Un bourreau au tournoi, un bourreau au cash game.

Namur, 7 septembre 2009.

Arrivé à Namur pour jouer le tournoi bounty 150+10 du lundi, dont 100 euros de buy-in et 50 par bounty, je retrouve à ma table plusieurs têtes connues, dont un joueur que je ne trouve pas mauvais du tout. Ce sera mon bourreau à ce tournoi… Il n’y a pas grand chose de plus à raconter que les deux mains qui suivent :

Au début du deuxième level, je reçois en milieu de parole, sur des blinds 50-100, avec un tapis de 5900, pratiquement le tapis initial. La table est assez tight depuis le début, et je décide de relancer à 300. Si la table avait été plus loose, j’aurais peut-être fait 4 fois le BB à 400. Le bouton call et le BB aussi. Flop: .  Le BB check et c’est à mon tour de parler. A l’habitude, je mémorise toujours les couleurs de mes cartes, mais là, je n’ai pas eu la présence d’esprit de le faire, et je ne sais absolument pas si je possède l’as de pique . Le vérifier maintenant enlèverait souvent de ma range, et face à ce bon joueur au BB, deux piques en main. Car lorsqu’on a deux piques en main, on s’en souvient. Je décide de miser 600 dans ce pot de 950, et de vérifier plus tard, au turn, et après un délai de réflexion si j’ai le pique. Le bouton passe, et le BB me call. Il a souvent un pique en main, au moins un, ou alors la top pair, le valet et veut contrôler le pot hors position. Turn: . Le BB check. Je vérifie ma main et constate que j’ai bien l’. La quinte est maintenant faisable en une carte, le 10. A ce moment, j’en suis convaincu, le coup optimal est de check behind. J’ai toujours joué comme ça avec un gros tirage au turn en position. Pourquoi ça changerait. Comment peut-on miser ici au risque de se faire check-raise par un dix ou une autre belle main, qui nous empêcherait alors de voir gratuitement un pique une fois sur 5 au river, avec cette fois-ci la quasi-certitude d’être devant (quasi à cause de la quinte flush possible). Si le pique ne sort pas, on peut call la mise rivière de l’adversaire à moindre coût, et contrôler ce pot dans ce spot dangereux pour les as. S’il fait un réel value bet, dans ce pot de 2150, il le fera souvent vers les 60 à 80% du pot pour environ 1500, tel que je connais ce joueur et selon l’image qu’il a de moi et de ma tendance à le payer. Mais dans un élan d’erreur et de stupidité, je me surprends à miser ce turn, alors que je sais très bien les risques que ça comporte. Cela n’a pas d’intérêt si ce n’est prendre de la valeur sur son éventuelle top pair ou sur un gros pique qu’il aurait en main. Une top pair, il va la passer, étant donné qu’il y à une quinte faisable en une seule carte. Je le chasserai de ce coup avec son J, alors que d’une part, en checkant au turn et faisant un petit value bet en position à la rivière, j’avais plus de chance qu’un J me paye, me croyant bluffeur. S’il a vraiment une top pair, il n’a que peu de outs pour me battre à la rivière, je peux le laisser tirer pour son J ou la répétition de son kicker sans trop de danger. S’il a un gros pique et que le pique ne vient pas à la rivière, j’aurai pris de la valeur sur sa main, alors que je n’aurais plus pris un seul jeton à la rivière. S’il touche son pique à la rivière, je peux envoyer le reste de mes jetons et serai souvent payé, car j’ai fait monter le pot au turn. Mais, ces raisons ne sont clairement pas suffisantes pour contrebalancer l’aspect négatif du check-raise potentiel au turn. Je le sais bien et je m’en suis voulu, reconnaissant tout de suite mon énorme erreur. Au turn, je fais 1400 et il me min-check-raise à 2800. Un regret s’empare de moi,  car on peut le dire, j’ai perdu 1400 supplémentaires sans avoir la possibilité de tirer mon pique. A ce moment-là, le pot contient 300+300+50+300+600+600+1400+2800 = 6350. Si l’on ne tient pas compte de la nécessité de survivre en tournoi, payer 1400 supplémentaires me donne un cote supérieure à 5 contre 1 ((6350+1400)/1400), sans compter la cote implicite éventuelle. Et comme j’ai 20% de chance de toucher le pique (à supposer qu’il n’en ai pas dans sa main), le call est correct. Je sais bien que je suis battu au turn. Si je call, c’est juste pour le pique, et absolument pas dans l’espoir d’être encore devant. Il n’y à donc qu’une erreur théoriquement dans ce coup, et c’est ma mise au turn. Il va de soi que je n’aurais pas payé un raise plus gros que 1400. Son minraise m’ennuie d’ailleurs, il me donne juste la cote pour faire le call. Si je ne touche pas le pique, mon tapis sera descendu à 2200. Si j’avais fait un check au turn pour payer une mise d’environ 1500 à la rivière, j’aurais pu économiser 1300 jetons. River: . Cette carte n’arrange pas mes affaires. Disons que maintenant, je bats une éventuelle double pair (qui ne contient pas le 8), mais je n’y crois pas. Il check, et je check immédiatement. Il montre alors un air de dégoût. Il s’attendait à ce que je mise cette rivière. Il abat pour une couleur flopée. En fait, je pense qu’il a eu peur du full et qu’il n’a pas misé à la rivière pour cette raison. Ensuite, il a feint d’être dégouté, un peu gêné de ne pas avoir continué l’attaque. C’est un bon joueur, comment pouvait-il croire que j’allais reprendre la main ici en bluff ou avec un jeu moyen. C’était donc de la crainte qui l’a mis en mode check-call. D’un côté c’est un peu bizarre, car même si j’avais envoyé mes 2200 jetons restants, il aurait payé, d’un autre côté, si j’avais eu un dix en main, j’aurais fait un check behind aussi. Sa seule manière de me prendre le restant de mes jetons, si j’ai un dix en main, était de miser mon tapis en premier. Je n’aurais bien sûr pas call avec mes as.

