Ma session la plus malchanceuse au Zenith

Bruxelles, 27 octobre 2010

La table est belle à mon arrivée. Réunion des 2 plus gros poissons que la table ait jamais connus. Ce sont des joueurs qui jouent tous les flops, payent presque toutes les relances, et s’emballent très vite postflop, surestimant leurs jeux de manière exagérée, et tirant pour la moindre amélioration sans se soucier d’une quelconque cote. C’est indescriptible, tellement ils jouent mal. A la table, seuls 3 joueurs sont tights et savent ce qu’il font dans les situations évidentes. Je vois des livraisons énormes dans tous les sens, mais ça ne vient pas chez moi. Il faut des cartes pour prendre de l’argent à ces gens, car la fold equity est très faible, et les showdowns fréquents. Seulement, ces joueurs n’ont qu’une piètre lecture des jeux des adversaires. Luc par exemple, qui relance une main sur 20 et qui joue un jeu serré autant avant, qu’après le flop, sera payé par l’un de ces donks, suite à un triple barrel, dont le premier est un 3-bet  à 30 euros au flop, sur un board . Le fish dévoilera , car il n’aura jamais pu lâcher cette main. Il sera déstacké en 3 temps, suite à des barrels grandissants de street en street. Bien sûr, Luc dévoilera pour un brelan qui, à mes yeux, était la force minimale de son jeu pas loin de 101% du temps. Les poissons ne font pas d’opponnent modeling. Voilà pourquoi un jeu très tight, avec quelques rares bluffs montrés pour de petits pots, suffit. Il n’est pas nécessaire de changer souvent de vitesse à cette table.

Je retiens 3 ou 4 coups clés de cette soirée, qui ne représentent pas de manière exhaustive, tous les coups où la machance à été très présente ce soir pour moi:

Avec , je limp UTG+2, suite à deux limps, un autre limp et un gars relance à 9. C’est payé par deux joueurs, et je call également. Nous voyons le folp à 4. Pour moi, à cette table, il est bien plus profitable de voir des flops que de jouer préflop. Si j’envoie la boite ici, et que je suis payé par une petite pocket pair par exemple, le coup est rentable, puisqu’en faisant passer au moins deux des joueurs qui ont mis 9 euros, et en me trouvant à 47% d’équité, je suis sans doute légèrement EV+, et encore, ce n’est même pas sûr, lorsque le rake de 5% est déduit. Je peux aussi les faire passer, et gagner 27 euros avant le flop. Mais je préfère profiter du fait que les gens ne lachent pas leurs jeux après le flop. Pour moi, c’est presqu’évident,  je dois attendre de toucher mon flop, et là, mon EV sera bien plus grande.  Flop: . Je check, l’ouvreur initial a un tapis de 27 et il mise 15, les deux suivants payent. Ils ont des tapis qui couvrent largement les 60 euros qu’il me reste. La situation est idéale ici pour faire le check-raise à tapis. Dans presque tous les cas d’actions qui vont suivre, c’est EV+. Je ne vois pas l’ouvreur sur AA, KK ou JJ. Ca suffit amplement pour rendre la situation de loin à mon avantage. Je gagne de la fold equity sur l’un ou les deux joueurs qui ont suivi. Je n’en ai sans doute pas sur le premier qui n’a plus que 12, mais quelles que soient les actions, ma situation reste rentable, car pour moi, personne n’a plus d’une pair ici et je suis donc favori avec 15 outs à toucher (9 carreaux, 3 as, 3 rois). Les deux joueurs qui ont suivi semblent faibles, ce sont les deux fishs dont je parle plus haut. Ils payent avec n’importe quel tirage (ventral ou pas), ou n’importe quelle pair rencontrée sur le flop. A mon énorme surprise, l’ouvreur initial passe pour ses 12 euros restants ! Incroyable, il buffait complètement ce flop pour plus de la moitié de son tapis, avec 3 joueurs à parler derrière lui, dont deux qui aiment tout voir jusqu’au showdown, et un, très tight (moi-même), qui a payé une grosse relance avant le flop. C’est abbérant je trouve! Il a bien sûr compris que mon check-raise représentait un jeu fort, et il a raison. Mais n’est-il pas commited pour ses 12 euros restants dans ce pot déjà conséquent. S’il estime qu’il doit passer, c’est qu’il a vraiment bluffé avec un jeu qui ne peut pas s’améliorer, et c’est donc ce bluff que je trouve mauvais dans ce spot.  Le joueur suivant, qui avait suivi les 15 passe également. Et le troisième joueur, que je considère comme la baleine de cette table (la baleine est un mammifère, mais je ne m’y connais pas assez en poissons pour citer le plus gros) me call avec, tenez-vous bien: , pour une pair de 6, kicker 2, touchée au flop, main avec laquelle il avait déjà payé la relance à 9 au bouton. Il call donc les 15 au flop, ainsi que ma surrelance à tapis au flop, move que je fais une fois tous les quarts de Lune, avec sa middle pair, min kicker. Ce pot fait actuellement 9+9+9+9+15+15+15+60+45, soit 186 euros. Ne suis-je pas ici dans une situation profitable avec une mise de 60 euros, pour espérer en récupérer le triple, favori à  55%? Le petit problème est que sa pair de 6 va tenir, malgré mon avantage statistique. Je serai alors perdant de ma première cave de 100 euros. Mais je n’ai pas dit mon dernier mot, car j’en perdrai 3 supplémentaires dans les heures qui vont suivre 🙂

