Open Winamax de Dublin (Day1B)

Dublin, 17 septembre 2010

Jour 1B.

J’ai raté mon avion ! Je devais arriver le 16 septembre, mais lorsqu’à l’aéroport de Charleroi, je me suis rendu compte que j’avais oublié ma carte d’identité sur mon bureau, après l’avoir sortie de mon porte-feuille pour l’enregistrement Ryanair en ligne, je me suis senti con, contraint de payer un supplément pour le vol du lendemain et de revenir sur Bruxelles pour repartir 24h plus tard.

Arrivé à l’hôtel vers 9h, le 17 septembre, au matin de mon premier jour de tournoi (1B), une chambre ne sera libérée que vers 10h30 et je parviendrai à dormir 1h environ avant le début du tournoi, qui additionnée à l’heure de sommeil précédent mon vol, ne laissera que peu de fraicheur, pour attaquer 9 niveaux de blinds, soit près de 11h avec les pauses. Cependant le Red Bull est une boisson spécialement conçue pour les gens qui n’ont pas beaucoup dormi avant un tournoi, et elle m’aidera tout au long de la journée.

C’est mon premier tournoi shorthanded en live, mais j’en ai déjà joué quelques-uns online.

Nous jouerons à 5 pendant quatre heures, un siège restant vide, ce qui nécessite encore plus d’agressivité. A ma table, 4 joueurs qui n’ont pas l’air expérimentés du tout. L’un d’entre eux, juste à ma droite, limp chaque fois qu’il entre dans un coup. Il ne raise que très rarement. Parfois et assez fréquemment, je vole le tout en misant 4 ou 5 fois la blind, parfois je limp derrière lui, près à évaluer la situation postflop et en position. En jouant très agressivement avant le flop, tentant à vue de nez 70% de vols au cut off et au boutton avec un taux de réussite impressionnant, et 20% du temps, squeezant aux blinds, me souciant moyennement de la force des cartes, je monte de 20.000 à 32.000 en deux heures, sur des blinds 25-50, puis 50-100, sans avoir pris le moindre risque et en ayant vu peut-être 15% de showdowns sur les pots que j’ai gagnés. A ma table, la taille des continuation bet trahit souvent la force du jeu de ces adversaires peu expérimentés en tout cas, pour ce type de tournoi. A la moindre faiblesse ressentie, je raise le Cb et ça passe 80% du temps. Je ressens vraiment que les gens jouent comme s’ils étaient en full ring alors qu’on est 5. C’est très passif, et en début de tournoi, ils jouent exclusivement leurs cartes. Je me dis que j’ai vraiment une bonne table et l’ascension de mon tapis s’apparente à un grindage de cash game, avec très peu de variance. J’évite les confrontations, une fois relancé, et je me contente des vols de pots, de rentabilité impressionnante.