Quelques mains plus tard, et au blinds 50-100, deux joueurs limp, ce même joueur mise 300. Deux  personnes limp et je suis au BB avec . J’ajoute alors 200, m’attendant à ce que les deux premiers limpeurs complètent aussi, pour jouer ce pot avec 5 adversaires. Il y a 1800 dans ce pot et mon tapis est de 2000. Flop , pas très attrayant pour moi à priori. Sb check, moi aussi, et les 4 joueurs restants aussi, tout comme l’ouvreur préflop. Le turn est gratuit et est un . What a turn! Je ne suis actuellement battu que par une couleur floppée, mais elle est peu probable d’une part au niveau des statistiques, d’autre part au vu du check général au flop. Les joueurs à Namur ont une forte tendance à ne jamais slowplay une couleur inférieure à la couleur max, pour faire payer un carreau supérieur. Moi j’aurais plutôt tendance à contrôler le pot au flop et la checker justement (dépendant de la position), attendant que le turn ne soit pas un carreau. Si c’est le cas, alors je pourrai prendre de la valeur sur les éventuels tirages, avec une main beaucoup moins lisible, que si j’avais repris la main en début de parole au flop. Et si le carreau vient au river, je pourrai toujours abandonner à moindre coût. S’il ne vient pas, ma main invisible pourra être bien mieux rentabilisée. Revenons à notre coup. Je pense donc que la seule couleur dangereuse est la nut flush, celle avec l’. J’ai un petit soupçon par rapport au bon joueur qui a relancé avant le flop et check au flop, il peut slowplay, mais ça reste peu probable. Je mise mes 2000 jetons restants, deuxième de parole sur ce turn, dans l’espoir de faire payer un gros carreau, hors cote puisqu’il va call 33% du pot avec 20% de toucher. Mais les gens réfélchissent “bounty”. Un seul joueur me call, et c’est le relanceur préflop, le même joueur que la main relatée précédente. Je lui montre ma quinte et il abat , absolute nuts. Merci, et bonsoir ! Net : -160 euros

Cash game à 2-2 à Namur:

