23.000€: runner-up du Wasop 320€ (2/477)

Namur, 27 juillet 2011

Photo Circuspoker.be

La joie et la déception s’entremêlent. C’est le sort de tout runner-up. Etre si proche de la victoire et avoir le sentiment que le head’s up a été bâclé. Bien sûr que je n’aurais peut-être pas gagné non plus en jouant mon A-game sur ces dernières mains, mais j’aurais largement augmenté la probabilité que ça se produise. Quand je repense à mon call final, j’ai un peu le sentiment d’avoir abandonné la partie, d’avoir déclaré forfait, laissant au hasard le choix de décider s’il bluffait ou pas. Je n’avais pas une bonne lecture sur cette main. Il avait le dix ou ne l’avait pas, c’était la seule chose dont j’étais sûr et c’était équiprobable en mon sens. En payant, j’ai choisi le coin flip alors que j’avais encore l’opportunité de revenir au edge avec 4 millions et près de 13 blinds. J’aurais du passer. C’est la phrase que je me suis répétée plusieurs minutes après la fin du tournoi. Je reviendrai sur cette main en fin de récit.

Le day 1A avait très bien commencé pour moi. Avec un stack de 30.000 jetons, je suis arrivé confiant, dans une bonne ambiance et avec un croupier très sympa. Sur le premier niveau, je prends pas mal de jetons au joueur à ma gauche en milieu de level (50-100). Je trouve en middle. En début de parole, un joueur ouvre à 150, un autre call, je relance à 650 et suis étonnement payé 4 fois. J’ai une image de joueur très lose puisque je joue 80% des mains depuis 40 minutes. Flop: . Les deux premiers checkent je décide de slowplay ici, connaissant la propension des deux joueurs à ma gauche à tenter des arrachages, surtout sur ce board avec une seule overcard. Le joueur à ma gauche mise 2500. Tout le monde passe et je call. Turn: . Je check, il check. River: . Je mise 5000 et il call. Je show et il montre . Ce joueur était faible. Il ne pouvait penser qu’avec un roi je ne cbet pas, ou qu’avec un brelan floppé, je slowplay deux fois sur un board avec deux carreaux. Ma mise de 50 BB rivière avait pour but de ressembler étrangement à un bluff et il pouvait me payer avec n’importe quoi.

Le coup suivant, je trouve à nouveau . Suite à un ouvreur à 150 et un call, je refais la même relance que précédemment, 650. Le joueur à ma gauche qui vient de perdre avec ses dames relance à 2000. Vu sa facilité a lâcher un jeton de 5000 dans un level 25-50 et l’historique que j’ai de lui à défendre ses belles mains très cher, je ne le mets pas sur les As ici. Le bet sizing dévoile sa range depuis le début de la partie. Selon mon estimation, il a TT, JJ ou QQ, et très rarement les As, et sa mise si variable de main en main me met sur cette voie. Lorsqu’on a une lecture du jeu adverse assez précise, pourquoi prendre des risques préflop, surtout hors-position et à ce niveau de blinds. Je décide de faire un call et d’aviser en fonction du board. Flop: . Je check, il check. Je n’aime pas ce valet, ni son check. Selon son niveau de jeu, la protection classique avec une pair supérieure au board aurait été le Cbet, et celle avec un brelan rencontré le slowplay, sauf peut-être en cas de tirage couleur, ce qui était le cas ici.  Turn: . Je check, il mise 1000. Vu mes lectures, je peux déjà passer pratiquement, mais la cote implicite d’un roi trouvé rivière est trop importante alors que je mets notre ami sur un set évident. Avec une chance sur 22 de le trouver et 29k à prendre dans son tapis que je couvre, il me donne la cote de faire ce set mining turn (ça vient de sortir mais c’est mathématiquement accepté). Bien sûr, si mon roi vient, il s’agira de faire en sorte qu’il ne craigne pas As-10 ou 9-10 sur mon check-raise violent, ce qui est un peu optimiste finalement. River: . Je check, il mise 5000, je fold et lui dis : “tes valets gagnent”. Sympathiquement, il me retourne .

