13/452 au PPD Chaudfontaine: Jour 1

Bruxelles, 26 juin 2012

J’aime le poker! Ce Partouche Poker DeepStack de Chaudfontaine confirme à nouveau ce sentiment qui m’habite depuis des années. J’aime surtout le poker des tournois, ceux avec des gros fields de plus de 300 joueurs et une structure profonde et lente. C’est gai d’avoir beaucoup de big blinds pour commencer à jouer et installer un jeu de grind qui donne la place pour développer son meilleur poker et pour explorer des tas de situations variées au sein de phases très différentes les unes des autres. C’est sympa de proposer des tournois qui sont conçus pour diminuer le facteur chance et privilégier les joueurs qui ont un edge. Cela rend le jeu beaucoup plus intéressant.

Jour 1


A mon arrivée, je croise pas mal de têtes connues à l’entrée du casino, des joueurs réguliers de Namur, que j’ai pas mal fréquentés par le passé, pendant mon année de tournois dans ce casino (2010). La plupart de ces passionnés ont à nouveau répondu présents à l’appel du Deepstack et ça fait plaisir d’arriver dans une ville où je n’avais jamais mis les pieds et d’y voir des potes que je connais bien. Il y a Jean-Marie Vandeborne, avec qui j’ai fait la route, Anthony Rodriguez, Mustafa Capan, Diren Yildiz, Stephan Buzzo, Benoît Tombeur, pour ne citer qu’eux.

Certains joueurs que je ne connais pas viennent me féliciter pour le blog. Cela fait plaisir, mais si mon blog a gagné cette mini-notoriété, comment vais-je pouvoir encore utiliser le mot fish dans mes posts pour des tournois joués en Belgique. D’une part, je ne voudrais pas blesser des joueurs qui pourraient se reconnaître dans des coups, d’autre part, je ne voudrais pas risquer de me blesser moi-même, dans le cas où ils sont violents et que je dois les recroiser par après :). J’utiliserai donc des termes plus doux. Après une petite queue d’inscrits en late registration, ma place est tirée, je m’assieds et reconnais vaguement l’une ou l’autre tête à la table. Je ne pense pas avoir déjà joué ces adversaires par le passé, mais je les ai vus dans un casino, pour un autre tournoi.

Les premières heures du tournoi ne me sont pas très favorables. J’ai 50k au départ et les blinds sont à 100-200. Cela fait longtemps que je n’ai plus joué un deepstack, le dernier étant le MegaPokerSeries de Vienne organisé par Poker 770 au mois de janvier. Au lieu de jouer tight en début de tournoi, je choisis de la jouer loose. Il n’y a rien à faire, j’aime jouer loose en début de tournoi Deepstack, lorsque je suis assis à une table qui ne me semble pas trop dangereuse, assez passive, et surtout très limpeuse comme celle que j’ai. Je ne peux m’empêcher de jouer des tas de mains marginales qui, lorsqu’elles rencontrent le board, peuvent me permettre, quand je les combine à ma lecture du jeu adverse, de prendre des jetons de façon complètement EV+, magré le peu d’effective value perdue à les jouer préflop. Je suis même prêt à risquer les 20.000 premiers jetons de cette façon, sachant qu’avec 30.000 jetons, je suis toujours avec un tapis bien profond.