Avec ma seconde cave de 100 euros, je remonte à plus de 150, en payant un bluff après une longue réflexion. Un nouveau regular de la table, Roni, a fait une mise à 80% à la rivière sur un board . Au flop, il fait un Cbet hors-position sur moi, et je paye avec , ne le croyant pas sur l’As. Au turn, on check tous les deux. A la rivière il fait son bluff. Après 40 secondes de réflexion, et une information prise sur l’une ou l’autre influence orale de sa part, je paye et gagne le pot contre son . Mais la suite des événements est moins joviale. Je paye un tapis de 40 euros avec contre un gars que je mettais plus souvent sur une petite pocket pair que sur AK. ll a et touche le au turn. Les pots sont souvent relancés préflop et malgré mon jeu tight, les flops ne rencontrent pas mes jeux. Je ne désespère pas du tout, confiant que chacun de mes calls préflop, avec le nombre de joueurs en présence dans le coup, a une valeur rentable sur le long de terme. Mais ma cave est grignotée, et je finis par trouver . Un poisson ouvre à 7, c’est payé deux fois, et j’envoie mes 45 euros restants, car je n’ai pas de cote pour faire du set mining ici. Je suis payé par un seul joueur, l’ouvreur initial, qui a et qui touche son au flop. C’est une belle table aujourd’hui, pourvu qu’elle dure encore pendant quelques semaines. Oui, en général, ce genre de poissons ne restent pas là très longtemps. Ca dure soit le temps de leur bankroll, soit le temps qu’ils comprennent que le poker n’est pas pour eux, et qu’ils feraient mieux de retourner à leurs premières occupations, la roulette et autres jeux où la maison a un avantage, et qui les avalent aussi sur le long terme, certes, mais sans doute moins vite.

Ma troisième cave de 100 est doucement grignotée par des tirages qui ne rentrent toujours pas. Je prends bien soin de n’entrer dans les flops qu’avec des mains à potentiels max comme les Axs, ou les petites pockets pairs. Si je rencontre mon flop, je dois avoir de grande chances de doubler sur l’un des poissons qui vont jusqu’au bout. Lorsqu’il me reste 60 euros, je trouve au BB et 6 ou 7 personnes limp. Je vois donc ce flop en checkant ma blind. Flop: . Excellent flop. Je décide de faire un check-raise à tapis. Je check, quelqu’un mise 7, un autre relance à 22. Tout le monde fold et c’est à moi de parler. J’envoie le tapis, comprenant que je serai très souvent payé par le second. Le premier et le second me payent. Je vois le premier sur un tirage couleur. J’aurais voulu le sortir du coup, puisque je n’ai plus de munitions pour le faire à la carte suivante. Il va de soi que je devrais caver au maximum (300) tout le temps. Mais j’essaye de limiter la variance pour l’instant, et j’aime rentrer avec 100, et monter un stack à partir de là. Ensuite, je développe un jeu de gros tapis. Ca a toujours bien fonctionné et j’ai pris cette habitude. A ce stade, je vois un tirage couleur chez le premier, et une double pair chez le second, sans doute plus faible que la mienne. Ils ont encore plus de 100 euros chacun derrière. Turn: . Ce n’est pas une bonne carte pour moi, car la double pair inférieure au flop passe maintenant devant. Cependant, ils checkent tous les deux. River: . Ils checkent à nouveau tous les deux. Suite à ce double check, je me sens bien, près à récupérer le pot de 190 euros. Le premier dévoile un tirage couleur raté . Le second montre pour un full touché au turn. Je perds ce pot qui au flop, et contenant trois fois ma mise, m’était destiné 58.1% du temps contre les deux adversaires, si les deux allaient aux showdown. J’ai ensuite compris qu’ils se connaissaient et que c’est la raison pour laquelle le gars au full n’a pas essayé de prendre de valeur en position sur l’autre, au moins à la rivière. On ne peut pas parler de collusion, et ça ne change pas grand chose pour moi ici.