Après 4 heures de jeu, je vois arriver quelqu’un au siège vide et l’on passe en shorthanded 6 joueurs. Il a un tapis de 16.000, grignoté depuis 4 heures par les blinds. J’analyse un peu son regard, son comportement, son observation, et constate assez vite qu’il sait jouer, et qu’il est bien plus agressif que les autres. Il commence à voler également. L’un de mes vols ne passe plus car le gars me call et check-raise mon Cb à tapis au flop sur un board peu crédible. Il est prêt à investir son tapis tôt dans le tournoi Je comprends donc que ma suprématie ne durera plus, ou du moins ne sera plus aussi simple qu’avant. Il monte en une demi-heure à 22.000. Arrive ensuite un coup où j’ai au cut off. Je fais une relance à 600 sur les blinds 100-200. Sans pouvoir l’expliquer, je sens que c’est la fois de trop, et que ce joueur agressif ne me laissera pas voler cette fois-ci. Je pense qu’il va vouloir m’indiquer que le temps du rêve est terminé, et que maintenant, on va partager le magot à deux. Il est SB. Il me relance à 1600. Seulement, je ne peux pas accepter de me faire squeeze comme ça aussi facilement, alors que je le sentais tellement venir. Je décide alors de montrer qu’il ne va pas être si facile de m’arrêter. Tout le monde passe, et je 4-bet à 4600. J’ai l’intention de montrer ma main si il passe, dans le but de calmer ses envies de squeeze prochainement. Mais étonnement, il se met à réfléchir pendant près de 2 minutes. Je comprends qu’il ne détient pas rien dans la main, mais j’ai quand-même le gros sentiment qu’il va abandonner et ne jouera pas un si gros pot hors position en début de tournoi. Finalement il fold et me les montre. Il me demande si j’avais QQ ou plus. C’est ce que mon voisin de droite estime également. Je lui dis que je lui dirai ma main dès qu’on ne sera plus à la même table. La situation a changé. Comme j’ai fait passer une bonne main, je n’ai plus envie de montrer la mienne. A la base, je voulais lui montrer que je ne le croyais pas dans sa relance, mais ici, elle était justifiée. Dans les tours qui suivent, le joueur est beaucoup plus calme quand je dispute un pot en position tardive. A la pause suivante, il vient me supplier de le lui dire ce que j’avais. Sincèrement, je lui dis alors la main que j’avais, lui expliquant que je sentais sa relance avec n’importe quelle main. Je décide évidemment de me servir plus tard de cette info qu’il a, si l’occasion se présente.

C’est alors que je me retrouve avec au bouton. Je relance à 800 sur des blinds 150-300. Le joueur agressif est au BB et me call. Flop . Il donk bet 80% du pot et après une réflexion de 10 secondes, je call, pour masquer un tirage avec lequel la plupart des joueurs inexpérimentés auraient fait un call instantané. La relance sur son donk bet serait ridicule ici. Il est tout-à-fait capable de me 4-bet à tapis. Il lead, donc autant en profiter pour contrôler le pot.  Turn : . C’est ma carte gagnante (à moins qu’il ait KJ). Il mise 3500 et là, je call assez vite. Pourquoi? Parce que ça ressemble à un call en triage. Il y a maintenant deux cœurs. J’ai donc simulé une pair quand je tirais, et simulé le tirage quand mon jeu était rentré. Il ne peut que rarement me voir sur une quinte faite au turn. J’ai attendu au flop pour call et payer rapidement au turn, comme si je tirais pour pas trop cher, une carte ventrale, avec un 9 ou un J en main, ou bien avec deux cœurs. Jamais il ne croira que malgré deux cœurs au board, je fasse juste un call rapide avec la quinte. A la limite, si je veux slowplay, je réfléchis un peu avant de faire le call. Je sais qu’il ne pourra jamais me lire. D’autre part, il lead. Je relancerai sa mise au river si la seule carte horrible ne vient pas, le J. Même le cœur runner runner ne m’inquiètera pas. Et s’il ne mise pas, j’aurai la position pour faire le value bet. River : . Carte excellente ! Monsieur fait tapis 18.000, je call instantanément, il se lève, me serre la main et dévoile pour un 3 barrel bluff avec air. Je passe à 64k après ce coup, content de sortir le seul danger réel à cette table.

Ensuite, je commence un petit show. Sur l’espace d’une demi-heure, je bluff 4 personnes différentes sur 4 pots différents et les 4 sont un succès car j’emporte à chaque fois le pot. Sur cette période de temps, je décide de leur montrer à  chaque fois le bluff en disant : “toi je ne t’ai pas encore énervé, c’était ton tour”. Je me crée une image. Ensuite, après avoir montré un quart d’heure de jeu plus sérieux avec des bons jeux abattus, une cinquième tentative de bluff ne passera pas. Je dis alors : “nice call” et j’essaye de rester en très bon terme avec tous les adversaires. L’Irlandais à ma droite commence à ne plus me croire et à ne plus me laisser voler et je constate que son jeu passif du début est devenu beaucoup plus défensif.