Prenons par exemple cette main. J’ai et c’est limpé 3 fois sur 150-300, avant que je ne limpe moi-même en middle position. Le joueur à ma gauche, que j’ai déjà vu défendre sa main de façon démesurée par rapport aux blinds, relance à 825. Je ne crois pas me tromper trois jours après, en disant que je l’ai vu jouer quelques mains avant celle-ci, une grosse portion de son tapis avec une top pair, sur des blinds qui ne justifiaient absolument pas de prendre un tel risque. En plus, il a montré sa main après le fold adverse, pour prouver qu’il avait quelque chose. Son 825 est payé par quelqu’un, et je décide de compléter les 525 aussi. C’est peut-être un peu cher et certainement EV- préflop, si l’on décide d’arrêter de miser à partir de là et d’abattre les 5 cartes du board jusqu’au showdown. Contre la range du relanceur, ma main n’a pas une équité suffisante à long terme, pour que mon investissement soit récupéré avec la moyenne des jetons qui reviennent chez moi lorsque je gagne à l’abattage en checkant jusqu’au bout, à trois joueurs. Mais la beauté de ce jeu, c’est qu’il est possible de manoeuvrer postflop, de raconter des histoires, d’affiner sa lecture de la range adverse au fur-et-à-mesure des streets et de faire des actions très EV+ en conséquence. Il est à préciser que deux des limpeurs ont passé, suite à la relance dans ce coup et qu’il y a déjà pas mal d’argent mort dans le pot, ce qui rend mon call encore moins EV- dans ce cas particulier (pot=825*3+300*2+150+300=3525). Flop: . Me voici avec un tirage de gut shot et un tirage couleur backdoor. Le premier limpeur check, moi aussi, et le gars Cbet à 2350. Le premier limpeur passe. De mon côté je décide de payer pour deux raisons. Soit il a touché sa dame, soit il a déjà KK ou AA, et dans ce cas, ma gut shot qui rentrerait le déstackerait avec quasi certitude vu l’historique que j’ai de lui, d’autre part, s’il n’a pas une grosse pair (pocket pair ou pair touchée au flop), il ne fera plus un autre barell au turn si une overcard à sa pair est présente.

Admettons qu’il ait 99, TT ou JJ, je ne serai plus confronté à un nouveau barell au turn à cause de la dame au flop, seule fois où il aura osé miser en Cbet. Idem si le roi vient au turn et qu’il n’a que la dame. Si c’est l’As qui vient et qu’il mise à nouveau, alors il aura l’As (un meilleur As que moi bien sûr, peut-être même AQ). Peu importe, je sais qu’il n’a pas mieux qu’une top pair ici et je verrai au turn si elle est toujours top. D’autre part, si l’As vient et qu’il ne mise plus suite à mon check, c’est moi qui serai devant. Donc à priori, j’ai 4 outs (les 3) qui me font gagner avec certitude et qui n’inquiètent pas sa top pair si l’un d’eux se présente au turn. Et j’ai trois autres outs (les As) qui me font souvent gagner, une info que je pourrai affiner selon ou pas qu’il mise au turn. D’autre part, si ni A, ni K ne vient au turn et qu’il check behind, beaucoup de rivières me donneront la possibilité de donk bluff ce board avec des grandes chances de succès, car le gars joue ABC, et n’est pas du genre à faire des hero calls. Même s’il a une pocket inférieure à la dame, me voyant payer au flop, un gros donk river de ma part ne représentera pas un tirage mais bien la dame. J’ai une belle cote implicite pour mon gut shot au turn, car malgré ma chance sur 11 de toucher, vu historique, je suis presque sûr de pouvoir lui prendre un grand nombre de fois cette mise en check-raisant le turn et en assénant un nouveau barell bien calibré river, pour que mon gain dans le coup excède 11 fois 2350, vu sa propension à ne pas lâcher ses top pairs et vu l’énorme portion de son tapis qu’il avait investie plus tôt avec un tel jeu. Cela, sans compter l’As qui me fait peut-être gagner (on le saura), la flush backdoor, et le float hors-position qui me donne la possibilité d’arracher river si je ressens de la faiblesse de sa part au turn. Le turn est un . Je check et il mise 3850. Je dois dire qu’avec une telle mise sur un blank turn, j’aurais bien sûr abandonné le coup. Mais me voici avec 8 outs supplémentaires, les trèfles (ne recomptons pas deux fois le 3 de trèfle). Il reste à notre ami plus de 30k dans son tapis après sa mise.

