Le MTT et les nerfs d’acier

Bruxelles, 26 septembre 2011.

Les comptes-rendus en attente de ma semaine Cannoise, le seront encore pour un post, car j’ai à l’instant envie de parler d’autre chose: il s’agit d’un atout très important à avoir dans son poker, si l’on veut jouer le volume en MTT (multi-tables tournaments). C’est un atout que je pense avoir acquis avec le temps et l’expérience, et qui améliore le niveau d’un joueur de façon non négligeable: avoir des nerfs solides, et accepter les règles parfois très dures du MTT. Pour exemplifier cela, je vous laisse jeter un oeil sur mes sessions online des deux derniers jours:

Trois des résultats que vous voyez là sont des résultats difficiles à avaler. Une 12e place sur 2312 participants d’un 33$, qui rapporte 451$, alors que le premier prenait 10k$. Ensuite, 21e sur 3223 d’un 109$ pour 677$, avec 50k$ à la gagne nom d’une pipe !!! Et pour couronner le tout, une 60e place sur 17.092 participants, pour un gain de 256$, alors que le premier prenait 17k$… Pour être plus représentatif, dans ces trois tournois, je suis arrivé plus loin que respectivement  99.481% du field, 99.348% du field, et 99.649% du field. Bien sûr pour y arriver, et au même titre que dans les tournois où j’ai perdu des 50/50, des 70/30, des 80/20, j’ai ici gagné des 50/50, des 30/70 et l’un ou l’autre 20/80. Quoi qu’il en soit, j’ai joué mon A-game dans ces sessions et me suis concentré deux nuits durant, avec 5 minutes de pause par heure, à en avoir parfois la migraine, tout ça pour gagner des sommes dérisoires, comparées à ce qu’il était possible de prendre. Lorsqu’on perd le coin flip qui nous projetait en TF à coup sûr en cas de gain, on a mal, et beaucoup d’espoirs s’envolent…

Mais il faut l’accepter, et c’est là que je veux en venir. Il y a 4 ou 5 ans, j’aurais mal dormi pendant deux ou trois jours. Cette nuit, j’ai dormi comme une marmotte. Si malgré le fait que j’ai joué mon A-game, les coin flips nécessaires à gagner, n’ont pas été en suffisance, c’est qu’il faut attendre le jour où il le seront, et ce jour, ce n’était pas celui-là. Gagner 50k dans un tournoi de 109$, 500 fois le buy-in, ça ne peut pas arriver tous les jours. Si ça arrive une fois sur 300 essais de ce tournoi, c’est déjà fantastique.

Toujours dans la même catégorie, les nerfs solides, perdre un énorme coin flip, même un 30-70, à un moment crucial, n’altère en rien la qualité de mon jeu dans les coups suivants. On parle d’éviter le tilt ici. Beaucoup de joueurs qui savent qu’il ne faut pas tilter se forcent à le faire. Ils se disent :”j’ai perdu un sale coup, mais restons discipliné”. Pour ma part, et j’ai fait ce constat récemment (il y a deux ans environ), j’ai pratiquement réussi à éliminer totalement, les grosses émotions, humainement engendrées par ce genre de rencontres. Je gagne le coup, c’est ainsi, je perds le coup, c’est ainsi. Je suis content d’avoir acquis cela, et je pense que les années de poker n’y sont pas pour rien. L’ancienneté, l’expérience qui a vu de si nombreuses situations à grosse émotion, ont fait que mon subconscient a décidé qu’il était temps d’arrêter de se mettre dans des états émotifs, qui consomment de l’énergie inutile. De cette façon, je peux jouer mon A-game tout au long d’un tournoi et quels que soient les enjeux.

Je vous publierai prochainement une vidéo de ma win récente de 13.7 k dans laquelle j’ai encore un probème technique de décalage son image. Ma tête filmée en webcam a son utilité. Elle vous montre à quel point l’émotion ne me prend pas d’énergie, malgré le fait que ces sommes soient très représentatives pour moi. Pour finir sur ce sujet, je parlerai d’un coup de mon tournoi WASOP 320 €, où je finis runner-up, fin du mois de juillet. Je vous ai déjà parlé de ce coup magique. J’ai . Nous sommes en TF. Pour la x-ème fois, un joueur limp en début de parole. C’est le bon spot à prendre, puisque ça fait 20 minutes que personne ne fait autre chose qu’un check à la table. Sur 75.000-150.000, ante 20.000, je push mes 1.3 millions. Il finit par me payer avec . Le board tombe: , et je fais ma suite. Un tel coup de chatte, à un moment où chaque pallier rapporte de grosses sommes supplémentaires, ferait bondir n’importe quel lambda au plafond, dans un hurlement strident de joie, que l’on entendrait sûrement jusqu’au bar de la salle principale du casino.

