Début de mois sous la courbe All-in EV

Bruxelles, 14 mars 2011 (date de production du post)

Qu’est-ce que la courbe All-in EV? Sur les trackers, surtout Holdem Manager, il existe une courbe qui détermine l’équité que l’on a dans les situations à tapis. Elle permet aux joueurs qui ont perdu sur une ou plusieurs sessions,  de voir si le résultat négatif de ces sessions est en partie dû à la malchance. Dans le poker live, elle est évidemment difficile à calculer, mais j’ai intuitivement la conviction de me trouver bien en dessous en ce début de mois. Ce n’est pas grave, car tout joueur régulier se trouve parfois en-dessous, parfois au-dessus. Logiquement, en l’infini, ou même sur un grand nombre de mains jouées, elle devrait correspondre à la réalité. J’accepte donc très bien de n’avoir pas eu de chance en ce début de mois. Je dis aussi par là avoir le sentiment d’avoir commis peu d’erreurs dans les coups importants, et variance omise, le bad beat ne me dérange pas. Bien sûr, la bankroll doit pouvoir assumer la variance. Voilà pourquoi les bad beat peuvent malgré tout être dérangeants.

Le tournoi bounty (160 euros de buy-in à Namur) du lundi 7 mars commençait bien. Nos tapis sont de 10.000 au départ. Je trouve sur des blinds 25-50 en milieu de parole. Un gars assez early mise 150. Je relance à 550 parce qu’ici je ne veux pas beaucoup de joueurs. J’ai compris, vu ce que j’ai évalué de ce joueur qu’il ne passerait pas une mise, même à 550 ici. Il a décidé de jouer le coup, il aime sa main, il faudrait mettre beaucoup plus pour le chasser. Je trouve en cette mise le compromis optimal, celui qui lui fera investir le plus d’argent préflop avec le moins de risques de le faire passer. Tout le monde fold et il paye si vite que je me demande si une mise à 750 ou 1000 ne serait pas passée aussi ;). Flop: . Je n’ai jamais vu ce joueur à Namur mais suppose qu’il n’est pas terrible. Il checke, je mise 800. Il hésite et call. Avant son hésitation, seule 10-10 m’ennuyait dans sa range de mains. Mais son hésitation ici n’était pas celle d’un gars qui fait un cinéma avec le brelan. Il n’a pas l’air assez expérimenté pour simuler une hésitation aussi réaliste. Je le mets sur 88,99,JJ, peut-être QQ. Turn: . Suis pas fan de cette carte. Il check et je check behind.  Mon check est bien plus motivé par l’envie de masquer ma main ici et de lui prendre de l’argent à la rivière avec encore plus d’infos puisque j’aurai la position, que par la petite crainte que ce 8 lui ai donné un brelan. River: . Cette rivière est bonne. Il mise 150. Ici, c’est évident, s’il bat mes As, comme il a vu ma passivité au turn, il fait la grosse mise lui-même et ne mise pas 150 dans l’espoir de se faire relancer. Je prends cette mise comme un blocking bet, justement pour éviter que je mise trop gros ici. Je relance à 2500, il call. Je montre mes As et il muck. Je lui dis: “valets?” et il confirme de la tête. Pendant une heure et demie, mon tapis grimpe, puis rechutte, pour finalement arriver à 17.000 à force de petits vols et autres coups arrachés. Je suis content de mon tournoi et motivé. Je trouve alors sur des blinds 500-1000 en fin de parole (cut-off). Le joueur UTG, un Français qui avait montré un jeu basique et qui avait touché beaucoup de grosses pairs, propulsant son tapis à 30.000 ouvre à 3000. Le gars qui le suit et que je connais pour être un regular de Namur très moyen relance à 10.000 et tapis de manière si brutale qu’on sent qu’il aime sa main mais n’a pas trop envie d’être payé. Je donne à AK la plus grosse probabilité d’être sa main. Je ne le mets pas sur l’une des deux pairs supérieures à la mienne. Une seule chose m’inquiète, c’est l’ouvreur. Va-t-il avoir malgré tout un peu peur de ce double tapis qui fait suite à sa relance s’il a autre chose que KK ou AA? A-t-il KK ou AA? Je l’observe et n’ai pas cette impression, car avant mon action, il compte ses jetons pour voir combien pourrait lui coûter cette opération. Avec AA, on n’a pas tendance à compter ses jetons, car la décision est claire, que l’on doive investir 10% ou 90% de ses jetons. Je pousse mon tapis 17.000. Il me regarde, réfléchit et dit :”bon, on doit jouer les bounties”. Il call. Les deux gars retournent et . J’ai environ 65% de chances d’être propulsé leader stack de ce tournoi et de prendre un bounty. Un gars à ma gauche me sort ce que personne n’a envie d’entendre en pareille situation :”C’est bien pour toi qu’ils aient tous les deux As-Roi”. J’ai envie de dire au gars : “merci pour cette info précieuse que je n’avais pas détectée tout seul avec les neurones qui m’ont été octroyés à la naissance”. Vous devez connaître ces instants magiques où au moment précis ou le mec vous a sorti sa phrase soit disant réconfortante, vous savez que les mauvaises cartes vont tomber :). Board: . Merci, bonsoir !!!