Me voici avec 12 outs qui me font gagner avec certitude me donnant un jeu complètement masqué et une cote implicite énorme. Je paye sa mise et la river est un malheureux . Je check, il check. Bien sûr, je m’attendais à son check river depuis le début même avec top pair. Par contre, j’aurais déjà repris le lead en check raise au turn avec l’un de mes outs, et j’aurais donk énorme la rivière avec un out river. Il montre ses cartes avant moi et a . Je muck et il me dit: “je ne comprends pas ce que tu avais, tirage couleur est impossible”. Dans ma tête, j’ai envie de lui dire :”fallait me laisser montrer mes cartes en premier”.

Une personne a table fait une lecture correcte de ma main en parlant de couleur backdoor. C’est Yannick Bourdain, l’une de mes belles rencontres de ce week-end. J’y reviendrai plus tard, mais nous parlons là de l’un des deux tous bons joueurs de la table, deux joueurs que je ne jouerai d’ailleurs pas pendant cette première période. Le second, c’est Carlos Lopez, avec son palmarès Hendon Mob assez impressionnant et ses victoires en tournoi Deepstack. Il est à ma gauche. Je ne comprendrai qu’à la pause que c’est lui car quelqu’un dira son prénom et une petite recherche sur iphone me permettra de confirmer. Je perds d’ailleurs contre lui, et avant la pause, un coup où je paye ses deux premiers barrels postflop avec et un tirage carreau qui ne rentrera jamais. La différence avec lui, c’est qu’il assénera un troisième barell river. Il viendra me dire à la pause: “pas facile de te faire passer, mais aura compris vu mon fold river, que j’avais les carreaux”.

La pause est finie et je trouve , un gars limp en early à 400 sur 200-400 et je raise à 1550 (un peu cher je l’accorde mais je suis d’humeur). Carlos me paye du bouton et le limpeur passe. Flop: . Croyez-vous que j’en aurais choisi un autre si j’avais pu? Comment maintenant maximiser le profit contre cet excellent joueur. Je fais un beau cbet à 2500. Ce flop rencontre souvent sa range de call pour une carte au moins, ou un tirage de gut shot qui peut avoir envie de me float. S’il a set miné avec une petite pocket, on ne prendra pas grand chose ici de toute façon. Il me relance à 5400 et je paye. Cool, j’ai l’impression que je vais pouvoir raconter une histoire. Je décide de faire un truc que je n’ai jamais fait. Je crois qu’il ne me connait pas et je check avant de voir le turn. Cette façon de faire appartient aux débutants. Cela veut dire textuellement: “j’ai un tirage, mais je ne veux pas que tu détectes la faiblesse de mon check au turn si je manque mon tirage. Aussi, si mon tirage rentre, j’ai de toute façon l’intention de te check-raiser”. Donc ce check veut dire souvent: “j’ai un tirage et je souhaite que tu arrêtes d’être agressif au turn”. J’espère une carte qui ne donne aucun tirage au turn et c’est le , magnigfique rag qui ouvre aussi un tirage couleur. Comme j’ai déjà checké, il mise 6000. Maintenant, comme il m’a 3-barrel dans la main précédente, je ne peux plus slowplay ici, car je pense qu’il ne va pas faire un 3e barell ici, surtout s’il a de l’équité de showdown. Et si je call seulement, il comprendra que je n’abandonnerai plus le coup à la rivière car je représente alors un monstre, comme deux pairs ou brelan. Je décide donc de continuer à représenter mon tirage. Je compte mon tapis pour voir si j’ai de la fold equity et dans un show Holywoodien assez moyen :), je pousse mes 23k restants (ses 6000 + 17000). Il insta-fold, ce qui me conforte dans l’idée que je n’aurais rien pris rivière. Maintenant, il est vrai que pour me faire payer ici, il faut qu’il ait quelque chose, car si j’ai un tirage, c’est souvent avec une pair en soutien évidemment. Je pense qu’avec AK, KQ, K9, Q9, brelan, ma mise à tapis est payée. C’est sûr, ça limite la range de call, mais comme je pense que river je ne prends presque jamais rien et que même avec double pair, ce bon joueur check behind (sauf peut-être avec top double), j’ai une plus grosse probabilité à faire payer ces jeux maintenant en poussant, car vu mon “scary check” avant de voir le turn, j’ai rarement mieux qu’un tirage et une pair. J’aurai quand-même gagné 6k de plus au turn, mise qu’il devait faire même avec absolute AIR.

