Mega Poker Series de Vienne (seconde partie)

Bruxelles, 17 mars 2012

Revenons donc à ce tournoi pour lequel mon tapis a atteint en début de jour 2, 1/13e de la moyenne, 10k. Le coup suivant le dernier relaté dans le post précédent, je suis SB et je détiens . Ca passe jusqu’à moi et je pousse en bataille de blinds sur 600-1200 ante 100. Le BB me paye et montre . Le  apparaît au flop et je gagne le 42/58 pour repasser autour des 22k. Le coup suivant scelle mon retour en course. J’ai et suis bouton. Ca passe jusqu’à moi. J’ouvre à 2900 et les deux blinds me payent. Le flop est . Le SB check, et le BB, qui me semblait être un joueur pas trop expérimenté, hésite et finit par checker. Habituellement, j’aurais tendance à faire un Cbet sur un tel flop 60% du temps. En fait, même si cela semble assez dry en terme de tirages, puisque  seuls les tirages de gut shot sont possibles, le fait que j’aie relancé depuis la position la plus tardive préflop me discrédite. Je ne représente pas plus une main avec un As qu’une main marginale en vol de blinds. Aussi ce 10 est une carte dangereuse, car fortement présente dans la range de ceux qui ont payé dans les blinds. En gros, les seuls broadways qui n’ont pas touché quelque chose au flop sont au nombre de 3, KJ, KQ, JQ, et j’ai l’un des KQ. D’autre part, alors que je n’étais pas friand de faire le Cbet de base, j’ai en plus cette info du second joueur qui a hésité, laissant penser qu’il voulait me check-raise. Il pense sans doute qu’avec cet As au flop, le Cbet semble un coup presque évident chez moi. En plus j’ai cette possibilité de gut shot en carte gratuite. Toutes ces raisons me font checker behind. Turn: . Tiens, c’est exactement ce que je voulais voir ici. Le valet était la seule carte qui allait me faire investir au moins encore un jeton dans ce coup. Le Sb mise 7k, le BB relance à 20k, et je pousse ce qu’il me reste. Le sb fait le call. La rivière est un .  Les deux gars checkent et abattent leur jeu. Le SB possède , pour une double pair touchée au turn,  le BB pour une double pair qui a raté son check-raise au flop, et je triple tout simplement mon tapis pour repasser autour des 70k.

