3e ITM cette semaine à Namur

Namur, 14 mai 2010

Tant que c’est encore frais, je vais vous parler des moments forts de mon tournoi d’hier, où je fais une nouvelle TF. Avec 3 tournois joués ce mois-ci et 100% d’ITM (l’échantillon est petit, on est d’accord), je commence à me dire que le edge que je peux avoir sur la moyenne des joueurs là-bas est pas mal profitable.

Toute la journée du jour ferié d’hier, j’essaye de les contacter pour m’inscrire au tournoi, mais personne ne répond. Je décide alors d’aller une heure avant le tournoi et je mange sur place. Le tournoi est un 40+1R+1A. A mon arrivée, je vais à la caisse, je paye le buy-in et je suis inscrit, étonné et content d’avoir eu de la place. Je croise alors 2 minutes après, le chef de salle des tournois (pas le méchant de la veille :)) et lui demande combien il y à d’inscrits. Il me dit que le tournoi est full (77 joueurs) et qu’il y à 20 personnes en liste d’attente Oups, je viens de passer devant 20 personnes. Sans doute un problème dans l’informatique du casino. Finalement ils ajouteront une table de 11, et on sera 88 au départ.

Ma première table est très passive, et je vole, je vole (comme dirait Sardou).

Première livraison : je reçois et suis en middle position. Blinds 100-200. Deux limpeurs à 200. L’erreur à ne pas commettre ici, et surtout à Namur est de mettre une somme comme 800. Avec JJ, il faut taper plus fort, car sinon les limpeurs feront un “continuation limp”. Je mets 1200, une somme que je n’avais pas encore mise avant et qui représente vraiment un jeu face à deux limpeurs, car mes vols précédents étaient souvent faits lorsque j’étais l’ouvreur à 3 ou 4 fois le BB. Oui, 2.5 BB à Namur, c’est light et d’expérience, je sais que ça n’est pas efficace. Le joueur au bouton, un joueur médiocre qui pense que toute main peut gagner (il n’a pas tort ), et que j’avais vu faire deux ou trois âneries juste avant, me relance à tapis pour 2800. Je réfléchis et me dis : le gars me relance sur ma relance face aux deux limpeurs. Il ne pense quand-même pas avoir beaucoup de fold equity ici, je me dis. Il a peut-être QQ+. En même temps, il lui reste un rebuy après, et c’est un bon gros poisson. Je call avec mes jacks, un peu perdant et espérant voir AK ou AQ pour le coin flip. Le mec retourne , et je gagne ce 80/20, me confortant alors tellement dans mon idée que Namur est un aquarium rentable.

J’ai au BB pour 200 de BB. Le bouton, un joueur que j’ai déjà croisé le dimanche et le jeudi (pour la petite info, les joueurs réguliers ces deux jours-là sont des joueurs du dimanche , souvent débutants). Le mec relance à 2 BB pour 400. Lorsque j’ai de la profondeur, je vais call any card au BB quand je suis minraise, et ce pour 2 raisons. La première étant que le type est souvent faible, avec peut-être des petites cartes suited ou connectées et que je pourrai reprendre le contrôle de la main facilement si je sens qu’il n’a pas rencontré son board. La deuxième raison pourrait être la côte, mais ici il n’y à pas d’ante donc elle n’est pas vraiment valable. Je resterai donc sur ma première raison pour ce coup. Flop: . Je check, et il met 400 mais je crois comprendre dans son délai de check qu’il est très light et qu’il n’a rien rencontré. Turn: , ma pair est rentrée !!! Je reprends la main et envoie 450 que le gars fold assez rapidement. S’il avait call, j’aurais bien sur évalué dans son délai de call s’il était sur un tirage avec un carreau en main. J’aurais alors misé gros sur n’importe quelle rivière non carreautisée.