Je joue beaucoup de coups préflop et en position sur les joueurs faibles. L’un d’entre eux ne m’aime pas et commence à en avoir marre, car j’en arrache pas mal avec mes barells postflop. Sur 200-400, il ouvre à 800. Je le sens faible face à ce minraise. Je trouve en position et m’amuse à le relancer à 2500, plus de 3 fois sa mise. Tout le monde passe et il me paye. Flop: . Comment pourrais-je expliquer que face à son check rapide, j’ai la quasi certitude d’être devant mais je ne le mets pas sur rien. Il check et je mise 2500, à nouveau. En misant si petit, je ne fais pas trop monter le pot, et je me laisse la place pour un beau barrel turn. Je sais qu’il va payer le Cbet au flop, quelle qu’en soit la taille et il le fait. C’est historique, il me joue, il m’en veux. Ce flop est magnifique pour ma poubelle. Turn: . Je ne pense pas que j’aurais choisi une autre carte, peut-être l’aurais-je prise en coeur, mais ne soyons pas si difficile. Il check et je mise 4500. Il me call. J’ai l’intention de faire un 3e barell si je sens qu’il n’a pas rencontré. Je le mets actuellement sur une deuxième ou troisème pair au flop, deux grosses cartes, ou un mix des deux en format suited. River: . C’est une très mauvaise carte. Je vois des étincelles dans ses yeux et j’ai compris. Il check, je check. Il se lève en hurlant un truc du genre :”je t’ai eu y’en a marre”, et jette un sur la table. Ensuite, il montre sa deuxième carte, une . Il est debout dégoûté et fait quelques pas, comme s’il venait enfin de gagner un combat dans lequel il a souffert depuis longtemps. Il a porté le coup fatal et exprime sa haine en faisant des grimaces de douleur. Je lui fais remarquer qu’il vient de gagner ce coup et qu’il devrait être content. Peut-on imaginer qu’il soit si haineux parce que chacune de ses actions dans le coup a été exécrable, payant chacun de mes barells en étant derrière, et ne valuant plus un seul jeton en étant devant? Finalement, on finira par se réconcilier et il me complimentera sur ma façon de jouer, ce qui est toujours plus sain que d’être en conflit (hors de la table bien sûr car à table, ça peut être nécessaire).