C’est à la pause que Davidi me dit que je joue depuis le début du tournoi avec le patron de Winamax, Christophe Schaming, à ma gauche. Je l’avais trouvé très sympa depuis le début mais j’étais loin de me douter que j’avais quelqu’un de cette importance à côté de moi. J’avais soudainement envie de le garder à côté de moi jusqu’à la fin de la journée pour qu’il observe ma façon de jouer. On ne sait jamais que sur un malentendu, il me propose un truc, même s’il n’est sans doute pas celui qui gère la team :). Je rigole, je sais bien qu’il en faut plus que ça pour obtenir un sponsor. Mais c’est malgré tout une aubaine de faire sa connaissance. C’est alors que je trouve au CO. Je relance à 750 sur les blinds 150-300. Christophe est au bouton et me reraise à 1700. Il avait joué un jeu assez passif depuis le début, et ce move était surement motivé par une grosse main. Avec 65.000 devant moi, je décide d’ajouter ces 950 jetons et de réévaluer au flop. Flop: . Dans un élan de stupidité, mixé à de la bonté en moins grande quantité, je mise son tapis, 12.000, dans l’unique but de lui faire comprendre que j’ai touché mon flop et qu’il doit s’en aller. Je ne veux pas tout lui prendre et c’est pour ça que je donk bet. Je veux qu’il reste encore un peu. Il me call instantanément et dévoile . Turn: . River: et il double son tapis sur le mien qui redescend à 52.000. A ce moment, et ne pouvant pas lui expliquer la raison de ce move idiot, je me sens con, mais con… En gros, j’ai voulu me contenter de l’argent misé préflop, et abandonner la maximisation de la main postflop, par sympathie pour le joueur. En tant normal, j’aurais checké, il aurait misé et j’aurais pu passer ma main, selon la lecture du size betting du joueur en particulier, sur base de ce que j’avais déjà vu de lui avant. AA, AK et KK étaient les seules mains de sa range qui étaient devant moi. Avec 22 ou 33, je ne le vois pas sur-relancer ma relance préflop. En jouant normalement, j’aurais pu resserrer sa range au flop, sachant bien, vu sa prudence depuis le début du tournoi, qu’il n’allait pas faire un gros Cbet avec juste 88, 99 ou AQ. En gros, au lieu d’avoir l’air gentil, car je comptais lui montrer mes cartes après son fold, j’ai eu l’air d’autre chose…