Je décide alors d’aller jouer un peu de cash game. J’essayerai d’être un peu plus bref ici, car je dois écourter mes posts à l’avenir, d’une part pour le temps que ça me prend de les écrire, temps pendant lequel je ne peux pas jouer, d’autre part, pour ne pas lasser le lecteur. Je parlerai donc de 3 mains ici. Installé avec 200 de tapis à une 2-2, la table est assez passive, toujours loose, et je me sens à l’aise. Il y a même le beau fish dont je parlais hier. Je m’y suis d’ailleurs assis pour ça. Seulement, on dirait qu’il est un peu moins fish qu’hier, ou qu’il a un peu moins bu. Après une heure de jeu, j’ai fait un mauvais départ, et je perds environ 150 euros. Lorsque mon tapis descend trop, je rencave pour remonter au niveau des autres tapis, jusqu’au maximum autorisé de 200. Un joueur que je connais, et qui est d’une médiocrité exemplaire, vient s’asseoir, pour mon plus grand contentement. Ce joueur est un gambleur, qui à l’habitude du black jack et de la roulette. Il aime miser 30 sur des blinds 2-2 pour se donner des sensations et le fait fréquemment.  J’ai environ 200 euros, et lui a 350 après quelques tours de table. Je trouve en mileu de parole et ouvre à 14 ou 16. A Namur, les tables sont tellement loose, que ces relances sont devenues les standards. 3 personnes me call malgré tout, dont lui. Flop: . Très beau flop, il va maintenant falloir optimiser. Sur ce pot entre 64 et 70 euros (vu les quelques limpeurs avant moi), je décide de créer le piège et de masquer ma main. Après deux check,  je mise 16, troisième à parler. Je veux qu’on me sente faible, et qu’on pense que je fais un continuation bet minable. Le but est de me faire relancer. Deux joueurs passent, et le mauvais joueur call. J’ai la position sur lui. Turn: . Il check, je mise 60 car, je sais que s’il a call au flop, il ne va pas lâcher au turn. Je ne le vois pas sur KJ, car il a hésité avec les 16 au flop, et il aurait call beaucoup plus vite sinon. Peut-être un dix, un trois, un tirage ventral. River . Il check, et là je prends un peu de temps. Après dix secondes, et en un éclair, je mise les 90 restants de mon tapis, qu’il call à la vitesse de la lumière, me montrant un . Je lui montre mes cartes et il muck sa deuxième carte. Il dira après qu’il avait deux pairs, donc full soi-disant, mais pas un seul des convives n’en croit un mot. Il a juste call compulsif avec son unique pair pour toucher une double ou un brelan, ce qu’il a, heureusement pour moi, touché. Je repasse alors à 430 de tapis, presqu’even de mon cash game.

C’est alors que je reçois . Je mise 12, il me relance à 24. Sans savoir comment l’expliquer, je le vois sur une main comme AT, AJ, AQ. Je sais, vu son tempérament, et le metagame, qu’il va call une mise à tapis. Je mise son tapis pour 160 euros, et il call instantanément. Je ne suis même pas étonné de voir qu’il retourne . Ce gambleur est mauvais, et je profite de l’équité que ça peut m’apporter. Seulement, avec lui, et contrairement à ce que je fais aux tables électroniques, j’ai tout intérêt à jouer un jeu avec plus de variance. Sachant qu’il va très souvent mettre tous les jetons préflop, c’est beaucoup plus intéressant que de le jouer prudent. Le board donne ceci: , et je perds la confrontation, que je dois remporter près de 68% du temps.

Un tour de table plus tard, je suis au BB avec 260 de tapis et . 5 ou 6 personnes limp, dont le gars en question. Le flop est . Le gars mise 16 dans un pot de 16, tout le monde passe, et je call. Je sais que si mon tirage sort, je vais avoir une cote implicite énorme contre lui, qui justifie ces 16 dans ce pot de 32. Je sais aussi que je pourrai être vigilant face aux deux outs qui donnent la couleur en même temps que ma quinte et pourrai lire s’il l’a touchée, assez facilement. Le turn est magique: . Il mise 60. Il confirme qu’il est très fort, et ne passera jamais une double pair, un brelan. Je ne le vois pas du tout sur tirage couleur, mais même s’il en a un, il est capable de payer hors cote. Encore mieux, dans ce spot, je vois bien qu’il ne passera aucune mise. J’envoie tapis pour 184  supplémentaire. Cela peut sembler démesuré, mais je veux tout lui prendre, et je sais qu’il a d’énormes chances de faire le call, je le sens fort. Il me call immédiatement et montre . Ca ne m’arrange pas trop, j’aurais préféré une double pair, car avec une double, il n’a que 4 outs, avec un brelan, il en a 10. J’ai cependant réussi à amener cette situation, où je lui fais mettre tout mon tapis au turn avec plus de 77% de chances de gagner le pot. Malheureusement, le river est un , qui lui donne le full. Me voilà déstacké !

En terme d’expective value, je n’aurais pas pu espérer mieux de ces deux coups. Seulement, le short term a décidé que ce n’était pas mon soir. Je n’arriverai pas à remonter la pente dans la dernière heure de jeu et finirai la session avec un net de -442 euros

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