Face à ce même joueur, je trouve . Je 3-bet à 3100 du cut off, face à son 1150 sur 200-400. Flop: . Il check et je décide de check behind. Ce flop rencontre sa range utlra large. Je pourrais value mes rois ici, mais j’aime les checker parce que d’une part, j’adore le pot control au flop en position sur un joueur lisible, d’autre part, je masque ma main et peut prendre pas mal de valeur sur les deux barrels suivant. Vu le profil du joueur, je sais que s’il touche son tirage, il va donker rivière, ne prenant pas le risque que je check behind. Je sais aussi qu’au flop, j’ai à nouveau peu de chance de le faire passer sur une mise. J’aime faire ma lecture par après et pour moins cher. Turn: , sans doute l’une des plus mauvaise cartes. Elle ouvre le 7 en une carte. Il check. Je fais 4000 et j’explique ma pensée. JQ, le 7 ou les coeurs, sont des mains que peut posséder mon adversaire. Si c’est le cas, je le saurai immédiatement. Il relance à 10.000, je fold. Il m’avoue après qu’il avait bien et que je lui donne du fil à retordre à ne pas me faire avoir par ses pièges. Quel est le but de ma mise au turn? Mes rois sont fébriles mais peut-être encore devant. Il est clair qu’il ne passera pas ici s’il a payé au flop, car le board présente encore plus de tirages. S’il donk la rivière sur une carte dangereuse, je peux passer tranquillement. S’il a déjà son jeu, il me check-raise 95% du temps. Et s’il check rapidement la rivière avec une envie de showdown, je peux même encore value mes rois. En gros, avec cette mise turn, je ne perdrai pas plus de 4000 jetons postflop dans ce coup, quelle qu’en soit l’issue. Vous me dirai que je lui ai laissé voir une carte gratuite au flop. Mais je garantis qu’il paye toute mise avec son gut shot, ce qu’il me confirmera par la suite.Evidemment en misant au flop, je value ma main qui est devant à ce moment. Mais le problème, c’est que mon barell turn doit être bien plus gros pour être crédible, et qu’en cas de check-raise je perds beaucoup plus. Ici, le coup me coûte 4000 postflop, alors qu’avec une mise de 4000 au flop, et 6 ou 7000 au turn, cela m’aurait coûté 11.000, et en cas de jeu devant au turn, je n’aurais plus osé value la rivière sur ce pot devenu trop gros. Je ne regrette pas ma ligne dans ce spot.

Suite à ces coups et pas mal de tirages ratés, mon tapis est tombé à 17k et on ne peut pas dire que cela ait bien commencé. Yannick ouvre à 900 sur 200-400, je m’invite en position avec . Le flop est sympa: . Si mes souvenirs sont bons, il Cbet et je call. Turn: . Il check, je mise et il call. River: . Il check, et je ne fais pas le value bet, ce qui est sans doute une erreur. A priori je ne pense pas pouvoir lui faire payer quoi que ce soit, par exemple un As, ou une pocket pair sur ce board dangereux où j’ai repris le lead au turn. Mais après coup, le 2 est rare dans ma main, le 8 aussi, car comme je suis assez agressif à table depuis le début, je sais qu’il se doute que j’aurais relancé avec un 8 au flop. Le value de la couleur serait donc perçu comme un bluff du 2 ou du 8. Suite à mon check il montre et je gagne avec la couleur. A ce moment, je suis satisfait de mon check, ne pensant pas que j’aurais pu lui faire payer autre chose qu’un As, mais après réflexion, je n’aime pas mon check behind. Je remonte à 22k.

Je trouve en SB. Carlos ouvre à 1600 sur 300-600. C’est payé 4 fois. Le spot est magnifique. Je vais pouvoir pousser mes 22k avec bcp d’argent mort dans ce pot et une excellente équité préflop même si je suis payé. C’est ce que je fais. Carlos envoie instantanément son tapis, 66k pour isoler l’argent mort. Tout le monde passe. Avant de voir ses cartes, je comprends qu’il n’a pas le monstre qu’il représente pour les autres. C’est juste qu’il me voit faire ça avec une range très large de mains, le spot étant si magnifique et l’occasion si belle pour moi de ramasser l’argent de tous ces limpeurs. Il montre : et je gagne le 70/30, malgré trois piques au flop, pour repasser autour des 52k, tapis initial. Après coup il dira qu’il ne me voyait pas avec tant de BB (35 quand-même). Il pensait que mon tapis faisait plus vers les 14k que 22, ne se souvenant pas du coup où j’avais floppé la couleur contre Yannick. Malgré cette petite erreur d’inattention, j’aime beaucoup son move, car avec AT, il est largement au dessus de ma range, car en effet, je n’avais pas besoin d’une monster hand pour pousser ici. Je le mets à 55% contre ma range facilement. Son investissement étant bien inférieur à 55% de ce qu’il peut ramasser dans ce pot avec tout cet argent mort, ce move est pour moi excellent et digne des bons joueurs.

