Et je n’ai pas beaucoup plus que le tapis moyen. Je suis assis à côté d’un joueur que je ne connais pas encore très bien, Danny Covyn, mais avec qui j’ai déjà discuté quelques fois. Il m’a parlé de ses réflexions dans des coups en live et m’a dit apprécier mon blog. Je trouve qu’il joue bien. Nous avons des tapis assez proches. On doit avoir entre 10 et 15 blinds. Il est temps de diminuer la variance de ce tournoi à structure ultra rapide. Je lui propose un swap de 10% et il accepte. Il saute 13e ou 14e, les cartes n’étant pas au rendez-vous. Ce swap, je ne le range pas dans la catégorie des deals, sinon nous parlerions d’un tournoi à 4 deals. Non, le deal pour moi, c’est celui qui est accepté par l’ensemble des joueurs encore en lice.

Neuf places sont payées. Lorsque nous sommes une quinzaine, quelques joueurs de la table proposent de payer les joueurs de 10 à 15, en enlevant 6 parts de 300 euros au price money final. A ce moment, mon tapis est l’un des plus gros de la table. Je dois avoir 35 blinds. Je refuse le deal. A ma table, je suis le seul à refuser, car on dirait que tout le monde est d’accord, même des stacks qui devraient refuser à mon sens. Il y a deux énormes tapis à l’autre table, et je pense avoir des chances de ne pas être le seul “emmerdeur” à refuser un deal. Lorsque je dis “emmerdeur”, je ne le pense pas une seconde. Je m’attache à jouer de façon EV+, autant avec les cartes, qu’avec les deals. Ce n’est jamais dirigé personnellement contre des joueurs. Je sais que j’ai déjà eu des problèmes à refuser des deals en TF, que ce soit à Namur ou à Marrakech. A Cannes, il y a même eu un mendiant qui réclamait de l’argent pour la bulle d’un satellite après le tournoi. J’ai déjà vu des refuseurs de deal se faire insulter, alors qu’ils avaient 100% raison. Que ça me fasse une réputation de connard du deal, je m’en fous. Je ferai toujours un deal si je le trouve intéressant pour moi, ou éventuellement, si je veux sauver un pote à la table.

A l’époque où je fréquentais Namur souvent, en 2010, j’acceptais plus facilement un deal peu intéressant, parce que je croisais souvent en table finale, des joueurs qui l’avaient fait pour moi. C’était un donné pour un rendu. Mais lorsque je ne connais personne ou presque, je n’ai pas à leur offrir de l’équité ICM. Aussi, à 15 left et avec mon tapis, je vais pouvoir jouer un jeu de bulle qui va me faire monter encore plus. Il n’y a finalement rien de plus EV- que de faire un deal à la bulle avec un tapis dominant à table. Cependant, en refusant le deal à 15, je dis que je suis prêt à faire passer la bulle à 10 ou 11 et l’accepter à ce moment-là. De cette façon, je sais que je ne jouerai mon jeu de bulle que jusqu’à la onzième place, ce qui est déjà pas mal, et je mets un peu d’eau dans mon vin, car j’apprécie quand-même certains joueurs de la table. Nous sommes onze et j’accepte le deal. Cela me fait plaisir de sauver le short stack de la table, un gars qui m’avait fait un compliment sur le blog à la pause précédente :). Eh oui, le compliment m’amadoue. Le onzième et le dixième reçoivent 300 euros.

Nous sommes huit en TF, et j’y fais la sympatique connaissance d’un bon joueur, Stijn Verest, futur gagnant du 330 des WASOP. Je viens de jouer mon bouton. J’ai un stack légèrement supérieur au tapis moyen. UTG+1 est un joueur short stack qui va devoir survivre au passage des blinds. Un joueur propose de partager 3/4 du prize money entre les huit joueurs restants. Tout le monde est d’accord, sauf un. Et devinez qui est cet enc… C’est moi. Je connais cette situation lourde ou tout le monde te met la pression. Tu deviens le méchant de la table. Mais je lui dis: “Repose-moi la question lorsque je serai UTG, pas quand je suis au bouton s’il te plait”. Je ne peux clairement pas accepter que le petit tapis sur lequel les blinds vont passer, prenne 1.2k, au même titre que les autres. Il est vrai que le reste des tapis est assez équilibré. Attendons donc six ou sept mains. Un autre joueur me lance un bluff, disant que si je le refuse maintenant, il ne l’accepterait pas après. Je dis :”jouons”. Une main, puis une autre passent et le short stack a doublé. Il est au niveau des autres. La pression monte et le deal est redemandé. Les blinds sont de 10k-20k et j’ai 230k, soit 11 BB. J’ai l’avantage de la position, dans le sens où je peux attendre que se produise une rencontre entre deux joueurs, en jouant moi-même un jeu très tight dans les prochaines mains, pour gagner une élimination, mais j’accepte finalement le deal, ne ressentant plus un tel avantage à attendre ces deux ou trois mains. Chacun des huit prend 1.2k, et je propose que les 3.7k restants soient répartis en 50%,30%,20% aux 3 premiers. Nous jouons donc un sit and go hyper turbo, à tapis de départ inégaux.

Nous ne sommes plus que 4 et l’un des joueurs a 1 million. J’ai 350k, un autre 280 et le dernier 320. Le joueur au million profite de cette nouvelle bulle pour tout agresser. Je vais jouer ma BB de 40k et je lui dis :”stop, je propose un deal”. Je n’ai pas le temps de faire accepter l’ICM de mon iphone et décide de l’évaluer approximativement. Je propose 800€ à nous 3, et 1.3k€ pour lui. C’est accepté et l’ICM, vérifié après, me montre que mon approximation n’est que très légèrement en notre défaveur, joueurs aux trois plus gros tapis, au bénéfice du plus petit. J’étais BB et notre monsieur au million poussait 80% du temps, je ne suis pas vraiment mécontent de clôturer ce tournoi sur ce triple deal. Mais finalement, chacun des trois deals aura été EV- pour moi. La réputation de méchant dealer dont je disais me foutre en milieu de post, n’a peut-être pas si peu d’importance à mes yeux finalement ;). D’autres résistent mieux à la pression. C’est le cas de Yannick Bourdain par exemple, qui finira premier du tournoi du lendemain sans accepter le moindre deal… Ca, c’est s’affirmer ;).

Dans le prochain post et avant de poster sur mon tournoi des WASOP à 550€, je parlerai de ma win dans le 55$ de 23h sur PokerStars le 29 juillet, tournoi dans lequel la Belgique aura occupé les deux premières places du podium, sur un field de 424 joueurs.

Merci d’avoir lu.

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5 Responses to 2/70 dans le 110€+1R+1A à Namur: le triple deal

  1. Stefal says:

    Ah, ces fameux deals namurois!

  2. mad_thorgal says:

    “Dis-leur” que tu refuses “leur deal” lorsque tu es “dealer”! OK je sors^^

  3. aldanjah says:

    Je ne propose/ accepte un deal que si c’est dans mon intérêt.
    En outre je pense que le fait de refuser un deal est bon pour l’image : les autres joueurs savent que t’es pas scared money 🙂

    • admin says:

      Hey, je n’avais jamais répondu à ce post. Comme tu dis, refuser le deal est bon pour l’image. D’ailleurs des gens scary money devraient le refuser pour faire croire au contraire. Ils sont bien plus respectés après, dans les tours suivants

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