Je commence alors à être un peu agressif premier ouvreur avec des mains marginales. Mon tapis monte à 87k rapidement sans que je ne puisse préciser comment, faute de notes. Puis je trouve , et face à un ouvreur en middle à 2400, je 3-bet en position à 5900 et c’est payé par le BB et par le min-raiseur. Sur le flop , je check behind après les deux check sur ce pot que je n’espérais pas aussi gros lors de mon 3-bet. Aussi, ce flop ne m’arrange pas trop. J’ai l’impression que le joueur qui avait ouvert slowplay un roi et j’ai envie d’infirmer ou de confirmer cette sensation au turn, suite à son action hors position. Aussi si je check, ils pourront croire que je slowplay le roi. Turn: . Les deux checkent à nouveau. Le problème ici, c’est que ce pot est devenu trop gros. Aussi, même si je représente peut-être le roi ici, j’ai peur, vu la vitesse des deux checks au turn, que quelqu’un se soit mis en mode check-call avec un roi accompagné d’un kicker dont il n’est pas sûr de la force, comme un J ou un T.  Aussi, un AK ou un full peut avoir envie d’induire un bluff chez moi au turn pour me check-raiser. Je check donc à nouveau. Je n’ai pas de bonne lecture des adversaires ici. Et s’ils ne me croient pas sur le roi et se contentent de payer ma mise avec un QT ou QJ? Si je suis devant actuellement, les seules cartes dérangeantes à la rivière sont l’As pour une overpair, ou éventuellement le 9 qui donnerait aussi sa suite à valet-dix. Pour 7 outs dérangeants, je suis prêt à tenter d’induire moi-même un bluff de l’un des deux à la rivière. Si je check à nouveau, l’un des deux aura envie d’arracher et je pourrai payer simplement, sans avoir trop fait monté le pot avant. River: . Le gars dans les blinds check et l’ouvreur préflop mise 14.700. Je commence à l’analyser. Malheureusement, j’ai créé ici une situation où il peut facilement polariser sa main. Avec sa mise, il a soit rien, soit le roi au minimum. Je regrette déjà mon check du turn, c’est une erreur évidente. Maintenant, je n’ai plus qu’à observer le gars et ses tells pendant quelques minutes, ce que je fais. Pour moi le BB va passer. Il n’est plus intéressé et son triple check flop-turn-river ne me donne plus d’inquiétude par rapport à sa main.  Le problème ici, c’est qu’au flop, je raconte une histoire. Je fais croire que je slowplay un roi. Mais si j’ai vraiment ce roi, je dois miser le turn. Et je me suis ravisé. Je n’ai pas suivi à la lettre l’histoire que j’avais préparée. Aussi, je n’ai pas rien dans la main, c’est pourquoi j’ai préféré profiter de la showdown value. Je suis à 50-50 pour lui payer sa mise, mais n’arrive pas à trancher. Finalement, je trouve qu’il peut avoir quelque chose. Je passe et il me jette fièrement à la figure. Je rale. Je le savais. J’ai moi-même provoqué cette situation, et je ne paye pas son bluff. Le problème est que le 9 fait aussi rentrer JT. Je pense que sur une rivière plus petite, j’aurais tranché pour le call. J’ai cru que ses tells de faiblesse étaient simulés, mais plus tard, en voyant que c’était un joueur moins fort que je ne le pensais, j’ai compris que j’aurais dû les prendre au premier degré. Il est de toute façon évident que j’ai joué ce coup de façon peureuse, mais psychologiquement, je revenais de si loin (10k à 80k) que je voulais profiter un peu plus de cette résurrection.

Les blinds sont à 800-1600. J’ai . Nous sommes 5 coups plus loin et je suis SB. Le gars qui m’a bluffé de façon arrogante ouvre à 4200 et ça passe jusqu’à moi. J’ai bien l’intention de lui prendre le maximum. Je relance à 11k. Tout le monde passe jusqu’à lui. Je sais qu’il pense que je le joue par vengeance du bluff qu’il m’a fait. Le timing est bon. Je ne crois pas qu’il puisse passer ici car ce serait capituler. On a senti l’égo de l’adversaire quand il a montré son bluff. Il n’est pas du genre à se laisser impressionner par un 3-bet surtout maintenant. Il call. Le flop est . Je fais un Cbet assez faible à 11k. C’est la même mise que préflop, en gros le minimum qu’on puisse faire si l’on veut avoir une chance d’arracher un pot sans avoir rencontré le flop. On ne peut pas faire moins car on sait qu’on ne le fera que rarement passer. 11k fait mise timide. Je veux faire le Cbet mais j’ai soi-disant peur d’investir plus avec mon AK ou AQ. J’ai envie qu’il me relance directement. Il call très vite. Par rapport au style du joueur, son call est si rapide que je peux exclure le brelan 99% du temps. C’est le call typique d’un gars qui veut me montrer qu’il va me suivre jusqu’au bout. Je le mets sur les 3, les 5, les 6, peut-être une pair légèrement au-dessus du flop comme les 8, mais ça, c’est déjà moins sûr, car sur baby flop, et face à ma mise faible, ce joueur pourrait relancer. Il a peut-être aussi AK, AQ, AJ. De toute façon, je suis devant avec quasi certitude et il n’a pas un JJ+ avec certitude aussi. Il m’a payé au flop. Quel que soit le turn, il va s’agir de masquer ma main, et mon action prévue est le check sur cette street suivante. J’aimerais bien voir une figure mais le turn est un . Ce n’est pas la meilleure carte mais comme j’exclus 63 et 68 de sa range, la seule main qui puisse éventuellement être dratmatique est 55. Comme prévu je check. Il check de nouveau rapidement. On dirait maintenant un AK, AQ, 33, ou 66, peut-être 88. La rivière est un K. C’est une carte à la fois bonne et mauvaise. Elle est bonne car elle peut avoir donné à son AK la pair tant espérée. Mais elle peut aussi faire peur à sa petite pair si c’est moi qui ait AK. Je mise 22k. Il réfléchit longtemps. Je mime de la faiblesse en restant fixe et souhaite de tout coeur qu’il paye. Avec AK son call aurait déjà eu lieu, Mais avec une pair en main, comment peut-il espérer battre autre chose qu’un bluff, donc un AQ, AJ chez moi. Je finis après 3 minutes par entendre le fameux call qui fait tant de bien et lui montre mes asticots. Il est dégoûté. Je viens de lui prendre 44k dans le coup suite à son bluff arrogant. Il y a des moments agréables dans le poker. Je pense que dans ce coup, le check au turn est indispensable sur any turn.

