EPT Deauville: mon day 1A

Deauville, 25 janvier 2011.

Arrivés de Bruxelles la veille, en voiture avec Jean-David Einhorn, nous nous installons et nous imprégnons de l’ambiance.  Je croise rapidement quelques têtes féminines connues, comme Barbara Martinez, Lucie Cailly et retrouve mes compatriotes du Casino de Namur, Michel Fajga et Mustafa Capan. Je rappelle, pour ceux qui n’ont pas encore lu les précédents posts, que j’ai obtenu mon package pour l’EPT Deauville au Casino de Namur, en Belgique,  deux semaines plus tôt, en gagnant le tournoi réservé aux 50 premiers joueurs du classement annuel. Nous rentrons à notre hotêl assez tôt pour être en forme le lendemain.

Mustafan Capan, jontheriver, Michel Fajga

Le jour 1A arrive et nous allons tous les 3 à la caisse de l’EPT pour l’inscription et l’attribution des tables et des places. J’y croise Bruno Solo. Je ne pense pas qu’il se souvienne avoir rejoint, 8 ans plus tôt une petite partie privée sur Bruxelles où nous avions joué à 6 toute l’après-midi et estime à 0.007, la probabilité qu’il me reconnaisse si je lui en parle. Je décide de ne pas l’ennuyer avec ce genre d’informations inutiles 30 minutes avant le coup d’envoi.

Table 10, siège 6, voilà la place qui m’est attribuée pour mon premier EPT.  Dois-je croire en un quelconque rapport avec ma date de naissance, le 10 juin? Dois-je en déduire que ma journée se finira avec 77k, puisque l’année de naissance est l’élément manquant de l’équation? Trève de paranormal, je m’installe. Mes écouteurs et mes lunettes sont prêts à l’emploi. J’ai 30.000 jetons devant moi, et les blinds sont à 50-100.

Après 15 minutes de jeu, il n’y a plus de doute. Tout le monde a un certain niveau à la table, et personne n’est là pour offrir son argent. Après un tour de table, je constate que le joueur à ma gauche est très agressif. Il ouvre presque tous les coups préflop lorsque personne ne l’a fait avant lui. Postflop, il n’hésite pas à arracher le pot s’il a ressenti la moindre faiblesse chez les joueurs qui le précèdent. C’est après ce premier tour que j’adopte un jeu très small ball, où je paye toutes les relances (2-bet), si j’ai la postition et une main bonne, moyenne ou marginale. Bien sûr, je ne joue pas les grosses poubelles comme . Je décide de montrer rapidement une image de jeu qui a pour but de freiner les agresseurs qui ont décidé de marcher sur la table depuis le début du tournoi, et prend petit à petit ce rôle moi-même pendant une demi-heure. Les pots sont souvent relancés, mais il arrive que quelqu’un limpe depuis une postion assez early. Souvent, cela fait suite à plusieurs limps derrière. Je trouve et limpe à 100 suite à un limp. De manière assez prévisible par rapport à son historique, le gars à ma gauche relance à 400. Le limpeur initial passe et je paye. Flop: . Je checke et il mise 725. Je décide de payer et de le floater hors-position Je décide d’aviser de mon action au turn en fonction de la carte. Je risque de donk better sur une figure au turn, et de check-raiser à l’inverse. Bien sûr je joue un gut shot, mais je le considère plus comme un bonus. Turn: et mon gut shot est rentré. Je décide de check-raiser, mais il check behind. River: . Je donk alors 2500, environ le pot. Comment pourrait-il me voir sur un 4 ici. Je pense que même avec un jeu très faible, il peut faire le hero call. Il me call rapidement, je montre et je ramasse le pot. Il me dit plus tard qu’il avait brelan au flop, je ne sais pas si je dois le croire, mais ça n’a pas d’importance. Pendant la demi-heure qui suit, je joue 60% des mains, et monte quelques jetons sur cette table qui n’est pas encore réveillée et qui s’est un peu calmée. Je passe à 35.000. Je n’ai pas le temps d’écrire les coups peu importants sur mon iphone mais me souviens de celui-ci. J’ai et ouvre à 225 en middle position. Je suis payé par le bouton qui me paye de plus en plus fréquemment en position préflop, puisque dès que je suis premier ouvreur potentiel et que ma main est dans les 60% des mains les plus fortes, j’ouvre. Flop: . Je miss complètement. Depuis deux tours, j’ai déjà fait 4 cbets au flop suite à mes ouvertures préflop, et 3 sont passés sans problème. L’un a été payé, et je n’ai pas pu envoyer un second barell au turn hors-position, car ce turn était trop dans sa range. Ici, je décide de check-raiser le flop avec rien. Dès qu’il ressent de la faiblesse il n’hésite pas à s’octroyer le pot. Dans ce pot de 600, je check et il mise 450. Je relance à 1200 et il passe. Je me sens bien, et chaque pot gagné augmente ma confiance dans ce premier EPT.