A cette table, mon tapis va grimper en quatre levels de 30k à 53k et en jouant plus de la moitié des mains. Je payerai un gros bluff river avec sur un board , la séquence de ses mises ne correspondant absolument pas au 4. C’est au changement de table que les choses vont se compliquer. Pendant la première heure, mon tapis sera stabilisé aux alentours de 55k, mais un que je relancerai bien préflop ,suivi d’un Cbet en position sur le flop , un check behind control pot sur le turn , avec pour but d’induce un donk bet bluff river, se verra donk better la rivière pour 80% du pot. Un call de ma part et l’adversaire montrera pour la couleur max touchée rivière. Plus tard, j’aurai la mauvaise idée de floater un cbetteur, bon joueur avec qui je sympathiserai le lendemain, avec sur un flop . L’ au turn et l’ à la rivière me feront continuer à payer ses mises grandissantes, ce qui sera selon moi ma première grosse erreur de la journée. Comment peut-il avoir autre chose que 88,AJ+. Son petit cb du flop me fait fortement penser à 88. Mais la carte magique du turn et mon jeu bien masqué vu le call au flop me feront perdre 10k supplémentaires dans ce coup, face à l’abattage de sa main: . En toute fin de journée, mon tapis culminera à 25.8k, soit moins de 13 BB pour recommencer le Day 2.

day 2

Ma table est la table 19. Nous allons jouer dans la salle principale du casino, ça va changer du Day1. Peut-être est-ce ma dernière table. Combien de mains vais-je tenir? Aux blinds 1200-2400, ante 200, j’ai un M de 5 dans mon tapis. Je suis en mode push-fold et c’est mon unique mouvement permis. Les blinds passent sur moi, les antes et j’ai 22k. Je pousse avec une main et je prends le pot préflop. Les blinds repassent et je suis de nouveau à 22k. Un gars qui avait bougé déjà quelques fois, loose, ouvre UTG à 5100, et j’ai en fin de parole. Je push mes 22k, pour 17k supplémentaires. Après une légère réflexion, il call, commited, et le coin flip attendu se joue. Il a et ma main tient. Je passe alors à près de 46k. Je décide alors de prendre la méthode “o-ffensive”. Je projette d’ouvrir maintenant sans regarder mes cartes, le but étant d’attaquer la blind du gars qui vient de perdre le coin flip avec pas mal de fold equity selon moi. Comment oserais-je m’attaquer à sa blind sans une grosse main, alors que je viens de lui prendre le tiers de son tapis et qu’il est peut-être rancunier. Comme il a l’air bon, c’est ce que je veux lui faire croire. Avec mes lunettes de soleil sur le nez, je fais mine de regarder mes cartes mais ne les voit pas. Ca passe jusqu’à moi et j’ouvre à 5800. Tout le monde passe et il call. Je regarde mes cartes très rapidement et vois . Flop: . Il check et je Cbet à 11k dans ce pot de 15k. Il call. Turn: . J’ai le sentiment que cette carte est sans doute devenue ma carte gagnante. Il check, je check behind avec ma pair et mon tirage trèlfe. River: . Il prend assez maladroitement 17.200 jetons et les met devant lui. Mon tapis doit avoisiner 26 k. Je détecte un tell dans la prise de ses jetons (que je ne dévoilerai pas ici, tellement il est utile) et un autre, incontrôlé dans son oeil. D’autre part la betting sequence ne tient pas vraiment la route. S’il a le dix au flop, je le vois me relancer (donk ou check-raise), et si le turn lui complète un quelconque tirage, il ne le check-raise pas, sachant très bien que je vais souvent check behind face à cette carte dangereuse. J’ai compris qu’il avait compris que je comprenais un peu le jeu. 🙂 Je l’observe 30 secondes et fais le call impliquant 70% de mon stack. Il ne peut montrer mieux que , m’ayant floaté hors-position au flop, et mon tapis est propulsé autour des 80k. La table casse, on est changé de salle et ma partie peut recommencer, avec un peu plus de profondeur.