Parlons donc de ma réaction, avec tout le narcissisme que vous pouvez déjà m’attibuer, puisqu’en parlant de lambda dans ma phrase précédente, je sous-entend que je ne me considère pas comme tel ;): je n’ai pas bronché d’un poil. Au flop, j’ai intérieurement souhaité un 5 ou 10, assez fortement. Lorsque ce 5 est tombé au turn, j’ai compris que je gagnerais ce coup (sauf partage avec le 7 à la rivière). Mais comment l’expliquer, je n’ai pas eu d’apport d’adrénaline. Les cartes avaient décidé. J’avais je trouve, joué ce coup correctement. Ce qui se passe après et qui est hors de mon contrôle n’a plus tellement d’importance. En jouant bien, je finirai par faire de l’argent à long terme, même si ce n’est pas sur ce tournoi-ci. C’est facile à dire, mais est-ce facile à appliquer. Pour ma part, c’est actuellement ancré, c’est un état d’esprit. C’est d’ailleurs aussi pour ça que ça m’énerve un peu, lorsque je vois quelqu’un taper sur la table ou crier en cas de coin flip gagné, tel un chien qui remue la queue parce qu’il est content. J’apprécie fortement les victoires adverses silencieuses…

Revenons au coup. Le croupier s’est mis à compter les jetons pendant 3 minutes pour calculer mon tapis et prendre de l’argent chez l’autre. Mais l’autre était un peu distrait. Il ne savait pas pourquoi on attendait. Il n’avait pas non plus vu que j’avais gagné le coup et s’attendait à ce que le croupier pousse la somme vers lui. C’est quand il a poussé les jetons chez moi, que l’adversaire s’est réveillé. On peut le comprendre. Ma réaction si silencieuse et in-émotive  à ce coup de chatte magistral ne lui donnait même pas envie d’analyser le board. Regarder ma réaction semblait lui donnait la réponse du résultat. Lorsque le croupier m’a donné les jetons, on a par contre très bien décelé le dégoût chez l’adversaire… 🙂

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6 Responses to Le MTT et les nerfs d’acier

  1. stefal says:

    Parce que en plus tu appelles les cartes!

    • admin says:

      😉 Stefal, souhaiter une carte et l’appeler sont deux choses différentes :)))) Merci d’avoir lu… Tout baigne pour toi? Hormi le GSOPT’as fait des photos à Cannes?

  2. golfeur69 says:

    Excellent! j’en profite aussi pour te féliciter pour les vidéos publiées. Elles se de qualité et m’aident réellement à faire progresser mon jeu. Il ne me reste plus qu’à atteindre la qualité de tes résultats!

    • admin says:

      Merci golfeur pour ce message. Content que tu puisses progresser grâce à ces vidéos. Tiens-moi au courant quand il y aura des résultats sympas.

  3. Up says:

    j’admire le sang froid dont tu fais preuve et je ne peux qu’approuver…

    par contre je ne juge pas les joueurs différents au sang chaud, on joue aussi ce jeu pour le plaisir et pour les émotions engendrées et tant que cela est fait dans le respect de l’adversaire, je ne vois aucun mal à exprimer sa joie ou sa peine de temps à autre 🙂

    • admin says:

      Je comprends ce que tu veux dire. J’ai peut-être choqué un peu dans ma comparaison avec un chien qui remue la queue. En fait, c’est exactement pareil comme processus, et il n’y a pas vraiment de mal à ça. Mais ce tapage sur la table peut être contenu je trouve. Ce geste est en fait généré par la libération d’endorphines dû au gain. Plus le joueur est compulsif, plus il a tendance à faire ce geste. Mais si ce n’était que ça… Pour moi, le geste représente un manque de respect de l’adversaire. Il veut également dire : “je t’ai bien n…”. Contenir sa joie intérieurement est tellement plus agréable pour celui qui perd le coup. C’est mon point de vue. Je ne juge personne. Je sais bien que tant que le poker existera, les gens taperont sur les tables. Mais je sais bien que ça n’arrêtera pas de m’énerver. Aussi, le fait de tenter d’arrêter d’exprimer extérieurement sa joie est un excellent exercice pour améliorer sa discipline dans le jeu et contre le Tilt.

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