A 127k et presque à la moyenne de 140k, je reviens de loin. Il reste 199 joueurs sur les 391 de départ et mon tournoi recommence. Je redescends à 65 suite à quelques tirages qui ne sont pas rentrés mais repasse à 100 en donkant 28k avec sur un turn , avec près de 45k jetons dans le pot et 4 joueurs à parler après moi. Au flop il m’a semblé que j’étais devant tout le monde, ce qui s’est confirmé après le quadruple fold. Bien sûr, j’ai peut-être fait passer 88 ou 99, mais j’avais le sentiment que je prendrais ce pot très souvent.

Un pro Party Poker arrive à la table avec un tapis de 700k. J’apprendrai plus tard qu’il s’agit du Croate Dragan Galic, qui a un beau palmarès Hendon Mob. Dès les premiers coups il fait des 3-bet et cbet démesurés, jouant de la taille de son tapis pour faire peur à tout le monde. Par exemple, face à une ouverture à 4000, suivie d’un call, il squeeze à 40.000 demandant presque à l’ouvreur de jouer son tournoi sur ce coup. Ses continuation bets sont aussi énormes. Il met parfois 200% du pot au flop. Il est assez actif et je comprends qu’il va falloir le jouer prudemment. C’est alors que je trouve . Un gars limp UTG+2 à 2000. Je suis en middle et Dragan est au bouton. Il y a tellement de chance qu’il tente un arrachage de pot ici, vu qu’il n’a plus joué depuis deux ou trois coups, que si je limp, il aura un spot évident selon son tempérament. Je décide de limper avec mon jeu aussi. Ca passe jusqu’à lui qui relance sans surprise à 13k. Le limpeur call ses 13k. Avec 102k au départ du coup, je suis trop profond pour 3-bet shove. Je n’aime pas le check-raise ici car vu le call du limpeur, je trouve la cote bonne pour voir un flop. En plus, si je fais ce  limp reraise en middle, Dragan pourrait penser que je ne le crois pas et que je fais un move assez light, car un limp-reraise se fait plus en early position avec un monstre. Il pourrait facilement me 4-bet shove, et même avec une main probablement devant sa range (environ 55% je dirais), je trouve ça inutile de jouer mon tournoi avec 55% de chances de gagner, alors que sur un beau flop, je peux le check-raiser et gagner beaucoup de jetons avec un risque bien inférieur.  Si je touche un flop sympa, je n’aurai qu’à checker, et Dragan fera son Cbet monstrueux. J’aurai alors beaucoup de chances de m’enrichir avec d’une part une main fortement masquée, car on ne peut que difficilement me voir sur un AQ suited ici, d’autre part, un induce bluff facile. Je call les 11k supplémentaires aux 2k déjà investis dans ce pot. Il est à noter que si le limpeur initial n’avait pas payé la mise de Dragan, j’aurais quand-même fait un 3-bet aux alentours de 30k, près à payer son 4-bet shove et jouant mon tournoi préflop, 55% devant sa range selon mes estimations. En effet, sans le call du limpeur, le pot aurait été trop petit pour que Dragan Cbet si fort au flop, et cela n’aurait pas été rentable de check-raise shove ce flop avec mon tapis. Le call du limpeur m’a fait prendre une autre ligne.