Nous sommes à la dernière main avant la pause et l’add-on. Par vols successifs sur chaque opportunité qui se présente quand les blinds regardent leurs cartes avant que j’ai parlé par exemple, je monte un stack de 9000. Ce que j’aime dans les tells des joueurs peu expérimentés, c’est que c’est toujours du second degré, jamais du troisième. Exemple: un type regarde ses cartes au BB et puis il met les cartes côte à côte, tel Gus Hansen qui les affiche à la caméra située sous la petite vitre encadrée dans le tapis de la table. Dans ce cas-là, je vole 100% du temps. C’est vraiment pour me dire, ces cartes sont bonnes, elles sont tellement bonnes, que chacune d’entre elles se suffit à elle-même. A la limite, je pourrais jouer avec une seule des deux et je gagnerais encore…
Revenons à notre main, je trouve au BB (200). Le joueur du dimanche (voir main précédente) call au bouton les 200. Une fille que je vois pour la première fois à une table call en position de SB à 200 et je check. Flop . La fille met 800, elle n’a pas bougé depuis le début de la partie. Elle vient de rencontrer son flop (2 pairs, brelan, peut-être même suite). Elle a encore 1350 derrière. Il y à déjà 600 dans ce pot. Si je call 800, avec 20% de chance de voir un trèfle au turn, ai-je la cote ? Je lui prendrai très souvent son tapis si mon trèfle vient : 600 + 800 + 1350 = 2750 est la somme avec laquelle je peux augmenter mon tapis si le trèfle vient. 650 est payable, mais 800 est cher, je n’ai pas la cote. Cependant, je sens que le joueur du dimanche est intéressé. Il n’est pas du genre a relancer une si grosse mise sans les nuts. Je table juste sur le fait qu’il call après moi, ce qui me donnera alors de loin la cote. En gros, les 150 qu’il me manque pour avoir la cote son rentabilisés par la probablité que le gars call. S’il call une fois sur 5, mon call est rentable. Je call donc les 800 et suis vraiment d’avis que ce n’est pas une erreur. Je ne joue pas contre les probabilités, et même si l’erreur est minime, je ne fais pas un call sur base du feeling que la carte va rentrer. Soit, j’ai la cote (implied odds compris), soit je ne l’ai pas, et ici, je l’ai en l’occurence, pour toutes les raisons que j’ai expliquées ci-dessus.
Le rentre au turn. Avant même que la fille n’ait eu le temps de dire ouf, le joueur du dimanche nous dit : “vous avez les trèfles ou quoi?”. C’est marrant, je crois que j’ai du faire cette influence le premier jour de ma vie où j’ai touché des cartes de poker. A ce moment précis, je mets le gars 91% du temps (ce n’est pas exagéré, je suis presque persuadé qu’il l’a aussi) sur une couleur. Mais quelle est sa hauteur. Il pourrait très bien l’avoir au ou a l’, je n’en sais rien. Grâce à d’heureux hasards de circonstance pour lui, le gars a pu monter un stack aussi gros que le mien, il est dangereux. La fille reprend la main pour le restant de ses jetons, 1350. Que faire avec ma couleur à la dame. Relancer ? L’unique intérêt de la relance ici est d’éviter que le type n’abandonne l’action si un trèfle tombe à la rivière et qu’il a de petits trèfles. En gros, si sa couleur est inférieure à la mienne, mieux vaut lui prendre son tapis maintenant, plutôt que de prendre le risque qu’un trèfle supplémentaire au river gèle toute l’action. Mais le trèfle ne tombe que 6 fois sur 46, puisque j’en ai deux, lui aussi et qu’il y en à 3 sur table. Une relance n’est pas justifiée pour protéger une situation qui ne se présentera qu’1 fois sur 8, avec le risque d’être derrière actuellement. Avec une couleur à l’As par contre, ma relance à tapis aurait été justifiée, et je l’aurais faite ici au turn, tellement je mets le gars sur une couleur. Je décide de call les 1350 et de réévaluer la situation si le mec me relance, en me servant peut-être d’influences pour savoir s’il est max ou s’il a une couleur plus faible, on verra bien. Le gars me call. River: . Ce trèfle ne m’arrange pas. Je check et le mec insta shove pour 6 ou 7000 restants. L’avantage ici est que la décision est simple, c’est insta fold de ma part. Il est max un point c’est tout. Il jouait sans doute avec l’ en main ou avait déjà la couleur à l’As. Il retourne alors ses cartes et montre la quinte flush avec . Son unique out, le est rentré. C’est ralant, mais je n’ai pas perdu un jeton supplémentaire, et au poker, j’accepte tout très bien si je n’ai pas fait d’erreur, or je pense avoir joué ce coup comme il faut. La fille dévoile pour une quinte flopée et se fait sortir.

Je reviens de la pause mais mon stack est de 6000. Ca m’a un peu coupé dans  mon ascension ce coup, mais je reprends ce tournoi avec autant de vigueur qu’avant la pause, surtout que ma croupière préférée arrive à la table. J’entre alors dans une série de prises de risque calculées et basées souvent sur les tells, et je monte un stack de 23.000 en une heure sans voir un showdown. L’un des regular est à ma table et me dit : “t’es en forme aujourd’hui”. Il a raison, je ne sais pas ce que j’ai, mais je joue vraiment mon meilleur poker pendant cette heure-là, profitant de chaque opportunité pour m’approprier le pot. Voici un coup dont je me souviens:
J’ai au BB pour 300. Le bouton ouvre à 900 et je call. Flop: . Je check, il hésite très fort et fait 1200 et sans très bien savoir expliquer pourquoi, je comprends qu’il n’a pas l’As. Je call. Il a fait un Cbet très timide, très hésitant. Turn: . Il met 1200 et j’envoie immédiatement la boîte. Il a encore 4000 derrière. Il passe et je lui montre mon jeu (faut aussi faire un peu le malin devant la croupière). Je lui dis : “je savais que t’avais pas l’as”, mais le gars ne dit rien et a l’air écoeuré. L’avait-il quand-même? J’en doute, je pense qu’il était sur une pocket inférieure.