Un peu plus tôt dans la semaine j’avais joué Omaha à Namur et la session c’était très bien passée. C’était ma première expérience live en Omaha, depuis des années, à l’époque où l’on jouait en parties privées. Je me souviens d’un coup de cette session où j’ai . C’est limpé à 2 par tout le monde préflop. Flop: . Je checke en début de parole, un gars qui me suit, ouvre à 10.  Un bon joueur que je connais du Zénith relance à 64. Ici, je décide de faire juste un call malgré mon brelan max, d’une part pour masquer ma main, d’autre part pour contrôler le pot et attendre de voir un turn peu dangereux qui me ferait alors reprendre la main. Ici au flop, je n’ai pas envie d’être payé par une main comme par exemple qui ne lacherait pas l’affaire sur un repot de ma part ne me donnant peut-être même pas favori (je n’ai pas fait le calcul). Je call et c’est payé par l’ouvreur initial. L’ouvreur initial n’avait pas poté, il avait mis 10 dans 14, ce qui me laisse penser qu’il aime sa main, sans être prêt à déjà investir tout son tapis au flop. Turn: . Ce n’est pas un trèfle, cool! Mais 8-9 est devant. Je checke, et les deux autres en font autant. Je mets alors le bon joueur sur un jeu concret au flop. River: . Quelle bonne carte. 8-9 ne fait plus partie de mes craintes. Cette main aurait misé au turn pour ne pas donner au tirage trèfles l’opportunité de voir sa couleur gratuitement, ou aux doubles pairs ou brelans celle de voir un full. Même si l’un des deux joueurs possède 8-9 et un très gros tirage trèfle, pourquoi pas max, il mise au turn pour faire payer les tireurs de full, le seul cas de slowplay de son 8-9 étant qu’il soit sur un gros tirage couleur, un beau tirage full et les nuts actuellement, une main comme par exemple. Mais même cette main qui est sans doute l’une des meilleures mains possibles ici n’aurait pas tendance à slowplayer dans ce cas, car pas avec la couleur max, et pas avec le full max. Je mise donc 130 euros assez rapidement, style arrachage de pot. Mais je sais bien qu’eux non plus ne peuvent me mettre sur 8-9. Le premier passe et le second me call, le bon joueur. Je lui montre mes rois, il muck et je lui demande s’il avait brelan au flop, ce qu’il confirme. Il dit regretter son call car il me connait et pense que je ne bluffe que rarement à cet endroit. Sans doute a-t-il raison. Peut-être que la vitesse de ma mise a joué…

Dans le cash game à Namur, le 10 mars 2011, je trouve , je relance à 18 sur une option de 4 à la 2-2. Le sb, joueur très moyen call et un poisson qui offre tous ses avoirs depuis le début call aussi. Flop: . Le sb check, le poisson mise 18, je relance à 40. Instantanément, le Sb check-raise à tapis pour 92 euros supplémentaires. Le poisson passe. Comment peut-on imaginer un instant ici qu’As-roi est devant. Je le mets sur KJ ou un brelan. Je passe et lui demande de me montrer sa main, ce qu’il fait. Il avait . Je ne suis pas mécontent de mon fold même si je perds 58 euros dans le coup. AK dans sa main était le meilleur des scénarios pour moi ici, et sa façon de le jouer est très surprenante. Je le voyais encore beaucoup plus fort.