Flop: . Le premier joueur check, je check et comme prévu, Dragan assène un gros Cbet de 30k. Le premier joueur passe. J’aime bien son Cbet. Il est gros, pas forcément par rapport au pot, mais par rapport aux blinds. Sa relance préflop a fait monter le pot de façon importante. Personne, à ce stade du tournoi, ne fait des Cbet de 30k. Il sait que ça impressionne. D’une part, je trouve que ça démontre que son jeu n’est pas très fort, car il veut chasser pour embarquer ce pot, d’autre part, avec 89k au tapis, j’ai une bonne fold equity si son jeu n’est pas un gros tirage et s’il n’a pas d’As. Sans les piques, JQ, ou un As, il aura du mal à payer. Remarquez qu’il peut le faire. Mon tournoi est en jeu au flop s’il paye, mais je suis bien plus devant sa range que préflop. S’il a les piques, je suis à 64%, JQ, à 68% et un As plus faible, à 76%. D’autre part, avec la fold equity énorme que j’ai ici, puisqu’il a bien sûr rarement rencontré son flop, je prends ce joli pot sans showdown et sans risque. Je pousse mon tapis de 89k au milieu, peu après son action. Il réfléchit 1 minute et passe. Et c’est là que je lui montre la . J’aime beaucoup ce show, car il est évident qu’en essayant de lire mon jeu avant son fold, il ne plaçait que très rarement cette carte dans ma main. Il a sans doute pensé aux piques, à une double pair flopée, a un brelan, mais une dame? Comment pourrais-je avoir AQ et ne pas avoir relancé préflop face à un limpeur, alors qu’il a bien vu que j’étais plutôt relanceur que limpeur dans les coups précédents. Une main qui devient assez probable chez moi est alors , une main qu’il devait battre, vu sa réfexion d’une minute.  En tout cas, sur le check-raise shove, je n’avais presqu’aucune crainte d’être derrière. Mon tapis monte vers les 160k.

Je trouve ensuite et j’ouvre à 5k sur 1000-2000. C’est payé quatre fois. Le flop est . Je cbet à 13k, second de parole, et c’est payé deux fois. Turn: . Le premier check, je check, le troisième check. En checkant, je masque à nouveau ma main sur un board peu dangereux. Peu de rivières font passer mes dames derrière si elles sont devant actuellement. Et si elle sont derrière, autant ne plus faire monter ce pot et payer gentillement un value pas trop élevé sur la rivière. River: . Le premier donk à 36k. Vu le triple check au turn, il a un spot pour bluffer sur cette rivière insignifiante. Je paye et le troisième passe. Il montre, tenez-vous bien, . J’avais un peu peur d’un 4 lorsque j’ai payé. En retournant ses cartes, il montre le 5 et se rend compte que ce n’est pas un 4. Je ne suis pas sûr de cela, c’est ce que quelqu’un m’a dit après. D’un côté ça m’ennuie, car s’il croyait avoir le 4, je l’ai mal lu. Donc je préfère penser que c’était un bluff. Mais je n’arrive pas, dans ce cas à comprendre comment il peut payer au flop. Donc, sans doute qu’il pensait vraiment avoir ce 4. Mais j’aime croire au contraire. Finalement, son call préflop est assez incompréhensible aussi, alors pourquoi pas au flop, pour sa quinte ou couleur runner-runner. Je passe autour de 220k. Ensuite, je n’ai plus de coups pour cette journée, j’ai arrêté de noter. Mais je termine ce jour deux à 408k, avec une moyenne de 400k, et 76 joueurs encore en course. J’aurai encore pris environ 200k à Dragan, puis il m’en aura repris 50 après un changement de table où nos positions relatives seront restées identiques.