Il y a à la table un régulier, que je vais appeler Rémi. Je rappelle que je donne aux gens avec qui je joue régulièrement, des noms d’emprunt pour qu’ils ne puissent pas se reconnaître facilement, s’ils sont un jour amenés à tomber sur ce blog. Je garde dans un fichier excel personnel, les corrélations entre les vrais et les faux noms. Et même s’ils se reconnaissent, ils ne pourront pas me reprocher d’avoir parlé d’eux en mal et publiquement. Pour revenir à Rémi, il a quelque chose de nerveux. Il rigole aux éclats quand je perds un coup. Je m’entends bien avec la plupart des gens là-bas. Mais certains ne supportent pas les gagnants. Finalement, eux qui viennent claquer des fortunes dans le poker, la roulette, et les machines à sous, on peut leur laisser ça. Ils mettent quand-même le prix, donc ça vaut bien une petite moquerie, même injustifiée de temps-en-temps. Il croit qu’il est super bon et on pourrait aussi l’appeler : Monsieur “j’étais obligé”. C’est la phrase qu’il sort le plus à cette table, se sentant toujours obligé de justifier pourquoi il a payé avec la deuxième meilleure main :). Exemple : il a en milieu de parole. Le board affiche . Il se fait déstacker en 3 temps et sur 3 barrels, par un joueur tight, Luc ou un autre, je ne sais plus qui exactement, qui détient . A la fin, il montre son brelan en disant : “j’étais obligé”. Etait-il obligé de payer la petite relance préflop pour entrer dans ce pot? Et même, n’était-il pas capable de lire que le joueur ultra-tight avait aussi un brelan, avec sans doute un meilleur kicker? La réponse a ces deux questions est “non”. Dans un autre coup, le board au turn affiche , soit 4 piques. Un joueur, second de parole montre clairement, alors qu’il reste 4 joueurs dans le coup qu’il veut faire monter le pot. Il est évident qu’il ne bluffe pas et qu’il a un 5e pique, sans doute assez gros. Notre Rémi a . Il paye tout son tapis, environ 55, dans un pot de 60 avec son jeu. La rivière est une carte insignifiante, un par exemple. Le joueur ouvreur montre son , qui d’après l’action, le profil du joueur, et d’autres paramètres était très souvent la carte qu’il avait. Rémi dit : “j’étais obligé, j’avais déjà la suite et en plus, je tire la quinte flush”. Se rend-il compte qu’il joue souvent pour un seul out dans ce spot, et que même ce out n’est pas forcément suffisant si l’autre a un ? Soit, j’ai un peu dépeint le profil de Rémi. Ca ne devrait pas, mais lorsqu’il rigole quand je me fais bad beated, je m’énerve et lui en sors de belles à table. Il y a un donc conflit, et ce conflit s’est accentué à cette session-ci. C’est mon erreur d’entrer dans son jeu. Mais il est difficile de ne pas rétorquer, lorsqu’en plus du bad beat à digérer sur le moment, un gars se fout de votre tronche. C’est ma prochaine étape, une sagesse totale de l’esprit à acquérir. J’arrive déjà à donner raison aux mauvais joueurs, au lieu de leur expliquer qu’ils ont tout faux. Maintenant, je dois accepter les agressions verbales et passer outre. Leur argent finit quand-même dans ma poche sur le long terme.

