13/452 au PPD Chaudfontaine: Jour 2 (partie 1)

Bruxelles, 5 juillet 2012

Plutôt que de traîner encore pour relater la suite du PPD Chaudfontaine, lançons-nous enfin, surtout que même si les coups sont notés en langage abrévié sur mon smartphone, ma mémoire, elle, ne conserve pas très longtemps, tous les paramètres non notés. Ce post est la suite de celui-ci: Jour 1

Je reviens donc au Day 2 avec 81k aux blinds 800-1600/300. Je descends après 20 minutes à 68k: je fais une ouverture, suivie d’un Cbet dans un coup où les calls rapides de l’adversaire me font comprendre qu’il n’est pas EV+ de barell à nouveau le turn, car il a décidément rencontré son flop, et dans une autre main, j’effectue un 3-bet depuis les blinds, payé par l’ouvreur en position, et où je ne fais pas de Cbet sur un flop trop wet, abandonnant le pot.

Anthony Rodrigues s’approche de la table et s’assied. Il est deux sièges à ma droite et c’est toujours mieux d’avoir Antho de ce côté-là. Au moment où il s’assied, nous sommes encore amis, mais loin de nous douter que cette amitié est éphémère, et qu’elle ne durera plus qu’une demi-heure 🙂 Je rigole bien sûr, car nous savons l’un comme l’autre qu’à la table, il est hors de question de freiner son jeu, même contre des potes. C’est finalement un jeu avant tout, même si l’aspect monétaire peut parfois fragiliser des relations. A partir du moment où c’est convenu de part-et-d’autre qu’on est là pour se prendre le maximum de jetons, il ne devrait plus y avoir de problèmes. Je dirais que les problèmes surgissent lorsqu’il n’y a pas eu précision, mais entre Antho et moi, c’est cool. Venons-en aux cartes.

Antho limpe en SB, le joueur à sa gauche ouvre de BB, tout le monde passe et Antho paye. Le flop contient 3 piques: . Antho checke, le 3-betteur préflop mise et Antho paye. Turn un rag: . Antho checke, l’agresseur continue avec un second barell mais Antho ne lâche pas l’affaire. River: . Antho checke à nouveau, son adversaire fait une grosse mise, avoisinant 18k. Antho réfléchit un peu, et finit par payer les 18k, à mon grand étonnement. Le 3-barelleur dévoile vaguement ses cartes dans un geste qui montre qu’il a perdu, j’y apperçois un pique mais rien de plus. Antho dévoile pour une troisième pair kicker 8 sans tirage couleur. Il gagne le coup et se fait une petite réflexion à lui-même: “classique, il a le pique”, en acquiesçant pour confirmer sa lecture. Je trouve ça génial. Si certains d’entre vous n’avaient pas encore compris d’où proviennent ses nombreux résultats live, régalez-vous de ce coup.

Deux coups plus loin, David, un joueur que j’avais croisé à Vienne, et qui ne joue pas depuis très longtemps, ouvre en middle à 3500 sur 800-1600, et je suis SB avec . Antho le 3-bet du cut-off à 8200. Je sais qu’Antho le connait puisqu’il était aussi à Vienne en janvier. Antho avait commencé le jour avec un tapis assez confortable (vers les 140k). Il vient de prendre un très joli coup, suite à son hero call. Ca met forcément en confiance lorsqu’on vient d’arriver à une table. Je ne le mets pas sur un 3-bet light absolument, mais sa range est quand-même large. Ma main se comporte très bien devant celle-ci. Je 4-bet à 18.300 et j’ai environ 67k au départ du coup. Bien sûr, avec 42 BB, le coup standard était de reshove en 4-bet. Mais…

…si Antho est complètement light, je prends le pot tout de suite et s’il a un jeu moyen, je pense avoir plus de fold equity en faisant un 4-bet comme ça, car le faire à tapis ici enlève les super monstres de ma range (KK+). Aussi, je pense que si Antho décide de jouer le coup, il ne va pas flat call mon 4-bet, mais sûrement 5-bet shove, car il est évident que vu les paramètres du spot, il a peut-être encore de la fold equity sur moi, car selon metagame, et suite à son hero-call le mettant souvent en confiance, je pourrais avoir 4-bet light. En effet, je pense qu’il peut souvent se douter que je le soupçonne de faire ce 3-bet avec un jeu faible. Peut-être lui ai-je donc fait un 4-bet complètement light. Il doit donc pousser s’il veut jouer le coup, dans l’optique d’utiliser l’éventuelle fold equity qu’il aurait sur moi. David passe, Antho pousse son tapis après quelques secondes. Sa range se resserre par rapport à ce que j’avais imaginé mais je ne vois pas mon AK à moins de 50% contre celle-ci. Je dois rajouter mes 49k dans ce pot qui en fait déjà (300*8 (antes) + 3500 + 2*18300+ 1600 (BB) + les 49k supplémentaires qu’Antho me demande = 93100). Le pot fera donc 93k+49k=142k après mon call. On me demande donc 34.5% du pot final. Suis-je à au moins 34.5% contre sa range, je pense qu’avec , c’est difficile d’être en dessous quand-même. Je call et il montre . C’est le flip. Le board apparaît: et mon nouveau tapis est de 142k.