Lorsque j’arrive au day 3, je suis à la table de mon compatriote Jamel Maistriaux. Il voit que je m’assieds au siège 1 et me dit :”wow, t’as déchatté au tirage”. En effet, au siège 3 se trouve un joueur monstrueux assis derrière un tapis de 1.5 millions. Il parait que c’est un joueur qui joue tous les coups, et ne lâche pas un spot. Il peut 5-bet shove light et ne se laisse pas impressionner. Je décide de me mettre en confiance sur un premier coup. Je suis BB avec . Le cut off minraise à 16k sur 4k-8k. Le bouton call, le Sb passe et je call. Flop: . Je donk à 21k et les deux passent.

L’ITM est à 60 joueurs et nous sommes encore 67. Avec , j’ouvre à 17k sur 4k-8k au hijack. Le bouton raise à 40k, tout le monde passe et je call. Flop: . Je check, et il Cbet à 56k. Le slowplay est mauvais ici, je reraise à 140k et il passe. J’impose de l’agressivité et ne représente pas forcément la dame. Il faut parler du metagame, car j’ai fait plusieurs check-raise au flop en ce début de jour 3. Si je ne fais que payer sa mise sur ce flop, il va check-behind turn soupçonnant ma dame. S’il a une pocket, il ne mettra plus d’argent dans ce pot à moins de toucher son full. La meilleure façon de lui prendre de l’argent est de lui faire croire à un tirage coeurs au flop, car normalement le slowplay avec une dame est plus classique ici.  Je décide ensuite d’attaquer la blind du monstre au million et demi à 18k, pensant que comme c’est la première fois que je l’attaque, il ne va pas me revenir dessus. J’ai une poubelle, il relance à 55k et je passe. Il 3-bet tout en blinds et j’ai cru qu’il ne le ferait pas cette fois-ci 🙂

Ensuite, je trouve . Je fais 18k, UTG+2. le SB me call, le même que celui à qui j’avais fait le raise à 140k avec AQ. Flop: . Il check et je Cbet à 18k pour lui faire croire que j’essaye de masquer mon As tout en essayant de conserver mon client.  Il call. Turn: . Il check. Super, j’ai l’opportunité de tirer un gut shot gratuitement me direz vous. Jamais de la vie. Le tirage est trop peu probable pour compter dessus. Il est beaucoup plus intéressant de continuer mon histoire. Je mise 60k et il passe. J’aime beaucoup cette line. Je l’utilise souvent. Je mise faible au premier barell, il ne sait pas encore très bien ce que ça veut dire. Et puis je fais un gros second barell. De cette façon, il interprète le premier comme un trap et croit en mon As. J’ai 550k, puis 620.

Ensuite je trouve . Les blinds sont à 5.000-10.000. Un gars ultra-tight, avec qui j’avais joué toute la journée de la veille, ouvre à 26k UTG+3. Je suis 3 sièges plus loin et je relance à 66k. Lorsqu’il me revient dessus à 140k, je comprends que je suis contre une main supérieure. Ce sont les rois ou les As et pas autre chose. Il n’a montré que des premiums la veille et avait tendance à limper les AK. Lorsqu’on a une lecture si précise du jeu adverse, on sait que si la dame rentre au flop, on double son tapis 90% du temps, à moins qu’il touche son deux outers sur le turn ou la rivière. Mais un calcul de côte s’impose. J’ai 570 au départ du coup. Je dois ajouter 74k pour doubler mon tapis très souvent si la dame rentre. On dit qu’en général il faut avoir 12 fois la mise dans son tapis pour set miner. Je touche mon brelan au flop une fois sur 8 avec une pocket en main. On se laisse de la marge à 12 fois, parce que d’une part on peut être battu par un autre set supérieur flopé, et d’autre part, on n’est jamais sûr qu’on va gagner 8 fois sa mise si on touche le set. C’est pour ça qu’on dit entre 12 et 15 fois. Ca permet de rentabiliser le set à long terme contre ces lacunes. Seulement ici, aucune de ces deux lacunes n’est remplie. Si un K ou un A vient au flop en même temps que ma dame, je pourrai m’en sortir. Et si la dame vient seule, je pense doubler mon tapis de façon presque certaine. Donc, je peux diminuer la taille de tapis nécessaire pour set miner. Ici, je devrais avoir 592k (74*8) au départ du coup pour que ce soit even à long terme de le faire. Je n’ai que 570k au départ du coup. Je décide de payer et c’est légèrement EV- malgré tout. Mais nous ne sommes pas des machines et les calculs restent approximatifs en live. Flop: . L’homme Cbet à 150.000. J’aime les nombreux tirages qu’offrent ce flop. Ca tue presque ma fold equity puisque qu’il peut se dire qu’un reshove de ma part au flop est fait en semi-bluff tireur. Je pousse 430k. Il réfléchit quand-même 3 minutes. Ca m’ennuie, car finalement, cela voudrait dire que ma fold equity n’est pas si faible que ça. Il peut me voir sur un brelan, et il le redoute. Il finit par payer et montre . Les deux streets suivantes ne l’aident pas et mon tapis culmine aux alentours du million deux cent milles. Ensuite, je passe à 1.3 million à 47 left, mais redescends plus tard à 800k, suite à une mauvaise rencontre et un gros bluff qui échoue. On est à ce moment encore 36 en course, avec une moyenne à 834k. Puis je suis à 690k à 33 left, mais remonte à 750k à 31 left. Ma table est très difficile et le gars deux sièges à ma gauche m’a donné du fil à retordre. 818k à 27 left, moyenne 1.1 million. Puis 890k.