————-suite du récit—————————-

Nous somme toujours au début du day 2, et j’ai enfin un tapis avec lequel je vais pouvoir faire quelques manœuvres. Il y a deux bons joueurs à la table. Mon tapis chute un peu vers les 69k lorsque je trouve UTG+1. Sur les blinds 1500-3000, un joueur UTG ouvre à 8.000. Je raise à 21.000. A ma gauche, UTG+2, le joueur pousse son tapis pour 60k. En milieu de parole, Jérémie, un pote pousse aussi son tapis de 31k. Tout le monde passe, ainsi que le relanceur initial. Bien sûr, à ma gauche se trouvent les As ou les dames. Si c’est pas à ma gauche, c’est peut-être bien chez Jérémie. Rajouter 39k avec les rois dans un pot de 4.5+2+8+21+60+31, soit 126k, il n’y a pas tellement photo, même si les As sont quand-même craints. Je call et le gars aux 60k retourne , tandis que Jérémy  retourne . La force des mains reste identique après l’abattage du board et je ne perds que 2k dans ce coup qui impliquait 85% de mon tapis à la base. Les dames sont dehors et Jérémie multiplie son tapis par presque trois et demi. Après ce coup, je commence à devenir très actif préflop et monte à 95k en 3 tours de table sans showdown.

Je suis changé de table et j’arrive comme un bourreau. Je sors deux petits tapis qui ont eu la mauvaise idée de pousser sur mes valets et sur mes dames en l’espace de 10 minutes. Mon tapis est alors aux alentours de 140k et je joue de manière très active préflop à nouveau, m’emparant à plusieurs reprises des blinds et des antes se trouvant aux endroits où la fold equity est grande selon mes estimations. Je 3-bet deux fois un relanceur trop fréquent et un peu timoré et mon tapis atteint 180k. Mais un peu plus tard, je vais perdre 62k dans un 70-30. Connaissant mon image à la table, et ayant déjà, il y a une demi-heure été 3-bet à tapis par un joueur en sb, je trouve sur sa BB. Le timing est bon, car dans les 4 coups précédents, j’ai volé 2 fois  et je sens qu’il peut me revenir dessus avec une range de mains assez large. Sur les blinds 3000-6000, j’ouvre à 15.000. Et il reshove en BB avec pour 62k que je call. Le board tombe et affiche: . A la rivière, je suis content, il n’a pas trouvé son valet… mais je l’entends faire :”Yes”. Et je regarde mieux ses cartes et les couleurs qui les composent. C’est un coup dur. Mon tapis finit par chuter à 102k avant la pause.

Au retour de la pause, je perds un coin flip, poussant avec sur les blinds 4000-8000. La BB me paye avec . Je couvre son tapis, mais je tombe à 45k. Je suis changé de table, et pousse plusieurs fois sans jamais être payé. Je remonte progressivement à 100k sans le moindre showdown. Nous sommes 64 joueurs encore et un seul doit sauter pour l’argent. Le 64e joueur saute à la bulle, après 45 minutes. Les gens se relâchent, et les éliminations sont rapides.

Finalement, j’arrive short stack à la table de Jamel Maistriaux, avec qui je sympathise pendant les 4 ou 5 derniers niveaux de la journée. Je joue un jeu shortstack qui fonctionne bien. Je pousse très fréquemment, mais à des moments opportuns selon moi, dans le sens ou je le fais quand j’estime que la combinaison de la fold equity et la range adverse rendent le coup EV+. Le metagame est très important et l’observation de la table aussi. Je ne vais pas m’attarder sur le jeu shortstack préflop car mon but n’est pas de raconter mon style. Ca peut être trop coûteux si je rencontre des lecteurs à la table prochainement. Jamel qui avait un tapis de 700k il y a deux heures, a trouvé de mauvais boards contre des gens qui jouent un peu bizarrement. On discute des coups et sommes d’accord sur les horreurs qu’il vient de subir postflop. Il est à ma droite et sur les blinds, j’ai déjà reshove deux ou trois fois au sb, sur une relance de sa part au bouton, jamais payée. Sur les blinds 10.000-20.000, il le refait à nouveau depuis le bouton et je reshove à nouveau avec , largement devant sa range d’ouvreur très actif en position. Il me call et me dit “good luck”. Cette fois-ci mon tapis est de près de 300k. Il montre et je gagne le 30-70 avec un valet au flop. Ce coup de chatte est le début d’une petite série au Day 3. Je finis le day 2 avec 557k, un peu au dessous de la moyenne.

day 3

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Au day 3, je craque les As d’un bon joueur avec des dix. Il ouvre ou bouton, je relance, commited sur son tapis effectif et gagne le 20-80. Ma vie de tournoi n’est pas en jeu sur ce coup puisque je le couvre, mais c’est un coup important quand-même. Un peu plus tard, je reperds 400k, car je me fais craquer préflop par qui trouve deux pairs au board. Je suis très actif, car sur les blinds 15k-30k, je suis devenu short. Je pousse très souvent premier ouvreur au sb sur la bb qui attend une main honnête pour payer. Mais la troisième fois il a sa main, AT, et mon petit connecteur non assorti avec gap ne tient pas la distance à l’abattage. Il se lève en hurlant qu’il en a marre de moi et qu’il va me renvoyer à la maison. Je reste de marbre devant le manque de fair play de ce gars et mon tapis n’est plus qu’à 390k. Je le double sur un coin flip, puis je trouve au sb. Je suis assez souvent premier ouvreur, car j’ai souvent reshove à cette position, et la table n’attaque plus trop sans main. Je push 700k à 18 left, sur les blinds 20.000-40.000 ante 5000, et le BB, l’homme qui voulait m’envoyer chez moi call en hurlant à nouveau avec . Le board affiche un truc du genre: et le joueur est renvoyé chez lui… pas désagréable de sortir moi-même ce joueur qui m’en voulait tellement, juste parce que je jouais mon poker.

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Bet 300.000 river. Photo pokerbelgique.be (Leandro)

Le 11e saute à la table voisine, et la table finale se forme.

TF

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Mon tapis est autour des 2.500.000 quand j’arrive en TF. Je l’ai construit en grande partie sur les gros tapis de la table précédente, qui ne voulaient pas affronter un autre gros tapis, et leur laissant le soin de sortir les petits eux-même. A ma droite, au bouton, un gars limpait. Un pot volé préflop rapporte énormément. Il l’a fait à plusieurs reprises, et depuis la sb, je n’ai jamais hésité à arracher le tout avec une relance impayable sans main. Ca ne s’est plus produit après. Il a oublié le limp au bouton. Lorsqu’il relançait, il faisait souvent une influence de degré assez basique qui donnait sa main. J’ai monté mon stack sur lui en grande partie, et lui, a pris les risques avec beaucoup d’autres. C’était comme s’il rappatriait les jetons pour me les donner un peu plus tard.

Jamel Maistriaux est en TF. Il doit y avoir 4 bons joueurs qui sautent les premiers dont lui, à nouveau devant préflop (60-40). Lorsque nous sommes 5, cette table est composée de 2 joueurs avec qui j’ai déjà souvent joué à Namur et dont je connais un peu le style, ainsi qu’un autre que j’ai déjà croisé dans ce genre de buy-ins. A 5 je suis short stack, enfin tout est relatif. Je suis tombé à 1.6M, alors que les autres avoisinent 2M, 3M, 3.5M, 4M. Les blinds sont 50k-100k. Avec 15 blinds, je ne suis pas si short que ça. Et ils commencent tous à checker les uns avec les autres, des limps préflop, et des check jusqu’au bout. Ils attendent que je m’élimine. On sent qu’il y a de l’argent à la gagne. Je n’ai jamais vu ça. Comment peuvent-ils espérer que ça va me faire sauter plus vite. Je vais pousser quand j’aurai une main intéressante, un point c’est tout. Et je ne trouve que des poubelles pendant 20 minutes.