Je commence alors à ressentir sur un ou deux coup une résistance qui n’est pas trop onéreuse, et décide de changer de vitesse. Je me fais plus petit pendant la demi-heure suivante, bien plus tight. Anthony Lellouche arrive à ma table, 3 sièges à ma droite. Je suis agréabalement surpris car j’apprécie beaucoup ce joueur, d’une part par sa sympathie dans les interviews que j’ai pu voir de lui, d’autre part, par sa maîtrise du jeu dans tous les recoins. Il est pour moi l’un des Français les plus avancés techniquement. Il joue très tight en ce début de tournoi, et ne 3-bet jamais. Il prévoit sans doute un changement de vitesse très prochainement. Je ne me frotte pas à lui, sauf peut-être une fois. Je squeeze un depuis le SB, sur une relance de Lellouche à 250, payée par le gars au bouton. J’envoie 825, les blinds, Lellouche et le bouton passent.

Je décide alors d’écouter de la musique. Je mets AIR, mon groupe préféré. C’est incontestable, AIR est la meilleure musique pour moi à la table. Elle est planante et augmente  ma confiance de manière significative. Au niveau EPT, il est moins important de tenir compte des tells des gens puisqu’il n’y a pas de fish à la table. Les informations perdues en écoutant de la musique sont minimes. Cependant… Premier ouvreur au bouton, je décide alors de miser 500 sur les blinds 75-150. Je n’avais encore pas fait plus de 3 fois le BB dans mes ouvertures et cette nouvelle mise devrait donner plus de chances à mon de remporter le pot immédiatement. Seulement, je constate vite que, distrait par ma musique, je n’avais pas vu l’ouverture d’Anthony à 350. On appelle le chef de salle pour demander quelle doit être ma mise minimale, si je peux juste call ou dois relancer. Je dois ajouter 50, pour faire 550, les blinds passent et Anthony me paye, sachant très bien que je ne l’avais pas vu ouvrir. Flop: . Il check et je check behind. Turn: . Il check. Bien sûr, je dois essayer d’arracher le pot ici, mais n’ai pas encore envie de faire face à un check-raise d’Anthony qui me déstabiliserait. River: . Il check, j’ai souvent la main gagnante, et aucune envie de value better ici pour être rarement payé par moins bien. Je check et gagne le coup avec ma paire de trois. Il esquisse un sourire en voyant ma main.

***************

Me voilà de retour le 5 février 2011, pour relater la suite des événements. Cela fait 10 jours que j’ai joué ce day one, mais pas mal de notes sur mon iphone me permettent de continuer.

Suite à cette tentative de vol avec , dans laquelle j’ai été contraint de montrer mes cartes, ce qui n’était pas prévu à la base, je décide de ralentir la cadence et de me faire oublier, jouant très tight pendant l’heure qui suit et prenant le temps de tracker de mémoire les fréquences des actions de mes opposants. A ma droite, deux non francophones. Celui juste à ma droite est extrêmement tight depuis le début et n’a jamais fait de 4-bet préflop ou 3-bet au flop. Deux sièges à ma droite, un gars assez calme aussi, cepdendant, je l’ai vu faire un bluff à la rivière pour un tiers de ses jetons, essayant de représenter un 9 improbable sur un board . Payé par son opposant qui avait , il a du dévoiler . Je n’ai plus le déroulement du coup exact en mémoire, mais je sais maintenant que malgré sa tightitude, il est capable de faire un gros bluff.

Arrive alors un poisson à la table, sans doute le seul que je croiserai en cette journée. Il a une montagne de jetons, pas loin de 65.000. Il montre quelques coups où il n’hésite pas à envoyer tout ce qu’il a devant lui avec une top pair au flop. Sans entrer dans le détail, il est très vite content de son jeu. Il touche également du gros jeu. Il slowplay un carré de dix floppé jusqu’au bout, et n’extrait absolument aucune valeur. Lorsqu’il mise à la rivière, dernier à parler et que tout le monde passe, il montre ses cartes. Il est vraiment mauvais et tout le monde l’a compris, Anthony aussi. Malheureusement Anthony se fera sortir par lui. Ce que je garde comme impression de ce coup, est que le fish de la table était encore plus mauvais qu’on ne le pensait. Sans expliquer le coup dans le détail, et n’étant sûr de mémoire que du Turn, carte la plus haute sur table, sur un board avec un flop à tirage couleur, genre , le gars mise préflop et au flop et Anthony call préflop et float en position au flop. Le turn est un et le gars mise 6000, continuant son agression. Antho le paye. Le river est une carte qui n’apporte pas de tirage probable, je pense un . Le gars mise à nouveau 6000, même mise qu’au turn. Antho pousse son tapis et se fait payer. Le gars show , Antho dévoile un jeu innatendu, et se lève en serrant la main du gars. Pour moi, c’est un beau move d’Antho. C’est mon avis, et j’espère pouvoir un jour lui demander si la raison de son move est celle à laquelle je pense, mais voilà ma pensée. Antho met le type sur un tirage ou même pas grand chose. Ce que ce gars fait n’a aucune cohérence. Lorsque le roi arrive au turn, il continue l’agression avec une mise de 6000. Et à la rivière, il refait la même mise. Sans doute, Antho pense que le gars le voit sur un tirage raté et bluff à la rivière. Lorsqu’on analyse la façon de jouer du type, il s’expose, premier de parole au turn avec une paire de dame, au lieu de contrôler le pot. Mais cela passe encore, car il peut emporter le pot tout de suite. Mais lorsqu’Antho paye au turn, comment le fish peut-il encore faire un value bet de 6000 à la rivière en espérant être payé par moins bien qu’un roi. Le check-call à la rivière était indiqué. On ne peut même pas parler d’un blocking bet. Soit Antho bat les dames, soit il a raté son tirage. Cette incohérence dans les mises du gars a incité Antho à arracher le coup sur la fin.

