Cannes: suite du compte-rendu du 3000

Cannes, 16 septembre 2011.

Le passage du compte rendu précédent avait été écrit à Cannes deux heures avant de reprendre le Day 2, depuis mon hôtel. Ce day 1 ne s’était pas très bien fini, laissant mon stack à 24k pour un average de 42k. Mais je n’étais pas short en début de Day 2, j’avais encore un peu de marge. Les coups que je vais relater de ce day 2 seront un peu moins précis que ceux du day 1, car je n’ai pas le souvenir exact des mises et des niveaux de blinds. J’avais fait quelques notes rapides à propos des coups importants et cela me permet de m’en souvenir en grande partie.

Depuis l’hôtel, une navette nous mène au casino. Nous sommes 6 ou 7 et jouons tous le 3000. Deux personnes se mettent à raconter des coups et je les écoute pour évaluer leur niveau. L’un commence à raconter un coup à l’autre, et à la fin, l’autre doit deviner le jeu de l’adversaire, ce qu’il ne fait pas trop mal, mais de façon un peu précipitée je trouve, sans tenir compte de certains paramètres importants. D’après une autre conversation, ma pensée est confirmée. Ces gens ont une bonne affaire, un peu d’argent et peuvent s’offrir les buy-ins. Ils ne sont clairement des sharks venus de rien et qui ont grindé pour s’offrir les entrées à ces gros tournois. Ils connaissent le jeu, ce sont des Français qui doivent jouer souvent, mais qui n’ont de toute évidence pas d’approche mathématique pointue du jeu, et pas mal d’orgueil 😉

Nous nous asseyons à la table et l’un d’entre eux se trouve 3 sièges à ma gauche. L’écoute des conversations m’a donné des infos que je pourrai peut-être utiliser. Sur la feuille présentant les tapis des joueurs se trouve le nom de Paul Testud. Je ne l’ai jamais vu, ne voit pas à qui il ressemble, mais connais son nom, auquel j’associe l’image d’un bon joueur. Je repère alors un gars qui a l’air de maîtriser la chose. Je tweet alors sur mon compte twitter que je le trouve bon, et qu’il est le seul qui m’impressionne à la table.

Il y a également un jeune shark à première vue, et un parfait poisson, si gros, que ça m’en fait plaisir, puisqu’à lui tout seul, il diminue considérablement la moyenne du niveau du field. Leurs tapis départ sont de 55 et 45k respectivement et les blinds doivent être à 300-600. Préflop le jeune gars fait une relance standard à 1500 et le fish surrelance en position à 3800. Le jeune call. Le flop affiche et le shark check, le fish check behind. Turn: . Le shark mise 3 ou 4k et le fish relance à tapis pour 29k supplémentaires. C’est trop drôle, il overbet tellement ce pot, qu’on ne peut presque pas le voir sur autre chose qu’un tirage, avec ou sans pair rencontrée. Le shark call et le fish montre pour une top pair, un tirage couleur et un tirage quinte ventrale. Le shark montre . Et le rivière vient le déstaker. Magré ses 17 outs au turn, le semi-bluff a tapis est un move de fish. Pourquoi? La première raison est que le but de la mise à tapis est d’avoir de la fold equity, mais qu’en faisant un tel overbet, il démasque son jeu au grand jour, et se fait payer par n’importe quelle main décente (minimum AK), rendant sa fold equity contre des bons joueurs, nulle s’ils ont un meilleur jeu que lui. S’il est payé, ses chances de survie sont donc de 35% envrion (17/44). S’il n’est pas payé, il prend le pot tout de suite et perd énormément de value à prendre contre les jeux plus faibles que lui, car cherchons dans la range du shark, ces jeux qui sont derrière maintenant, et qui peuvent passer devant la rivière. Je dois avouer qu’hormis un tirage piques à l’As, ne laissant plus que 7 piques dans le paquet ou un éventuel QT, des jeux peu probables chez le shark, il ne prend que peu de risques à laisser voir une rivière en control pot, pour éventuellement faire lui même un value bet en position, en cas de check du shark à la rivière. Il peut donc sans problème se contenter de payer la mise au turn, et de réévaluer sa situation à la rivière. Non, lui, il a déjà vu des gens mettre tapis avec un triage couleur, et sans se poser plus de questions, il met aussi tapis… Le ton est donné, cela veut dire que même dans un 3000, certains peuvent très mal jouer.