Nous sommes encore 25 lorsque je trouve en middle. UTG+1 ouvre à 44.000 sur 10.000-20.000. UTG+2 le paye. Ces deux joueurs sont très tight depuis le début. Le premier a environ 800k, et le second 500k. Préflop je décide de m’offrir le call de 44k, pour moins d’un dixième du tapis effectif. Le flop est . Le premier check, tandis que le second ouvre à 66k. Le fait que le premier n’ait pas fait son Cbet, d’après ce que je connais de lui, veut plus souvent dire qu’il a raté son flop, qu’il slowplay quelque chose. Il doit avoir un AK ou un AQ, peut-être même une paire inférieure au valet, mais c’est moins sûr. Le second par contre, a très souvent trouvé son valet au flop. Je le mets sur AJ. Même KJ suited me semble difficile pour ce joueur très tight. Le calcul est alors simple. On me demande de payer 66k. J’ai très peu de craintes quant à une éventuelle relance du premier. J’ai 8 outs sur 47 cartes inconnues. J’ai même envie de dire qu’il y a 45 cartes inconnues, tellement je ne peux voir notre ami sur autre chose que AJ. Ce qui est bien aussi, c’est que ces outs, les quatre deux, et les quatre septs, ne peuvent faire très peur à AJ qui sera donc quand-même prêt à investir le reste si j’en touche un au turn. Voyons voir. Le pot contient déjà 10+20+20 (antes)+44+44+44+66, soit 248k. Il reste encore à notre ami 390k après la mise de 66k. J’ai la conviction qu’il va miser aussi sur le turn et même investir son tapis si je le relance, si le turn est un 2 ou un 7. Cela veut dire que je peux espérer gagner 658k si l’une de mes 8 cartes vient. Investir 66k, environ 10% de ce qu’on va très probablement gagner, avec 17.8% de chances de toucher, je signe des deux mains. Je fais le call. Turn: . Ca rentre! Notre ami mise 150.000. Je relance à tapis et il ma paye drawing dead avec . Mon tapis revient autour de 1.25 million.