J’entends Offir Salomon, spectateur, et runner-up du PPD Saint-Amand, dire que c’est la table finale la plus “borring” qu’il ait jamais vue, et je ne peux pas lui donner tort. Le futur gagnant du tournoi check jusqu’au bout un set floppé avec . Le joueur UTG limp maintenant à nouveau à cette position pour la 3e fois. Je trouve un connecteur assorti qui me plait, et décide de pousser enfin pour ajouter un pot mort de 350k à mon tapis de 1.3M. Il me call avec une main qui me domine mais je remporte la confrontation. Comme je n’émets aucune émotion, il ne voit même pas qu’il a perdu le coup, avant que le croupier pousse les jetons vers moi.

Mon tapis passe à 3M, et là je décide de jouer ultra agressivement. La table était tellement passive jusqu’ici avec ses check-check, qu’elle doit forcément se remettre dans le bain avec un délai dont je profite. Et les 4 joueurs veulent dealer. Je refuse. Il y a tant de fold equity sur chaque coup que mon tapis grimpe à 4 millions, puis à 5 millions. Et ils veulent faire un deal. Il y à 6k€ à la 5e place, et 30 à la 1ere. La différence entre les paliers est si importante que les gens ne veulent pas perdre des jetons. Lorsque j’étais short, le leader à 6 millions, avait refusé de prendre moins de 20k€.

La pause arrive. Je demande au croupier, qui a plus l’oeil que moi pour ça, d’estimer les tapis des gens. J’entre le price money et les tapis dans mon calculateur ICM. Je dois toucher 18k€ selon mon tapis. Je vais rejoindre les 4 qui discutent dans la salle voisine pendant la pause et leur fais : je prends 22k€ et on arrête là. Ils sont sur le point d’accepter mais un hésite un peu. Je fais: “ok je prends 21k€,15,15,10,10” et on joue ce qui reste aux deux premiers. Julien Becquart,  fondateur de Wallonie-Poker, nous dit qu’il resterait alors 4 et 2k€ pour les deux premières places. Le deal est accetpé à l’unanimité et j’ai 21k assurés… wtf… 21,15,15,10,10, voilà ce qui est négocié à l’assurance des 5 derniers.

Je sors d’abord un joueur. Puis,  le jeu des gens devient fou après ce deal. Les overbets sont énormes et les rencontres à tapis sur des blinds qui ne le justifient pas encore se font fréquentes. Le futur gagnant du tournoi abat d’ailleurs des mains marginales. Il sort un joueur, puis un autre. Nous sommes 2 et là commence le heads-up. Il sait qu’il a 15k et se fout un peu de la différence entre les 2 et 4k des deux premières places. Je le connais dans ses influences de degré lisible. Mais là, il inverse la tendance. J’ai , sur un flop . Il ouvre à 400k, je relance à 1.8 millions et il me fait instantanément 3.6 millions. Je fold et il me montre . Ma relance était trop grosse. Je suis fatigué. Le jeu n’est plus sérieux et on se croirait à une table de play money depuis 20 minutes. Incroyable. Il joue sans se soucier de la taille du pot, des blinds, de son tapis. Il m’a contre bluffé et c’était bien joué. Il a changé depuis qu’il n’y a plus vraiment d’argent en jeu.

Sur un total de 14 millions, je commençais le heads-up avec 9 millions. J’ai l’habitude des tournois heads-up. C’est plutôt une discipline que j’aime bien online et où je trouve aussi un profit. Lorsque je n’ai plus que 5 millions et lui 10, il me propose 3000,3000 pour les deux premiers, au lieu de 4000,2000. Tout être humain censé et conscient de l’effective value accepterait un tel deal. Mais je pense que ça veut dire qu’on arrête là et qu’il gagne avec plus de jetons. Je refuse en disant qu’il faut mériter la victoire, s’il la veut. 😉

