Deauville et ses side events: déjà une TF (8/179) et deux busts

Deauville, 1er février 2012

Depuis hier, je suis à Deauville avec mon pote F.H. pour une série de side events. Mon programme est réfléchi depuis plusieurs jours. Arrivés ce 31 janvier à 15h55, j’ai pu m’inscrire au satellite pour le Main Event à 550+500 (1 rebuy ou 1 add-on). De base, j’avais décidé de jouer ce tournoi turbo en freezout pour limiter les frais. Avec 4000 jetons au départ et des niveaux de 20 minutes en démarrant à 25-25, je fais passer mon tapis à 5500 dès le deuxième niveau (25-50) en slowplayant une top double pair au flop avec un check behind en position. Je décide de continuer mon slowplay au turn en payant son premier barell pour simuler un tirage couleur depuis le flop. Sur un rag rivière, je relance assez fort son second barell qu’il paye. Je gagne un pot de 30 blinds, une optimisation de ma main qui me met vite en confiance. Mais la structure très rapide et le manque de réussite fait rapidement redescendre mon tapis jusqu’à 1100. Sur des blinds 75-150, je trouve alors au bouton. Il y a deux limpeurs et les autres passent. Il y a l’option de limper aussi, mais deux problèmes se posent. Le premier, c’est que les joueurs dans les blinds peuvent relancer et dans ce cas, je peux éventuellement passer ou reshove puisque payer simplement  une relance me commiterait, mais alors, je perds tout l’avantage de la fold equity. L’autre problème est que même si ma main a une bonne équité en multiway pot, on me demande de payer 13% de mon tapis préflop (150 sur 1100), et c’est beaucoup trop cher comme investissement proportionnel pour espérer toucher un  gros tirage ou un monstre au flop. Pour ces deux raisons, je décide de pousser. Les blinds passent, et les deux limpeurs me payent. J’avais pourtant été très tight depuis une dizaine de main traversant simplement un désert de poubelles. La fold equity existait ici,  mais ça n’a pas marché. Le flop tombe: , me donnant un petit espoir de remonter vers les 3.5k. Mais le turn est un et la rivière un . Je suis censé montrer ma main en premier, mais le premier limpeur retourne . Le second muck et je muck aussi, au grand étonnement de la table de voir ma main perdre contre cette pair de six.

Ensuite, je joue le 330 Turbo du soir. Il commence à 21h et on reçoit 5k de base. Les niveaux sont des 20 minutes. J’aime le jeu shortstack. Lorsque les principes mathématiques sont connus et la lecture des ranges adverses assez fine, l’edge que l’on peut avoir n’est pas négligeable du tout. Je joue agressivement, surout premier ouvreur, appliquant le Gap Concept de Slansky avec ardeur. Mon tapis évolue de 5k à 7.3, puis à 11.5 et ensuite à 17. Il redescend à 12.5, puis à 7.7. A 79 left sur les 179 joueurs de départ, j’ai 10.5k. Les blinds sont 400-800 ante 100. Le mode push fold est d’actualité depuis 3 niveaux et le restera longtemps pour ma part. Puis, avec 9.3k départ je trouve au small blind. Un gars pousse 3.300 UTG+1. Le gars du bouton call, et je pousse, lui demandant 6k supplémentaires. Il hésite longtemps, et passe pour ce qui représente 3/4 de son tapis, en montrant . Je show mes dames et le premier montre également. Ca va, je ne me sens pas mal ici. Flop tout en briques: . Turn: .  River: et je perds ce pot pour ce qui était devenu un 77%/23%. Mon tapis chute à 5.8k et on entend le gars qui a passé son AJ râler et taper sur la table de dégoût. Après avoir digéré intérieurement le coup, soit 30 secondes plus tard, je demande au gars s’il trouve normal que moi, je ne fasse pas une grimace alors que j’ai perdu avec presque 80% de chances de gagner, et que lui, il pleure result oriented,  parce qu’il n’a pas joué comme un poisson. Il comprend et s’excuse plus ou moins.