Un peu plus tard, je joue le tournoi 40 rebuy, qualificatif pour le gros tournoi du mois d’avril à Namur, le 800 des poker classics. J’ai joué un jeu très agressif et payant jusqu’à présent. Je viens d’envoyer mon tapis deux fois dans les trois coups précédents. J’ai d’abord volé les blinds avec en position sur 400-800 ante 50, en envoyant 6500. Après mon muck, j’ai fait le comique en répondant à quelqu’un que j’avais AA. Deux coups plus tard, avec j’ai envoyé mon tapis, environ 8000 en middle, suite à un limp UTG à 800 d’un gars, le but étant de me faire payer par une pocket inférieure, faisant sentir le AK. Au bouton, un pote hésite et finit par passer. Il m’avouera après le coup, avoir passé les valets. Je suis payé par le du limpeur UTG :). Ca tient et je double. Me voici avec au coup suivant. Je décide de faire un limp en set mining ici, car j’ai été si agressif dans le demi-tour qui vient de se passer, que je pense être facilement 3-betté ici. Calmons nous un peu. Je n’ai pas envie de jouer un coin flip à tapis à ce stade du tournoi. Je suis bien. Un gars, très débutant, ou peut-être pas mais en tout cas, qui ne s’est sûrement pas donné la peine d’apprendre un peu plus le poker durant ses longues soirées d’hiver au coin du feu, me relance à 2400. Je dois ajouter 1600. J’ai 17.000 au tapis. J’ai donc environ la cote pour faire toujours du set mining et call simplement (plus de 10 fois la mise dans mon tapis). Flop: . Je checke. Le gars mise 2400. J’ai envie de dire :”lol”. De la part d’un joueur dont j’ai déjà un peu estimé le niveau, un Cbet aussi petit,  à environ 40% du pot, ne peut pour moi, être une pair supérieure à mes huits. Avec une overpair, et voyant des tirages couleur, et suite, ce gars misait au moins 80% du pot. Je le mets actuellement sur deux mains, AK et AQ, et suis presque prêt à faire un side bet avec quelqu’un qu’il a une de ces deux mains. Je reviens dessus à tapis pour mes jetons restant et le couvrant de 2500. Il doit donc payer son tapis, envrion 11.000. Je le vois prêt à jeter ses cartes, mais il hésite. J’ai presqu’envie de lui dire : “AK ou AQ?”, ce qui selon moi augmenterait ma fold equity. Mais je me dis :”ai-je vraiment envie qu’il passe ici avec seulement 6 outs en deux cartes et envrion 24% de chances de gagner”. Je me dis que s’il passe c’est bien, et s’il call, c’est pas mal non plus. Finalement il call en me disant : “je suis sûr que t’as rien”. Il dévoile . Magistral! Hero Call! Genious! Il n’a pas de coeur, mais il a et pense que je n’ai rien. Je call une relance de sa part préflop. Même si je n’ai pas une pocket pair, j’ai bien un Ax, ou même un suited connector comme qui aurait trouvé ma top pair au flop. Comment pourrais-je n’avoir rien ici. Par rien, il entend moins fort que lui, ce sont des mains comme , , … Il joue tout son tournoi dans l’espoir que j’aie risqué le mien en le relançant all-in avec une main de ce style là. Même si j’ai ici, et que je joue donc mon tirage couleur, c’est presqu’un coin flip pour moi (47%). Et si j’ai AJ, AQ, AK, il a 14% de chances de survivre. Si l’on considère ma range de mains ici (les coeurs, n’importe quelle pair, en main ou touchée au flop, un tirage suite ouverte, ou A8+), il joue son tournoi avec une équité de 28% en payant de son tapis, 13 blinds. Turn: . River: et mon tapis chutte à 2500. Que faire, rester calme? Oui il faudrait. Mais je n’ai pas encore ce niveau de sagesse.

C’est alors qu’une fille qui se trouve à ma table et que j’avais croisée un an plus tôt dans un tournoi à Dinant (joué avec Neophrak) me dit, à mon agréable surprise : “Tu vas pouvoir poster ce coup sur ton blog”. Alban répond : “pas utile, bad beat c’est tout”. Il n’a pas tort, mais le but est de démontrer à quel point les joueurs peuvent parfois faire des erreurs si énormes que ça aide à conforter dans l’idée que le poker reste un jeu de haute rentabilité. Si je relatais tous mes bad beat, j’écrirais une encyclopédie. Ce style de bad beat est peu fréquent et mérite d’être relaté.

Je suis alors changé de table, et Cindy, la fille qui m’a parlé de mon blog a sauté. Je me dirige alors vers elle pour discuter et elle me dit avoir lu beaucoup de posts. Elle est charmante et me dit que ça l’a aidée et améliorée techniquement. C’est une joie pour moi. Evidemment, avec son esprit logique, et son intérêt pour le poker, elle a le potentiel pour progresser très rapidement. Je ne pense pas que ce soit le cas pour beaucoup de monde. Elle me dit alors avoir fait dans un tournoi rush sur internet un beau résultat en utilisant certaines des techniques évoquées ici. Bernard me donne un avertissement pour ne pas m’être assis tout de suite ;). C’est honnête, même si je n’ai pas échappé à la big blind malgré tout. Après mon tournoi, j’ai du interrompre la discussion avec Cindy pour rejoindre Marian* qui m’attendait au Viage… Cindy si tu lis, n’hésite pas à m’écrire en privé, je serais intéressé de savoir si tu as utilisé un tracker  pour évaluer la statistique concernant le 4bet en milieu de parole des opposants ayant déjà fait un 3bet 12% du temps préflop lorsqu’ils avaient shove-push-all-in deux mains auparavant… hum

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