Et arrive le coup final. Il limp au bouton sur ma BB à 150.000-300.000. Je check avec , et vient le flop: . Il ouvre à 500.000. Je me dis qu’il a touché une pair sur ce flop. Je décide de call rapidement, comme si je tirais une couleur, pour arracher le coup sur un blank au turn. Turn: . Il met tapis. J’ai  4 millions devant moi. Le pot contient 1.6 millions. Pour moi, j’ai réussi mon coup. Il a une pair au flop et croit que je suis en tirage couleur, voire suite. C’est un flop à tirage. Je sais qu’il ne tient pas compte de la taille du pot à ce moment de la partie, et que son overbet peut juste servir à chasser mon tirage couleur. Il sait qu’avec un tirage, je ne peux pas jouer mon tournoi ici au turn. D’ailleurs, il commence un trash talk : “je peux bluffer, mais je peux très bien ne pas bluffer. Mais,… je peux bluffer”. Je le joue depuis des heures, et j’ai chaque fois déterminé sa main sur base de ses influences. Sur une de ses relances au bouton avant la table finale, j’ai passé une middle pocket au sb, parce qu’il m’implorait de ne pas le payer. Après mon fold, il a montré les rois. Et j’étais à nouveau content de constater que plus il parlait, plus il trahissait son jeu. En fait, il faisait du troisième degré basique, c’est-à-dire que ce qu’il disait était souvent le contraire de la vérité, tout en essayant de me faire croire qu’il disait la vérité (deuxième degré du trash talk, le premier degré étant de mentir simplement sans réfléchir plus loin).

Et sur ce coup, la problématique est la suivante : je sais qu’il me voit sur un tirage, il va même le dire à un moment si mes souvenirs sont bons, me confirmant que c’est la lecture qu’il fait de mon call rapide au flop. Donc s’il a juste un 4 en main, il le joue comme ça aussi. Avec un 8 moins bien soutenu, c’est pareil. Seul le 10 est catastrophique pour moi. Lorsque je fais le call finalement, j’espère voir un 4 ou un 8 moins bien soutenu. Il en existe plus que des 8 mieux soutenus et des 10. Maintenant, avec un 4, la proba est moins grande qu’il push quand-même. J’ai payé et il avait . La rivière n’a rien changé au problème. Après réflexion, ce n’était pas fou de payer, mais mieux de passer vu l’incertitude de ma lecture et la possibilité de revenir avec 4 millions et 13 blinds. J’ai baclé ce heads-up, comme à Marrakech un mois plus tôt dans le side du DSO. Julien Becquart me dira qu’il me trouvait fatigué. Possible, mais la fatigue ne doit pas être une excuse à ce stade du tournoi. Le gagnant du tournoi prend 19k, et moi 23. La victoire est monétaire disons.

J’ai eu de la chance dans ce tournoi, je ne peux pas le nier. J’ai perdu deux 30/70 et deux coin flips, mais j’ai gagné hormis les autres coin flips, trois 30/70, un 20/80 et un 16/84. Cependant, je pense avoir après chaque coup gagné, où j’étais underdog préflop, continué sur ma lancée, créant des petits rapidement avec mes nouveaux jetons. Les cartes étaient de mon côté, mais je ne suis pas mécontent de mon jeu agressif avant le flop, et de certaines lectures postflop qui m’ont permis de bien calibrer la taille de mises dont l’objectif a souvent été atteint.

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6 Responses to 23.000€: runner-up du Wasop 320€ (2/477)

  1. Bobo says:

    Bien joué , c’est déjà une superperf en soi, pas de regrets, et maintenant le suivant for ze win.

  2. Stefal says:

    Felicitations.
    Je suis persuadé qu’au reveil, la joie supplantera la deception. Sorti des le premier jour Julien m’a signale ta presence mais je n’ ai pu te saluer car tu jouais et la pause etait loin.
    GG

  3. u says:

    bravo, rien d’autre a dire. mon dernier email etait qq chose du genre: t’es chaud chaud, joue le plus possible…

  4. chris says:

    VGG mes felicitations

  5. admin says:

    Merci à tous, j’essayerai de vous répondre plus personnellement bientôt.

  6. D8 says:

    très belles analyses en tous les cas! Bonne chance pour le main event, et on attend la suite de ton compte rendu! Et bien sur bravo pour ce résultat, c’est une sacrée somme. Je suppose que le heads up a été baclé un peu à cause du deal qui avait été décidé…
    Je joue demain le 1b, je sais pas quel jour tu joues, mais si tu sais qui je suis et que tu me vois n’hésites pas à venir me voir!

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