Je prends ma quatrième cave et ça commence moyennement aussi. Lorsqu’il me reste 75, je trouve . Je paye les 5 euros de la relance préflop et nous voyons le flop à 3. Flop: . J’ai la position sur Rémi, je suis troisième de parole. Rémi check, le second joueur check, et je check. Turn: . Rémi mise 4, le second joueur passe et je décide de faire le call car il peut très bien tenter d’arracher d’une part, ou être en tirage couleur piques. Il peut aussi avoir un brelan de 3, cependant, ce serait étonnant, car il a quand-même payé 5 avant le flop. Mais avec Rémi, tout est possible. Ici, soit, je suis gagnant à ce moment, soit, je paye 4 euros dans un pot de 19 euros, pour tirer une rivière miraculeuse, le 4 ou le 5, qui me donnerait une certaine cote implicite. River: . Elle est tombée ! Rémi pianote sur le pavé numérique pour faire une nouvelle mise. Le pot fait 23 euros. Il mise 100! Il voulait faire 10 je pense, et s’est trompé. Je lui demande alors s’il a fait une erreur. Mais il ne répond pas. Je réfléchis. Il me reste 65 euros au tapis. A-t-il fait cela exprès, je pense vraiment que non. 10 euros, je les payais directement, mais 65, c’est une autre histoire. Il continue à miser, alors que maintenant, la suite est faisable en une seule carte. C’était un gut shot, donc sans doute ne me voit-il pas sur un 5. Il peut très bien avoir un full embusqué: brelan au flop, petite mise au turn pour se faire relancer, et énorme mise à la rivière pour me déstacker. C’est difficile. Je décide de passer, mais je le regrette vite. Je lui montre que j’avais le 5, car il ne montre pas son jeu. Il saute de joie et montre qu’il avait pour un simple brelan. Je ne sais pas pourquoi j’ai passé. J’ai bien senti qu’il voulait mettre 10 et que ses 100 étaient une erreur. Il a fait malgré lui un bluff qui est passé.

Le coup de grâce me sera donné à la main suivante. Avec UTG+2, je décide de faire un limp pour 1.5 euros. C’est relancé à 7 par le gars qui me suit, puis trois personnes payent, et j’en fais autant. Flop: . Je check, le gars qui me suit, relanceur initial préflop, ouvre à 7 euros dans ce pot qui en fait déjà près de 40. Il est très mauvais comme joueur, j’ai déjà pu le constater. Il n’est pas du style à miser light pour se faire relancer au flop. Il fait juste un Cbet complètement insignifiant, pensant qu’il a de la fold equity 😉 Deux joueurs le suivent. La parole me revient, et à ce stade, j’ai la quasi-certitude d’être devant. Une double pair aurait relancé ici face aux multiples tirages. J’envoie mon tapis pour 58 euros. Les simples tirages carreaux peuvent me payer s’ils le veulent, ils ont juste la cote mais je suis devant. Le relanceur initial me call en faisant une grimace qui me fait comprendre qu’il est derrière. Les deux autres passent. Mon payeur dévoile . C’est énorme, il joue juste pour le 10. Turn: . River: . N’est-ce pas magique comme bad run? D’une part, il fallait qu’il me paye 51 euros supplémentaires pour tirer juste un 10, et d’autre part, il fallait que ce 10 tombe. Deux événements très peu probables qui, s’ils se produisent ensemble, me font perdre mon tapis. Le premier, je lui donnerais 5% de chances d’arriver à cette table, selon le profil des joueurs qui ne font quand-même pas à ce point n’importe quoi, le second est facile à calculer: 16.9% que son jeu batte le mien depuis le flop. Rémi éclate de rire évidemment, ce qui provoque en moi un énervement certain. Mais bon, laissons ce pauvre gars rire. Le gars qui m’a payé me dit :”je jouais le 10 ou le 8″. Cela explique déjà un peu plus son call, mais il ne jouait pas le moindre 8 au flop. Il a donc payé sur une erreur d’appréciation du spot, et pas avec l’espoir de toucher un simple gut shot. Je ne réponds pas et je me lève, un peu sonné par ce dernier coup. Je décide d’arrêter quelques instants, et laisse ma place aux gens qui sont sur liste d’attente.

Bilan net : -400 euros

A 5, nous nous dirigeons alors vers le Cameo, ou je reprends 10 euros en 2 heures de temps :). L’ambiance est très sympa, et cela me permet de décompresser un peu de ma très mauvaise session précédente.

Bilan net : +10 euros

P.S. : après m’être un peu renseigné sur la toile, j’ai trouvé le plus gros poisson du monde, c’est le pirarucu, qui peut atteindre 5 mètres. Le requin-baleine est en fait le plus gros poisson du monde, mais dans le poker, un requin est l’opposé d’un poisson. J’ai donc dû trouver le plus gros poisson non requin. Voici une photo du pirarucu:

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