Quelques coups plus loin, je suis UTG+1, et j’ouvre avec sur la blind d’Antho à 4500, sur 1000-2000/ante 300. Je ne l’attaque pas lui particulièrement, j’avais juste envie de commencer à exploiter mon tapis dans un coup un peu fantasque. Antho complète et paye les 4500. Flop: . C’est magnifique, mais en même temps, je me retrouve dans une situation incroyable avec mon pote que je ne visais pas. Il m’est juste venu l’envie d’ouvrir à ce moment et à cette position avec une main ultra-marginale, sans trop me soucier de qui était dans les blinds. Mais ces situations sont rares au poker. Je n’ai pas le temps d’attendre la suivante. Je ne représente pas le 8 et mon flop est magique. Je ne peux pas culpabiliser à essayer d’en extraire le maximum de jetons, même contre Antho. Il checke. Je fais un beau Cbet à 6000 pour le masquer complètement. Il me paye. Là je commence à comprendre que ce coup va sans doute prendre une ampleur dont je ne me serais pas doutée. Je voulais juste piquer les blinds et les antes, je n’en demandais pas tant :). Turn: . Il checke, je mise 8000. J’ai souvent une overpair au board. Il call. Je ne vois pas très bien ce qu’il a, mais je sens qu’il n’a pas le 8 et qu’il n’a pas rien. L’overpair au board me semble improbable. Peut-être en a-t-il une petite en main, et pense-t-il que je suis avec deux overcards. River: . Il check à une vitesse assez rapide, à tel point que je le soupçonne d’espérer un check behind. Je mise 21k pour ce qui pourrait éventuellement être un 3e-barell bluff désespéré pour arracher ce pot à la rivière. Il me call et je lui montre brelan. Je gagne le coup et mon tapis est autour des 180k.

photo Ludivine Maes

La table casse et je suis déplacé. Lorsque j’arrive à ma nouvelle table, j’observe un peu. Je vois un coup dingue. C’est juste très intéressant. Le flop est déjà donné quand je m’assieds: . Un joueur d’une cinquantaine d’années, qui aura quelques coups contre moi par après, ouvre à 6.3k et un autre joueur relance à 25k. Tout le monde passe et le premier paye. On sent que celui qui a mis 25k a un jeu concret qui veut chasser les tirages. A vue de nez, le pot doit contenir 60k, soit 30 BB avant que le turn ne soit distribué. Turn: . Le premier checke, et le joueur qui semblait défendre sa main au flop pousse son tapis, avoisinant 240k. L’autre réfléchit et finit par payer tout son tapis, 168k, près de 3 fois le pot se trouvant au centre à la fin du flop. Le défenseur de sa grosse main montre , pour une jolie top pair, avec un top kicker. Le second que l’on ose espérer devant, dévoile, tenez-vous bien: . Vous avez bien lu. Il joue tout son tournoi, avec un tapis qui avoisine 180 % de la moyenne au départ du coup, avec une pair et un tirage open-ended straight au turn, le tout, non coloré. Il a finalement 13 outs sur 44, pour gagner conte la top pair top kicker de son adversaire, soit 29.5% de chances de survie dans le tournoi. La rivière est un douloureux pour notre défenseur de sa main et monsieur 29% s’envole vers les 400k.

Après avoir repéré les bons joueurs de la table, je constate que l’ouverture standard sur ces blinds 1000-2000 est de 5500, soit 2.75 BB. Je comprends que si les bons joueurs font cela, c’est qu’ils ont une raison. Puisqu’ils sont là depuis bien plus longtemps que moi, ils ont sans doute adapté leurs ouvertures à la dynamique de la table, une dynamique avec peu de fold equity sur les ouvertures à moins de 2.5 BB. C’est pour cela que je commence à ouvrir comme eux. Si eux ont perçu cette dynamique, autant les imiter pour l’instant.