Changement de table et je monte un stack de 45.000 avec bcp de vols en position sur des blinds qui deviennent oppressantes. Lorsque les blinds sont à 1000-2000, je relance à 7000, à plus de 3 fois le BB. Je suis leader stack à ma table et le BB est deuxième. Les blinds sont maintenant à 2000-4000. Le BB a montré un jeu de vol assez solide, je ne le connais pas, mais il ne semble pas mauvais. Il a 38.000 au tapis. Je reçois en middle. C’est le moment de simuler une tentative de vol supplémentaire. Je décide cependant de faire une relance plus light. Je mets 11.000 sur les blinds 2000-4000. Sans arrêt j’ai volé à plus de 3 BB. Et là, pour la première fois, je fais un peu moins. Je sais que ça peut marcher. A Namur ça a de l’importance. Sur internet, ça joue bcp moins et je ferai souvent  des 2.5 BB. Mais à Namur et en live, ça joue. Preuve en est que le gars au BB m’envoie son stack pour 38.000 que je call gaiement. Il a . C’est dire si mon 11.000 a fonctionné. Je suis presque convaincu que le scénario aurait été différent si j’avais mis 12.000. Je gagne la confrontation et passe à plus de 80.000. Mode agression en position pendant 30 minutes, et mon stack passe à 120.000. On est 12 et je suis de loin leader stack. Il y à 10 places payées. Un gars que je connais, vient me dire : “ça te dérange si on paye les 2 bulles pour 80 euros à prendre des 2 premières places?” Je lui dis : bien sûr que ça me dérange, tu veux que je te fasse un virement directement? Il commence alors à dire : “tout le monde est d’accord”. Je lui dis : “oui mais pas moi”. Après de lourdes insistances de ce gars vénal et non sympathique, j’accepte de prendre 40 euros sur les 4 premières places pour que les 2 derniers puissent toucher 80. Le 12e me remercie et m’offre un coca light. 😉
Table finale, j’ai 100.000 et suis au tapis moyen, le même gars, hyper short stack, ainsi que le gars qui est premier au classement annuel et que je vois pour la première fois (en fait, il joue tous les tournois de Spa, et le casino mixe les classements de Spa et de Namur) me demandent de faire un deal. Ils me disent : chacun prend 500 euros et on joue le reste aux deux premières place. Je refuse catégoriquement et lui demande alors mon intérêt à partager 80% du price money équitablement avec des gars qui ont le 5e de mon tapis. Ils insistent, ils supplient, ils me soaulent. Bernard, chef des croupiers et bon pote me soutient et me dit que j’ai raison de refuser. Je le sais bien que j’ai raison, mais ça me déculpabilise qu’il me soutienne. Tout le monde est d’accord pour ce deal à la con. Mais moi pas, et là je décide de me tenir à mon refus. Je leur dis : “le premier prend 1950 euros et c’est ça que je vais chercher, et si je sors maintenant, je prends 200 euros et je c’est pas grave”. Les gars essayent alors de me faire croire que c’est intéressant comme deal. Je leur dis : “Ecoutez, je fais pas votre deal, il est pas intéressant pour moi, c’est pas un deal, c’est de la mendicité, jouez ce tournoi comme des hommes et allez au bout”. Ils m’expliquent alors que c’est génial 500 chacun et qu’en plus, le premier peut encore gagner 1500. Je refuse encore. Sur ce, le “premier” au ranking annuel envoie la boîte au bouton avec en vol de blinds. Mais il ne voit pas, déconcentré par ses supplications qu’UTG a déjà envoyé la boîte. Il perd son tapis contre et sors du tournoi avec 200 euros :). Il tape sur le mur tellement il rale. L’autre emmerdeur me dit alors : “et maintenant, toujours pas de deal?” Exténué par ce gars qui semble avoir besoin d’argent absolument, je dis : ok, faisons le deal à l’ICM. Je prends mon iphone et hop, x ème deal à l’ICM. Je rale d’une chose, à ce moment je suis au boutton, et les blinds 6000-12000 venaient de passer sur ma tête. J’aurais clairement du attendre la position UTG avant de faire le deal, surtout que l’emmerdeur, en middle, avait 22.000 au tapis et que les blinds passaient à 8000-16.000 à la main suivante. Je retiens donc cette nouvelle erreur de rentabilité en ma faveur pour la prochaine fois. N’accepter le deal qu’en position UTG. Je prends 737 € pour 70 investis, mais finis 5e, ce qui ne m’enchante pas.

Après le tournoi, le gars de Spa me dira que je suis un con, parce que je n’ai pas accepté. Mais il voulait pas dire un con, genre un méchant, non un con, genre quelqu’un de bête, parce que ce deal était super intéressant pour moi :). Que puis-je répondre à ça ? J’ai arrêté de donner des cours de statistiques aux gens qui ne sont pas fait pour les comprendre.

Je n’ai jamais fini un tournoi en head’s up à Namur, ça deal toujours…

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2 Responses to 3e ITM cette semaine à Namur

  1. Fred says:

    J’adore la fin! 😉

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