Je subis ensuite une nouvelle descente mais finis par doubler mon tapis avec contre all-in préflop et plus de 96% d’équité lorsque l’un des convives annonce qu’il a passé les deux dix noirs. Mon tapis repasse à 54k (eh oui la descente avait de nouveau été vertigineuse).

Je trouve alors au bouton. Yannick, avec qui nous avons passé la pause dîner en compagnie de Sébo Magerat, ouvre à 2800 en middle sur 600-1200 et je call. Le flop apparaît: . Il Cbet à 3200. Le slowplay me semble de rigueur et je call. Son Cbet est assez petit, et je ne suis pas à l’aise par rapport à 55 et 88. Vous me direz que ces mains sont peu probables, et je vous l’accorde, mais avec elles, ce bon joueur n’aurait pas fait un autre Cbet. Le turn est un . Il mise 6000. J’ai toujours un peu peur de 55 et 88, mais maintenant, il peut avoir touché un As avec AK, ou AQ. Je call. River: . J’espère qu’il ne va pas faire de barell, car je ne pourrai plus écarter la haute probabilité de 55 et 88 dans sa range. Il mise 15.000. Wow! C’est la première fois, depuis 5 heures qu’on joue ensemble, que je le vois faire un 3-barell. Comment donc se dire qu’il s’agit d’un 3-barell bluff. Car vous l’avez bien compris, ici, je ne bats qu’un bluff. J’ai un brelan certes, c’est un beau jeu, mais analysons les cartes possibles de Yannick.

Avec un As un turn, il ferait son deuxième barell, ça correspond toujours. Mais il check-callerait la rivière sans hésiter. Avec AK ou AQ, il ne peut pas miser 15.000 à la rivière en espérant que je le paye avec moins bien. Je pourrais avoir envie de payer avec AJ éventuellement, mais ce serait sans doute l’unique main battue par la sienne, avec laquelle je ferais ce call, et entre nous, ce serait un très mauvais call. Je ne le ferais sans doute même pas et il le sait. S’il veut faire payer AJ, il me laisse faire le value bet moi-même à la rivière et check-call donc aussi. Ce 7 river, peut-il lui avoir apporté un brelan. Sincèrement, je pense que c’est impossible. Avec 77, il cbet le flop mais ne barell pas sur l’As. 46 et 69 sont hautement improbables. Ce sont des poubelles préflop, Yannick pourrait éventuellement relancer 46 suited préflop, mais il ne ferait sans doute pas le barell au turn non plus, car l’As est fort dans ma range, et qu’il aurait plus à gagner à long terme à tenter un check behind de ma part pour voir son gut shot gratuitement. Que reste-t-il. 55, 88 ou absolument rien. Eh oui, je ne bats qu’un bluff. Je tank peut-être deux minutes, essaye d’analyser ses tells, mais il contrôle bien son attitude et je ne lis pas grand chose.

Payer et perdre 15k supplémentaires me laisserait avec un tapis de 20k. Cette mise correspond donc à plus de 40% de mon stack. Je me demande alors sur quoi il me met. Brelan, sans doute jamais, car il s’attend à ce que je le value au flop ou au turn. Peut-être me met-il sur un 8 floppé, ou même une seconde pair au flop. Peut-être me met-il sur un As moyen. Mais dans ce cas, une mise si grosse est-elle crédible? S’il a vraiment un jeu ultra fort (55 ou 88), met-il autant de jetons à la rivière au risque de perdre son client qui ne peut avoir mieux qu’une deuxième pair ou un as mal soutenu? J’ai beaucoup de mal à répondre à cette question et je trouve sa ligne très bonne. C’est hautement polarisé et il n’a jamais montré une ligne pareille auparavant. Je suis à 50-50 pour faire un hero fold. Et je le dis en plein coup. Mais Yannick ne réagit pas, toujours pas de tells. Comme je suis à 50-50, je décide de call puisque j’ai plus de 15k à gagner en payant. Il montre pour un trois barrels bluff et mon tapis s’envole enfin vers les 80k. Pour parler de ce coup, je pense que je ne payais qu’avec le haut de ma range, car seules deux mains me battaient, c’est là que Yannick n’a pas eu de chance dans son bluff rondement mené. Je battais les doubles pairs…