Ensuite arrive deux sièges à ma droite, un fou, un joueur qui fait vraiment n’importe quoi. Over-agressif. Il relance tous les boutons et tous les cut-off. Ce n’est pas un bon joueur, car il risque tout son tapis sur des spots où ça n’en vaut pas la chandelle. Il a près de 70.000 à son arrivée, et je comprends comment il les a atteint. Il fait par exemple un Cbet all-in pour 65.000 sur un pot de 7.000 parce qu’il a touché top pair avec , sur un flop . Vu l’action préflop, rien n’excluait une pair de cinqs dans la range de mains d’un des 2 joueurs encore présents, dont moi, avec un tapis équivalent. Il est dur de jouer contre lui au début, et il me faut un temps d’adaptation avant de bien cerner son jeu. Je suis contraint de rendre mon jeu bien plus passif. En effet, lorsque je suis aux blinds et qu’il relance en position, le resteal ne sert à rien car il les call tous. Personne n’a de fold equity sur lui lorsqu’il a décidé d’ouvrir un pot. D’autre part, lorsque je fais un Cbet à 3000 sur pot de 4000, il fait des check-raise énromes. Il relance à 40.000 par exemple et dévoile alors son gros jeu au flop (top pair bon kicker, deux pairs,…). D’un côté il est lisible mais lorsque j’aurai enfin adapté mon jeu, j’aurai perdu pas mal de jetons. Il n’y a pas d’intérêt à relancer ce gars avec rien, ou à le check-raise. Je m’en rends compte un peu trop tard. En plus de cela, certains bons tirages qui ne rentrent pas font chuter mon tapis à 23k. Je change alors radicalement mon jeu contre lui et décide de tout call. Parfois au bouton, lorsque sa main est vraiment médiocre il ne fait qu’un limp. Et là, je n’ai aucun intérêt de relancer au BB parce qu’il paye toute relance, et après je dois jouer hors-position avec un pot trop gros. Le SB a aussi compris le système et limp après lui. A un moment j’ai , et à nouveau, suite au limp du maniaque au bouton, je check simplement. Sur un board , je call sa mise rivière avec sur ce pot contrôlé où je le laisse miser à chaque street. Je gagne le pot avec mon As high. Je repense alors à tous les coups joués avec lui, et constate que son size betting permet une lecture de son jeu avec précision. Lorsqu’il n’a rien il mise 1000 sur chaque street quelle que soit la taille du pot, et lorsqu’il rencontre quelque chose sur le board, c’est 10.000, 20.000. Grâce à ces lectures, je remonte bien, à 47.000 presque exclusivement contre lui et sans prendre de gros risques. Nous somme alors à une demi-heure de la fin du Day 1, je suis un peu au dessus de la moyenne, près à attaquer le Day 2, lorsqu’arrive un coup: j’ai , et le même maniaque refait les mêmes bêtises. Il limp au bouton, et nous voyons le flop à 3 avec un autre joueur situé UTG+1. Flop: . Je check, sachant que le maniaque, s’il est premier à parler va ouvrir le pot, et je ne vais même pas le check-raise, car si je commence à faire monter les pots contre lui hors-position, je suis en danger car on dirait qu’il est prêt à prendre des énormes risques et s’en fout de sauter rapidement. Autant le lire et agir en fonction des lectures puisqu’elles sont si faciles, en fonction de son size betting. Il mise 1500, je call, et le troisième call. Turn: . Je check, le suivant check et le maniaque mise 2000. Pour moi, je suis très souvent devant avec ma dame ici, son 2000 ne veut rien dire.  Je call les 2000.  Le gars après moi, qui avait été très tight toute la journée, et qu’on n’avait pas encore beaucoup entendu, relance à 7000. Il a l’air de savoir un peu jouer et c’est là que je fais une erreur: je surrestime le gars en question. J’entre dans une réflexion. Je me dis que le mec a compris que j’étais sans doute un peu light à cause de mes calls passifs depuis le flop. Je pense qu’il a aussi compris que le maniaque n’avait sans doute pas grand chose, puisqu’il jouait comme ça depuis qu’il était arrivé à la table. Je me dis donc qu’il essaye d’arracher le pot avec pas mal de fold equity. Même s’il a touché un roi, je ne peux pas le voir sur KQ ou sur AK. Je ne peux pas le voir non plus sur une autre double pair vu ses rares calls préflops. Comme il a call UTG+1 ici. Et pour moi, avec juste un roi, j’ai du mal à croire qu’il fait 7000 ici, vu qu’il est très tight. Le maniaque passe, et je ne sais pas ce qui me prend, je call les 5000 supplémentaires dans un élan de folie alors que ma première idée était clairement de passer. River: . Je check et le mec mise 10.000. Le problème ici est que, tout comme sa mise au turn, il fait cette mise très lentement, calmement, en faisant glisser légèrement les jetons sur la table à tapis glissant. Je prends ce geste comme un tell. Il contrôle son bluff en faisant comme s’il était très à l’aise. C’est comme s’il prenait le maximum de précautions pour qu’on ne détecte pas de tells dans son bluff. Je réfléchis et je call, comme un âne. Il a pour un brelan flopé. Finalement, c’est une situation très polarisée. Soit il n’a rien, soit il est énorme. Le brelan flopé était vraiment invisible ici. Cependant, mon erreur a été de faire des calls contre un gars, pour lequel il n’y a aucune raison de croire qu’il bluff, vu qu’il ne l’avait jamais fait depuis le début et avait montré un jeu très serré. Je redescends à 28.875 en fin de Day1 avec 16 M pour le Day2.

This entry was posted in a. Tournois live, Tous les posts. Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *