EPT Prague: la fin du “Win the button”

Bruxelles, 14 décembre 2011

Après quelques journées de poker live intensif, me revoici pour la suite de Prague. Le temps est difficile à trouver pour relater mes tournois, car lorsque je ne joue pas en live, je joue online le soir. Je trouve enfin un moment pour faire quelques posts. Dans un premier temps, j’aimerais en finir avec ce 330 turbo “Win the button”, joué le 6 décembre 2011, et dont le compte rendu n’avait pas trouvé sa conclusion dans le post précédent. Je consacre un post entier pour lui relater sa fin, mais j’en profite également pour annoncer plusieurs posts, que je publierai à partir de demain. Il y a le compte rendu du 2150. Ensuite, je parlerai de mon petit résultat à Prague, ma 4e place sur 103 dans le 550+500 bounty. Juste après, je consacrerai un post au 1100 du lendemain, avec mon bust au goût amer et les petits tournois turbos du samedi, toujours à Prague. Pour terminer, je relaterai dans un nouveau post mon day 1C du Main event des Belgian Poker Series, tournoi dans lequel je ne suis malheureusement plus non plus. J’aimerais ensuite évoquer mes objectifs online actuels, et publier enfin, la vidéo live de ma victoire dans le 55$+R de PokerStars, le 24 août dernier, à partir de la demi-finale (19 joueurs restants).

Ce tournoi “Win the button” connait un bon départ. Je grimpe en environ deux heures de 5k à 14k et évalue en temps réel des stratégies optimales pour jouer cette variante que je ne connais pas encore. Je me dis même qu’il serait intéressant de prendre de l’avance et de l’étudier sous tous ses angles rapidement à mon retour, car on le sait: les joueurs de poker sont flemmards en ce qui concerne l’étude. En effet, l’étude et le poker sont deux choses contradictoires, puisque beaucoup voudraient gagner leur vie avec ce jeu, pour éviter de devoir s’ennuyer dans un bureau 8 heures par jour. Mais le poker demande du travail aussi. L’expérience ne suffit pas. Elle aide certes pour certains aspects, comme la psychologie, la lecture des jeux, mais elle entretient des erreurs mathématiques très coûteuses, sans jamais les corriger.

Je suis donc bien, à 14k, mais une erreur va me coûter la moitié de mon tapis. Je trouve . Je suis au bouton et tout le monde a passé jusqu’à moi. J’ouvre à 500 sur 100-200 et suis payé par le SB. Le BB passe. Ce SB a payé 70% des relances préflop. Il défend sa blind, coûte que coûte. Flop: . Il check. Je n’ai pas envie de faire un Cbet sur ce flop. Je trouve d’une part qu’un Cbet a trop peu de fold equity sur la range du calleur fou, une range qui rencontre trop ce flop. Un dix ou un valet son probables, mais également des mains pour lesquelles ce flop offre des tirages, ouverts, ou gut shot, comme 89, 78, Q9, Q8. Bien sûr, il est intéressant de prendre de la valeur sur ce genre de tirages puisqu’avec mon roi, je suis devant. Mais je n’attribue pas une plus grande probabilité au tirage, qu’à la pair touchée. Un 6 dans sa main verra ce joueur payer aussi puisqu’il est du genre a payer pour une double pair ou un brelan, même s’il a la bottom pair, ce que j’ai déjà constaté plusieurs fois dans les tours précédents. En gros, de sa range de 70% de mains, peu se retrouvent avec aucun espoir sur ce flop. Les 56, les 67 payeront mon Cbet vu le profil du gars. Aussi, a-t-il déjà montré des check-raises au flop plusieurs fois, ramassant le pot sans montrer. Il pourrait très bien décider de me check-raiser avec les mains qui ont complètement raté le flop, ou qui l’ont bien rencontré. Et pour les mains que le flop intéresse un peu, je n’ai presque aucune chance de les faire passer. Autant donc prendre une carte gratuite pour voir, un éventuel gut shot ou même un roi. Je check donc behind.