Mais je ne déclare pas forfait. Avec ce tapis très réduit, je repasse à 9.4k en doublant un peu plus tard. Le coup suivant, le bouton pousse et je pousse derrière au Small blind avec . Son perd, et il est dehors. J’ai 19k à 45 left. Un peu plus tard, je fais également sauter celui qui a craqué mes dames. C’est parfois fou le poker. Je sors encore un short stack et j’ai 33k à 37 left. Blinds 1500-3000 ante 200, j’ai 35.5k et suis toujours en mode push fold. Nous sommes 30, j’ai 36k, il y a 20 places payées. Ma batterie lache pendant la période de bulle. Mon tapis est un peu au-dessus de la moyenne mais la table est très passive. A 23 left, je pousse  premier ouvreur avec une range assez large, lorsque les tapis qui me suivent sont soit pas énormes, soit ceux de gens qui ont montré leur angoisse de sauter à la bulle. Je monte à 50k en volant 5 fois sur deux tour, mais perds un coin flip qui me fait redescendre à 30k. La bulle saute et nous sommes 20. Je reviens à 37k, average 50k. Nous sommes 15, puis 14 et j’ai 65k. Là je commence à changer de vitesse et devenir moins tight, et à nouveau très agressif. Nous sommes 10 et la table finale se crée. Mes vols sont rarement 3-bet, plus souvent call. Cela me permet de voir des flops, mais mes derniers flops n’ont pas été rencontrés et j’ai 50k. Deux personnes sautent. Je dois laisser passer les  blinds 5000-10000 sur moi. Les ante sont de 2000. Depuis le début de la TF, je ne vois que des poubelles en bas de la range des poubelles. 7-3 est l’une de ces poubelles, alors que Q4 est déjà une poubelle plus jouable 🙂 Mais je ne vois pas de si jolies poubelles… Je me dis que même s’il me reste 25k, je peux gagner des paliers pendant le tour, en attendant la main pour push. Deux rencontres à tapis se produisent pendant ce tour, mais le petit tapis est sauvé à chaque fois, et ne trouvant pas la main adéquate, je laisse la blind de 12.000 écraser mon tapis. Il me reste 13.000. Le bouton ouvre. La sb passe et je paye dans le noir. Il montre . La small blind dit qu’il avait aussi JQ. Je découvre mes cartes et j’ai . Le board est du genre et je saute en 8e position. Lorsque le valet sort, le monsieur montre sa dame avec son doigt pour dire que son kicker bat le mien. Je réponds :”Ah oui c’est juste, nous n’avions pas remarqué” et la table rigole. Ce sera ma dernière frappe, une petite moquerie vengeresse…

Aujourd’hui, un jour plus tard donc, je joue le 800+200+100 random bounty. En m’asseyant à la table, je ne sais pas encore comment ça marche. J’apprends alors que dans le tournoi, un joueur sur dix a 1100€ sur sa tête, alors que les autres ont 100€. Heureusement, personne ne sait qui est le joueur à sortir absolument. Il ne l’apprend que lorsqu’il le sort. On a 20k de tapis départ et les niveaux de blind sont de 20 minutes. C’est turbo. Je chute en une heure et demie à 13.5k ne rencontrant pas grand chose au board. Arrive un moment où j’ai sur 100-200. Un gars minraise à 400, UTG+2. Je call en middle et le SB call. Flop: . L’ouvreur semble faible. Il me parle depuis le début et ses réflexions me permettent de lui attribuer un niveau de superstition élevé. Alors qu’un autre joueur a fait des horreurs et a sorti récemment 3 personnes (n’obtenant jamais le bounty jackpot de 1000 euros), ce premier joueur me dit :”il a une de ces touchettes” maintes et maintes fois. Aussi, lorsque ce joueur touche et perd une partie de son tapis all-in préflop contre les As de quelqu’un, il me fait :”regarde, il touche encore”. Je lui réponds :”mais il a perdu un gros coup avec sa main”. Et il me dit :”oui mais n’empêche il touche”. Je n’ai pas trop envie de dépenser de l’énergie à parler de ces inepties, mais je m’enquiers malgré tout du mode de pensée de ce joueur tight et qui depuis le début, n’a abattu que des mains solides. Pendant l’abattage préflop des rois contre les as, notre joueur bavard n’arrête pas de me dire : “il va clairement toucher son roi, c’est sûr, il a tant de chance”. Même au turn il continue a dire qu’il est sûr de lui. Soit, revenons à nos moutons.  J’ai sur ce flop . Le SB check, l’ouvreur check, je check. Turn: . Le SB check, l’ouvreur check, je mise 600, le SB call, l’ouvreur relance à 2000. Vu son profil, pour moi, il slowplay 80% du temps un monstre au flop. Et les 20% du temps restant, il a AQ ou AK. Je pense même être généreux avec lui en ce qui concerne sa transparence. Je suis presque certain qu’il a 44, éventuellement 33 mais beaucoup moins souvent évidemment. S’il était possible de faire un side bet, j’aurais offert une belle cote sur 44 ou 33 dans sa main. On ne le saura jamais puiqu’après mon fold et celui du SB, il va muck ses cartes. Mais son attitude un peu trop loquasse alors qu’il était souvent bavard, un peu trop crispée, m’a conforté dans mon idée que son absence de Cbet sur un flop de cette texture et pour ce type joueur, ainsi que son check-raise  turn, ne pouvaient être synonymes que d’un slowplay.