Je suis changé de table après la pause lorsque les blinds sont à 700-1400. Je commence en mode observation pendant les premières mains. Mon tapis avoisine les 80k. J’entends un gars dire que la fin du jour est dans 40 minutes et qu’il était temps. Ce même gars limp à 1400, UTG+1, quelques coups plus tard. Je suis au SB avec . Lorsque l’action arrive à moi, je raise à 4500. Tout le monde passe et il me call. Flop: . Je le trouve à priori assez manœuvrable. Je décide de faire un check pour montrer de la faiblesse et représenter AK, ou éventuellement une pocket pair inférieure à la dame, et qui a peur de faire un Cbet. A ce stade, je ne représente plus une dame ou une meilleure paire. Il mise 6100 et je le paye, hésitant. Le turn est un . Je check, il check behind. River: . C’est bon? Ai-je représenté assez de faiblesse? Cette dame ne m’inquiète pas. Son check behind rapide au turn sur un board avec deux trèfles, m’indique qu’il ne l’a presque jamais. Je check, il mise 13k et me regarde dans les yeux (pour me faire peur?). Je call et il montre son désarroi. J’attends quand-même gentillement qu’il retourne ses cartes pour voir avec quoi il bluff et avec quoi il limp UTG+1. Comprenant que je ne retournerai pas les miennes avant, il finit par montrer . Mon tapis dépasse enfin les 100k.

Quelques mains après, je trouve au SB. Un gars limp au cut off et je raise à 4500, un sizing et une postion identiques à ma main précédente face au limpeur, la main où j’avais les as. Tout le monde passe et il call. Je me dis que c’est une drôle de table. Une dynamique s’y est installée pendant la journée dirait-on. Le flop est . Je ne fais pas le Cbet pour rester dans l’optique passive de la main précédente. Il check derrière. Le turn est un insignifiant. Je décide alors de check-raiser, car pour moi, j’ai souvent la meilleure main, et suite à une nouvelle preuve de faiblesse, il va souvent miser. Je check, il fait 5.500, je raise à 12.000, il call. A ce moment, je ne sais pas si je suis encore devant, bien qu’un valet m’étonnerait quand-même dans sa main. Mais la river est une . Quand je la vois, je comprends que ce coup n’est pas pour moi, car vu son action au turn, s’il n’a pas le valet, il a la dame pour un tirage quelconque. Je check, il check. Je montre ma main et il show . Mais où ai-je atterri? Limp avec K9, limp avec J9? La journée se termine et mon tapis est de retour à 81k, pour attaquer le day 2 avec 40 blinds le lendemain.

Ce compte-rendu se fera en trois temps. Merci d’avoir lu jusqu’au bout et à demain pour de nouvelles aventures à Chaudfontaine ;).

5 juillet 2012: La suite se trouve ici

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10 Responses to 13/452 au PPD Chaudfontaine: Jour 1

  1. mad_thorgal says:

    Super compte-rendu! Vivement que je puisse faire un live comme ça! C’est pour bientôt!
    Vivement la suite!

    • admin says:

      Salut toi, Merci encore pour l’organisation du we à Bourges. Je n’en ai pas encore touché de mot ici car j’ai écourté le mien, mais à l’occasion j’en parlerai. Tu vas finalement jouer un PPD?

  2. anneaux says:

    merci pour ce CR et encore un tournoi très bien décrit 😉

  3. Gum says:

    Toujours aussi sympa de te lire.
    J’attends la suite …
    @ +.

  4. mad_thorgal says:

    Oui je vais étudier les dates et les lieux, mais je jouerai un beau tournoi (sans doute un PPD en effet) dans les mois qui viennent.

  5. D8 says:

    Very Nice!
    Comme d’hab quoi!

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