Je commence à devenir assez agro rapidement, ouvrant à un taux élevé, que je vais devoir calmer rapidement. J’ai 3-bet le joueur à ma droite 2 ou 3 fois depuis 30 minutes. Chacune de ses ouvertures a trouvé résistance. Et voilà que je trouve . Il ouvre à 5500 UTG. Je le trouvais assez tight et me dis que le timing est beau. Il ouvre si tôt en position, qu’il a sûrement une main pour riposter. Disons que je suis dans une situation où suite à mon 3-bet, il va souvent 4-bet shove ses 70k si l’action revient à lui sans que personne n’ait bougé. C’est ce qui se passe. Je 3-bet à 13k, tout le monde passe jusqu’à lui, il pousse et je call. Il a , je gagne le 81/19 et le sors. A propos de ce timing, l’action est logique, je n’ai rien fait de non standard et n’ai pas de mérite. C’est un mauvais exemple de gestion de timing, car ici, il est très facile et ce n’est pas vraiment moi qui provoque l’action. Je joue ma main, c’est tout, même si je sais que ça va souvent me revenir dessus. Après ce coup, mon tapis est à 250k.

Plus généralement, il faut dire que j’adore cet aspect du poker, et je pense qu’il est très EV+ de bien gérer ses timings. Pour cela, il faut être conscient de l’humeur de ses adversaires à tout moment, de savoir ce qu’on a induit chez eux avec notre jeu comme émotions. Par exemple, si on les sent exaspérés par nos relances intempestives, et que nous avons une vraie main maintenant, il faut être capable de provoquer leur réaction en simulant de la faiblesse dans notre mise, en la faisant passer pour un nouveau vol. Cela se fait grâce à la vitesse de la mise, le sizing, les contre-tells. C’est un ensemble de faux paramètres qu’on lui envoie. A l’inverse et en utilisant toujours cette exaspération provoquée, il faut savoir que ce n’est plus le moment de faire un vol maintenant, car sa range de relance est trop élargie. Finalement, tout le metagame est une question de timing…

Pour clotûrer cette première partie de compte rendu du Day2, je vous parlerai d’un nouveau coup où le timing a joué. Celui qui avait défendu son AJ, 10 minutes plus tôt et qui s’était fait déstacker à 75% sur un horrible 8 rivière pour un pot monstrueux, est maintenant sur tilt. Ca se voit, il rale et veut revenir à son joli tapis rapidement. Il fait, en guise de Cbet, une mise à tapis sur mon adversaire de droite, celui-ci passe. Deux coups plus loin, j’ai au bouton. Sur 1200-2400, il ouvre à 8100 depuis la position de hijack-1, 3 sièges à ma droite. Je le mets sur 66+,AJs+,AQ+, vu la taille de sa mise. Je sais que les blinds sont très passives et que le squeeze n’est pas à l’affaire à cette table pacifiée (j’expliquerai cela dans le post suivant). A ce moment précis, le timing m’indique que je dois call et non pas relancer. L’ouvreur montre qu’il veut jouer. Il ne va jamais passer. AK, qui est une main à fold equity ne pourra pas jouer son rôle entièrement ici. Il existe une ligne bien plus EV+ selon moi. Je flat call. Je sais que si je touche mon roi ou mon as au flop, et que notre ami a une pocket, il va faire un Cbet à tapis 95% du temps vu son humeur, et vu le peu d’As ou de rois qu’il y a dans ma range. S’il touche un monstre, je sais qu’il ne misera pas trop gros et j’ai le sentiment que son sizing donnera son jeu. Aussi, je pense qu’avec deux grosses cartes non rencontrées, il sera lisible aussi, faisant un cbet pas trop gros, que je pourrai float facilement. Je paye et tout le monde passe. Le pot contient environ 20k. Flop: . Il insta-push 50k et j’insta-call. Il a et je le sors. Ce qui me plait dans cette ligne, c’est que s’il a AQ, AJ, le résultat est le même, et je ne dois pas risquer ces jetons à 70% préflop. Voilà un exemple plus sympa de timing. La morale, c’est: “pourquoi jouer à pile ou face, lorsqu’on peut jouer à pile je gagne, face tu perds”.

La première partie de ce compte rendu du Day 2 est finie, car j’ai encore pas mal de choses à dire et que le post va devenir trop long. La suite au plus vite, ce week-end j’espère… Merci d’avoir lu.

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4 Responses to 13/452 au PPD Chaudfontaine: Jour 2 (partie 1)

  1. stefal says:

    Jouer le jeu lorsque l’on se retrouve avec ses amis dans un tournoi est la meilleure marque de respect que l’on puisse leur témoigner.

  2. mad_thorgal says:

    Super suite de compte-rendu, et en effet le coup de ton ami sur le flop tout à pique est génial, car y penser est une chose, mais oser payer en étant confiant dans son read en est une autre (un des aspects sur lesquels je travaille^^).
    J’aime aussi ton analyse des timings.
    Vivement la suite!

    • admin says:

      Merci Mad, eh oui, Antho est très fort. Mad, je parlerai de Bourges, mais je ne sais pas comment aborder le chapitre de mon retour 🙂

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