Avec 12.5k, je trouve . La table est assez active. Il faut absolument maximiser cela. J’ouvre UTG+2 à 500 sur 100-200, mais les blinds viennent à l’instant de passer à 150-300 et le BB a posté 200, ce qui m’a induit en erreur. On me demande donc de faire le raise minimum de 600. Cela ne me dérange pas et je le montre à la table avec mon attitude détendue. Le gars qui a fait sauter 3 joueurs avec des horreurs me relance à 1600. Un autre, qui vient d’arriver le tour passé, paye ses 1600. Il a l’air bon, le type jeune scandinave qui sait ce qu’il fait. Il me reste donc 11.9k. Ma décision est déjà prise ici. Ce sera un 4-bet shove. Simplement, j’aimerais qu’on me le paye, car c’est une belle opportunité d’avoir une excellente équité de doubler mon tapis. Je demande à combien est la relance, le croupier me répond: “1600”. Je compte mes jetons et fait un acting pour finalement balancer de façon un peu “spewtarde” mon tapis. Le 3-betteur initial passe. Le calleur du 3-betteur, le bon joueur à mon sens, réfléchit et décide de payer les 10.9k supplémentaires, avec son tapis avoisinant 22k au départ du coup. Je montre mes rois. Il show en se marrant un peu. Le pot contient 27k. Flop: . Turn: . River: . L’homme fait couleur et je suis dehors en perdant ce 79/21. Bien sûr à la façon dont j’ai misé mon tapis, je représentais plus deux grosses cartes qu’une grosse pair. Il a donc payé se voyant sur un 40/60. Contre AK off, sa main a une équité de 41%, rendant le call éventuellement correct au vu de ce qu’il y a dans le pot et du bounty à prendre. Mais ma range ne contient pas que deux grosses cartes. Même si je la masque bien, il ne peut exclure l’overpair à sa main et sa main passe facilement vers les 36% contre ma range. Le call est alors injustifiable, sauf si le bounty qu’il peut prendre en risquant tant de jetons dans ce buy-in de 800 + 200 + 100, avoisine à vue de nez 500 euros. Mais ici, chaque bounty vaut 100, et seulement un bounty sur 10 vaut 1100, ce qui porte la valeur du bounty moyen à 200. Je trouve son call très limite quand-même.

En conclusion de ce post, je dirai que ce bust un peu violent m’a fait beaucoup moins de mal que celui de Prague dans le 1100 que je dois encore relater et qui avait plus de chances de se produire. Comme quoi, l’habitude des bad beats et leur gestion psychologique doit se réinstaller lorsqu’on monte dans les buy-ins.

Je pars jouer le 440. Je relaterai Vienne un peu plus tard… et répondrai à vos commentaires récents…

 

 

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12 Responses to Deauville et ses side events: déjà une TF (8/179) et deux busts

  1. anneaux says:

    bonne suite à toi sur Deauville
    et ravi d’avoir discuter un peu avec toi 😉

    • admin says:

      La suite ne fut pas mémorable, et je la relaterai. C’était un plaisir de te croiser aussi, car c’est agréable de causer à des gens sympas comme toi, et d’enfin mettre une tête sur le pseudo d’un autre blogueur 🙂

  2. mad_thorgal says:

    Good luck pour le 440!

  3. shnougz says:

    Man, plz post un truc, on est en manque!

  4. jonathan says:

    Salut, je suis moi aussi joueur de cash live, et j’ai découvert ton blog en cherchant des écrits d’un joueur gagnant. Je me régale! J’aime bien les nombreuses analyses de main. Plusieurs fois par contre, je ne suis pas d’accord avec certaines de tes actions ( principalement tes slowplays) mais je posterai au fur et a mesure de mes lectures pour commenter.

    Je vais probablement tout lire depuis le début… Me voila occupé pour les prochaines semaines 🙂

    A+

  5. D8 says:

    Dis moi, c’est pas parce que t’es passé pro que ça te dispense de voter pour les blogscars !
    Non mais..
    Reste 2 jours..
    🙂

  6. StDemoniac says:

    Il y a deux choses qui me réconcilie avec le poker après un downswing. La première, c’est regarder pendant de longues soirées les streams videos de grand tournoi (wsop, ppt, …). La deuxième (chronophagiquement plus light), c’est lire tes compte-rendus.

    StD

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