Turn: . Me voici avec un tirage ouvert. L’homme prend alors un jeton de 1000, et mise. Il a fait ce geste maintes et maintes fois lorsqu’il avait ressenti de la faiblesse chez son adversaire. Je décide alors, plutôt que de simplement payer ses 1000, pour voir rentrer l’un de mes 8 outs, et en cas de réussite, être trop lisible et ne plus lui prendre un seul jeton à la rivière, de le relancer, pour préparer un second barell rivière en position, au cas où je manque mon tirage. Avec sa mise au turn, je mets notre ami sur un tirage aussi, et éventuellement une petite carte , qui aurait rencontré sa pair au board, le 8 par exemple. Comme il a vu de la faiblesse chez moi au flop, il décide de semi-bluffer le turn pour ne plus me laisser voir de carte, c’est ce que j’imagine. Aussi, s’il a un monstre, genre les nuts, et que je relance ici, il va souvent me revenir dessus, croyant que j’ai slowplay un jeu depuis le flop et que je ne lâcherai plus rien, offrant de la valeur à son jeu. Je pourrai alors passer facilement. Par contre, s’il call, ça me confortera dans l’idée qu’il a sans doute un tirage, et il suffira alors d’espérer que la rivière ne connecte pas avec le reste du board. Cette nouvelle agressivité au turn est censée lui faire penser qu’au flop, j’étais soit en tirage (Q9 par exemple), soit en slowplay. Ce coup n’a pas été habituel dans mon jeu depuis le début du tournoi et j’espère qu’il pourra y déceler beaucoup de force. Je relance à 2500 et il me call. River: . Parmi les cartes qui ne font pas rentrer mon tirage, cette carte est l’une des meilleures car elle ne change rien au problème. Je vais pouvoir continuer à représenter la force que je représentais au turn. Il check et je mise 4200. Son tapis est déjà à plus de 20k, car il a eu de bons setups avant. Il me call rapidement. Je montre mon bluff raté et il show , pour une top pair, avec kicker lui donnant un gut shot au turn.

Mon tapis chute à 7k et je m’en veux. Je m’en veux pour 3 raisons, des raisons qui font que ma ligne est une grosse erreur. Je la considère comme mon erreur de la semaine. Premièrement, même si je mets mon adversaire sur un tirage au turn, je n’exclus pas le fait qu’il ait rencontré une pair avec le board. L’ayant observé attentivement depuis le début, j’avais déjà constaté ses calls avec des jeux moyens. Même s’il est évident qu’il est impossible de lui faire passer une top pair, après réflexion, je trouve déjà cela ambitieux d’essayer de lui en faire passer une plus petite. L’histoire que je lui raconte au turn n’allait pas être perçue par lui, comme elle l’aurait été par un bon joueur. Deuxièmement, venons-en à cette histoire. Même si lui n’a pas l’air d’écouter les histoires qu’on lui raconte, je pense qu’un bon joueur aurait pu me payer aussi, et ce tout simplement parce que mon histoire est mauvaise. En effet, cette force que j’essaye de représenter au turn ne justifie que peu de jeux. Le problème ici, est que contrairement à mes habitudes lorsque je décide de faire un bluff, je n’ai pas assez réfléchi à ce que je pouvais représenter. Un brelan au flop? Possible, mais ne ferais-je pas un Cbet sur un flop avec un valet et un dix? Idem pour la double pair. Le seul jeu que ma ligne puisse éventuellement rencontrer est Q9. Mais on ne peut pas baser un bluff sur une seule combinaison de cartes, c’est juste suicidaire. Et troisièmement, je n’ai pas assez de profondeur ici, pour commencer à tenter ce genre de bluff pas vraiment utile à ce moment du tournoi. En cas d’échec, je perds la moitié de mon tapis et me retrouve en situation délicate, alors que je venais de trouver un ascendant sur la table, devenant très agressif sans prendre trop de risques, avec un tapis grandissant.

Lorsqu’on voit avec quelle main le monsieur me paye depuis la SB, on comprend rapidement qu’il s’agit plus d’un flambeur que d’un joueur expérimenté. Ses mises non calibrées, et le fait qu’il a montré ses jeux, après avoir par exemple fait un overbet à tapis avec des nuts vulnérables au flop, auraient dû m’alerter sur le fait qu’il n’était pas possible de représenter quelque chose pour ce joueur qui n’allait de toute façon jouer que selon la force de sa main sans la comparer à celle de la main adverse. C’était un mauvais bluff!

Juste après, je remonte progressivement à 10k, mais retombe à 5k sur un coin flip où double son petit tapis contre mes 7. Les blinds passent à 150-300, et avec les antes, mon M devient inférieur à 8, ce qui me met en zone push-fold. Je pousse quelques fois, ne suis pas payé, pour finalement, arriver à la table où se trouve Joël Benzinou, pour repousser une dernière fois avec en milieu de parole et avec un M de 5. qui me couvre et , tout petit tapis, payent et le board scelle mon élimination.

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2 Responses to EPT Prague: la fin du “Win the button”

  1. shnougi says:

    Je suis deg de comprendre que des qu’on deviens pro, on a plus de temps à consacrer à un blog. merci pour tout, et bonne route…

  2. JPDB says:

    vraiment interessant …. je continue la lecture
    merçi

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