C’est alors qu’un truc que je n’avais encore jamais vu se produit. Je ne citerai pas son nom, même s’il sera facile aux plus curieux de vérifier qui sont les deux seuls Belges de la team 770, à avoir atteint les demi-finales. Un compatriote de la team Pro 770 Belgium, qui n’arrête pas d’étaler sa stratégie à la table depuis qu’il est arrivé, dévoilant à chaque pot gagné sans showdown ses cartes, dit devant tout le monde et en Anglais :”What? How can you call that with 6-4?” Je ne sais pas s’il parle du préflop ou du flop. C’est sans doute les deux. Ce n’est même pas en Français ou en privé qu’il me le dit. C’est devant tout le monde, de bons joueurs qui doivent être étonnés de voir un gars avec les mêmes écussons que moi se moquer de ma façon de jouer. Au début, je dis :”I had odds”, sentant le besoin de me justifier. Mais il rétorque: “Ask them. Please guys, tell him if it was a correct play”. Bien sûr, je ne me sens pas ridicule pour un sou, puisque ces bons joueurs n’ont d’une part aucune envie de parler de stratégie à un moment comme celui-ci, alors qu’on joue pour des sommes non négligeables et qu’on n’a pas du tout envie d’instruire ses adversaires, d’autre part, il se ridiculise lui-même tellement mon coup n’a rien de mauvais. A ce moment précis, je prévois déjà d’en parler sur mon blog. Qu’un gars qui doit jouer depuis peu de temps au poker et qui n’a plus ou moins aucune expérience du live sans avoir prouvé grand chose online essaye de me détruire en pleine table, ça n’est pas très grave, en quoi pourrais-je être blessé: ce n’est pas mon pote et il n’a aucun palmarès. Ce qui est grave, c’est qu’à travers son logo, il donne l’impression aux autres joueurs qu’on peut appartenir à une team comme celle-ci en étant aussi peu professionnel vis-à-vis de ses collègues et du poker en lui-même, cassant complètement à leur yeux, mon image et celle de mes amis de la team. C’est juste déplorable…

Les blinds sont à 12k-24k, antes 2k et je suis BB. J’ai . Le Co, un joueur peu actif, pousse 457k et ça passe jusqu’à moi. Je sais bien que je suis devant sa range. Le call est évident. Je trouve juste que pour un pot départ de 56k, pousser avec un M de 8 nécessite une meilleure main. Mais je sens qu’il n’a pas une excellente main. Déjà une main supérieure aux valets ne pousse sans doute pas ici. Je call et il dévoile . C’est un 70-30 classique. Le board apparaît: . Il fait suite et je descends à 800k. Ca fait mal. D’une part je trouve son push mauvais, d’autre part, avant de voir ses cartes, j’avais senti qu’il n’était pas très fort. Après son changement de table, j’apprends qu’il a sauté la main suivante offrant ses 900k en reshove contre une ouverture avec QK.

Je descends ensuite vers 670k. Un gars pousse ses 250k. Je suis au bouton avec . Je pousse aussi et tout le monde passe. Le gars dévoile . Le flop tombe: . L’un des gars me dit “j’avais le 6”. Turn: . River: . Je perds à nouveau un 70-30 et passe à 420k. Cinq ou six mains plus loin, le gars juste à ma gauche perd 80% de son tapis all-in préflop avec contre qui touche une quinte avec un sur la rivière. Au coup suivant, je suis en bataille de blinds contre lui sur 12k-24k. Je suis SB, ça fold jusqu’à moi. Je pousse et le couvre. Il me call avec pour son tapis de 260k, plus de 10 BB. Ce call était prévisible vu le profil du gars. En tilt avec son coup perdu, il allait me payer avec le top 90% des mains. J’ai et le flop est dévoilé: . Turn: . Seul le 8 peut le sauver. River: . J’ai du mal à y croire. C’est un déstackage en 3 temps sur respectivement et précisément, un 72/28, un 73/27, et pour finir, un 64/36, 3 coups où je partais bien favori préflop à un moment crucial du tournoi, la montée vers la table finale. Mon dernier coup me verra pousser le reste de mes jetons, un peu moins de 200k, avec . Je serai payé par un joueur avec pour toucher un au flop. Mais la au turn viendra clôturer mes espoirs d’aller plus loin dans ce tournoi. Je finis donc 17e sur 391, avec un goût très amer en ce qui concerne ces trois coups.

Potes en présence

Hormis ce petit résultat, le séjour à Vienne fut très agréable, car beaucoup de Belges que j’apprécie s’y étaient rendus, mes coéquipiers de la team 770, et des joueurs réguliers de Namur que je commence à connaître (Diren, Christopher, Stéphane, Ferdinando, les deux Benoît, Fabrice, Noeil,…). Il y a aussi eu une équipe de journalistes et de couvreurs hautement sympathique et très professionnelle (Stefal, Gérard, Christian, Ludivine, Frédéric). Voici quelques photos. J’aimerais aussi remercier la charmante jeune femme qui m’a vivement conseillé la visite du château de Sissi, et qui se reconnaîtra, car ce fut une visite mémorable.