Le jeune gars dégoûté, se fait éliminer quelques coups plus loin, perdant sur un coin flip ses jetons restants. Mais avant cela, je trouve , la main qui avait servi au fish pour déstaker le jeune. J’attaque les blinds et ouvre à 2.5 BB. Notre monsieur qui avait déstaké le shark défend sa BB et complète ma relance. Le flop est . Le gars check, et je check behind. Je joue sur deux tableaux. D’une part je m’offre un gut shot gratuitement sans risquer de me faire check-raiser. D’autre part, j’anticipe une relance de son éventuelle mise au turn, en fonction de son bet sizing. Si je fais ça sur un rag, il le prendra comme la continuité d’un éventuel slowplay de ma part au flop. Turn: . Nous parlons bien d’un rag. L’homme se met à miser petit, vers la moitié du pot. Je le mets sur un valet tout au plus. D’une part, je vois très bien ce joueur donker son As au flop pour mieux savoir où il en est par rapport à ma réaction, sachant très bien qu’en checkant, il s’expose à un Cbet de ma part. D’autre part, même s’il checke son As au flop, il le mise sans doute plus gros au turn, face au nouveau tirage trèfles apparu. Je relance sa mise de 2 k dans ce pot de 4k, à un peu plus de 2.5 fois, soit 5.3k. Il passe en montrant son valet avec fierté et en me disant que j’ai l’As. Je suis alors tout content de venger le jeune gars symboliquement avec la main qui l’a déstaké et montre mon jeu. Le gars au valet devient presque blanc, dégoûté de ce “bluff”, et commence à me dire des trucs un peu désobligeants, sans que j’y prête vraiment attention. Je lui réponds alors qu’il ne fallait pas faire du mal à mon ami avec (rigolant intérieurement parce que je ne connais pas le moins du monde ce jeune). Le gars que je prends pour Paul Testud me dit alors : “moi je te payais car je ne te mets jamais sur l’As”. Je n’adore pas sa réflexion, car elle est correcte en partie seulement. Jamais je n’aurais joué comme ça contre un bon joueur. Là, nous sommes contre un poisson qui n’a aucune autre lecture du jeu que la force de sa propre main et qui va très souvent passer ce turn sans l’As. Je suis un peu étonné de la réflexion de Paul que je croise aux toilettes à la pause. Je lui dis :”Vous êtes Paul Testud?”. Il me répond : “Non, Paul s’est fait éliminer au tout début de la journée”. Lol, j’ai confondu. Il se fait que malgré tout, ce gars est très sympa et m’apprendra au repas qu’il est un excellent joueur de cash game online et qu’il a toute une équipe qui travaille pour lui.

Il y a encore beaucoup à dire… Ca vient en fin de journée…

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3 Responses to Cannes: suite du compte-rendu du 3000

  1. D8 says:

    on pourrait écrire un livre sur la façon de jouer ses tirages. C’est clair que l’overbet est souvent un draw, mais il est des fois assez compliqué de payer parceque si on se trompe dans sa lecture ou est parfois très loin derrière.. Et il vaut parfois mieux attendre un coup plus simple.
    Un cas simple, t’as QQ, le flop arrive AJ8 avec deux piques et tu te prends un violent check raise all in! Ok il a surement deux piques, ou peut etre 109, ou peut être même 109 de pique… mais si il a 88 et qu’il a peur des piques? Et si il a 88 et qu’il veut faire croire qu’il est sur le flush draw…?
    Bref, on sait que c’est souvent un draw mais des fois ça l’est pas! Donc je te trouve TRES dur avec le fish sur ce coup là!

    • admin says:

      Salut Fred, Je vais répondre, je ne laisse pas un comment sans réponse, c’est dans mes To Do, mais peu de temps…

    • admin says:

      Fred, je suis ok avec toi sur le fait qu’on peut simuler un tirage à tapis, alors qu’en fait, c’est un jeu énorme comme brelan. Simplement, et c’est pour ça qu’il est si important de connaître son adversaire, ce gars-là, avec ses mimiques, ses peurs de débutants, ne pouvait tout simplement pas avoir un brelan ou une grosse main comme double pair. De fait, avec ce genre de main, il va miser gros pour chasser les tirages. Mais il ne misera pas tout son tapis, car le fait de faire un tel overbet à tapis a un autre but: celui d’induire l’autre en erreur et de lui faire croire au tirage. Ce gars-là n’était pas capable d’un tel trap. Et même si c’est le cas, ça n’arrive que 5% du temps. Lorsque j’ai vu le shark payer, je me suis dit :”il n’est pas si fort, mais il paye très bien”. Donc dans l’expemple que tu donnes, tu dis qu’il peut soit avoir peur des piques avec 88, soit simuler le tirage. Pour ce joueur, on peut supprimer la deuxième solution à mon avis. Et pour l’aspect peur, ces joueurs peuvent faire un très gros barell, mais pas 300% du pot. Ils veulent malgré tout prendre un peu de valeur sur leur main. En fait, ils ne savent pas très bien pourquoi ils font juste le pot et pas tapis dans ces cas-là. Ils savent juste qu’un overbet à tapis n’est pas le bon move, si l’unique but est de chasser un tirage. Donc, vu toutes ces lectures, on peut prendre le risque de payer avec AA.

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