Pour revenir à la team 770, je peux dire que je m’y sens bien. Je connaissais déjà 4 de ses joueurs, tous des joueurs dont j’ai beaucoup d’estime pour le poker, Benjamin Nyst qui n’a maheureusement pu être présent à Vienne, Jean-Marie Vandeborne qui fait partie de la team Europe, et qui a fini 21e de ce tournoi, et Anthony Rodriguez, qui y a également fait un bel ITM. J’avais déjà rencontré Jamel Maistriaux à l’occasion des Wasop en juillet 2011, et j’ai aimé parler avec lui de coups et de stratégies. Aussi, quelques discussions avec Oanh Bui m’ont fait comprendre qu’elle y connaissait un rayon dans le domaine du poker, autant d’un point de vue technique que législatif. Elle a d’ailleurs fait ITM aussi. J’ai aussi pu faire la connaissance de Xavier Charlier, que j’ai trouvé très sympathique et discuté avec Koen De Visscher que j’avais déjà croisé à plusieurs reprises sur des EPT. Il fait partie de la team Europe également, et possède un joli palmarès Hendon Mob, dont une 3ème place à l’EPT Snowfest en mars 2011. Il y avait Steve qui travaille pour le site, que j’ai rencontré pour la première fois, et avec qui on a fait une belle sortie. Et avec Erick, le boss, que je connaissais de façon virtuelle, cela a aussi été une agréable rencontre. Je le remercie d’ailleurs pour ce sponsor et espère prochainement pouvoir faire un résultat sous les couleurs de 770.

Fabrice et Sylvie

Benoît et moi

Jean-Marie and me

Gérard, Ludibine, Frédéric

 

 

 

 

 

 

 

 

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7 Responses to Mega Poker Series de Vienne (seconde partie)

  1. D8 says:

    Je ne connais qu’un joueur, c’est Jean Marie qu’on voit en photo avec toi. Aussi bon que sympa!
    On sent quand même en te lisant une volonté permanente de te justifier sur certains coups. T’es pas obligé..!

    • admin says:

      En effet, Jean-Marie est cooooool 😉
      Je vois ce que tu veux dire. Mais j’aime me justifier pour décortiquer les coups en profondeur. De cette façon, si quelqu’un veut réagir, plutôt que de dire s’il trouve la ligne mauvaise, on peut directement débattre sur les pensées qui ont mené à cette ligne mauvaise.

  2. stefal says:

    Chouette CR comme d’hab. Je t’ai senti déstabilisé par cette intervention, il est vrai, très peu confraternelle.

  3. mad_thorgal says:

    Je n’ai pas beaucoup l’occasion de jouer en live, et encore moins de tels tournois, alors je me délecte de tes compte-rendus!
    Good game, dommage pour la fin, ça nous arrive tous ce genre de destackage en quelques coups consécutifs, mais ça pique toujours un peu! 😉
    Avec ton sponsoring crois-tu que tu pourras quand même venir jouer avec tes collègues blogueurs les 8-9-10 juin à Bourges?

  4. Hashh says:

    Très bon compte rendu , as usual ! Je te rejoins sur les justifications que tu apportes quant aux coups que tu nous relates , elles sont une véritable valeur ajoutée , on s’y croirait ! Vivement le prochain billet GL .

  5. shnougz says:

    Et si tu nous écrivais un article en relatant ton bad run, ça chasserait peut être le mauvais sort? Si on regarde sur opr, tu déchattes à chaque fois que tu délaisses ton blog 😉

    • admin says:

      C’est une idée shnougz, je vais le faire, même que je ne suis pas fan de me plaindre. C’est une période assez dure, avec une variance qui pousse parfois les choses hors de l’entendement. Merci pour l’ecouragement 😉 Je vais suivre ton idée.

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