Un peu après arrive à la table Arnaud Esquevin. Il est sponsorisé Barrière Poker. Je connais sa tête mais ne sais plus où je l’ai vu. C’est après le tournoi que je comprendrai avoir justement maté quelques vidéos de l’EPT Deauville 2009, la semaine d’avant. Il a fini second en 2009 et voilà d’où je le connais ;). Depuis le début du tournoi, je ressens une difficulté à faire payer des values bets à la rivière avec un gros jeu car les joueurs sont bons. En effet, lorsqu’on joue toute l’année à Namur, on constate que les gens y gaspillent souvent leurs jetons pour voir le jeu de l’adversaire. C’est pas la même histoire à l’EPT.  Je décide alors de masquer au mieux mes beaux jeux pour extraire un peu plus de valeur que dans une façon de jouer standard. Je trouve au SB sur des blinds 150-300. Arnaud ouvre à 750 depuis le hijack. Le CO et le bouton passent. Je relance à 2150 du SB. Tout le monde passe et Arnaud me paye. Flop: . Plutôt que de faire un Cbet standard qui fera souvent jeter le jeu d’Arnaud dans la défausse, je décide de faire croire qu’un As me fait peur. Je check et il check behind. Turn: . Ici je décide de checker également. C’est sans doute un check-raise même si je n’en suis pas encore tout-à-fait sûr. Mais comment pourrait-il me voir sur un As vu mon check au flop. Si je check-raise, le problème est qu’il peut aussi me voir sur un set slowplayé au flop, comme QQ. Si je call une éventuelle mise au turn, je peux check-raiser la rivière, ce qui rapporte souvent plus. Suite à mon check au turn, il check aussi. River: . J’ai les nuts. Je mise 4000 dans ce pot qui n’en pèse pas beaucoup plus, et me dis :”bon j’ai masqué cette main au mieux, maintenant il faut que le value bet passe, ça fait bluff quand-même, il ne peut pas me voir sur un As ici”. Vu son hésitation, je commence un show hollywoodien, où j’essaye de faire des contre-tells pour qu’il croie que je bluff. Je fixe le board sans oser broncher, j’ai le regard fuyant sans le fixer lui, je tiens mes cartes bien précieusement” Il me call, ouf. Je dévoile mes nuts et il muck. Je ne sais pas ce qu’il avait, je pense une pocket inférieure à la dame. Après réflexion, je me demande si le fait de miser au turn n’aurait pas été meilleur. Je masque déjà mon As au flop en checkant, donc si je mise au turn, il y a déjà incohérence. Cependant, je ne voulais pas qu’il croie que j’ai peur du tirage coeur, et que donc je me réveillais enfin avec mon beau jeu. Au contraire le fait de checker le turn peut faire croire que je tire moi-même quelque chose.

Dans les deux heures qui suivent, je redescends à 22.000, suite à deux mauvais coups. Je rate un bluff sur la rivière dans le premier, et pour le second, le voici. Un gars est arrivé à la table avec un beau tapis. Il a montré un énorme bluff a la rivière qui a échoué. Je ne le voyais pas bluffeur sur ce coup-là. Un brelan avec un mauvais kicker a hésité longtemps avant de le payer. Quelques coups plus tard, j’ai et je suis au bouton. Sur les blinds 150-300, deux personnes limpent et je limp aussi. Ce genre de coups limpés sont rares, mais existent. Flop: . Soudain le nouveau joueur, au BB, donk bet à 700. Tout le monde passe jusqu’à moi. Comme il est BB, je décide de faire le call pour réévaluer au turn. Le Turn est un . Me voilà avec deux pairs max. Il mise 2200. Je décide de faire juste un call profitant à nouveau de ma position pour réévaluer sa mise à la rivière. 97 n’est pas une main impossible, 66 aurait pu être jouée comme ça hors position depuis le BB. Le donk bet avec 66 est une bonne façon de masquer sa main, et comme ce joueur semble bon, ce n’est pas impossible. Il peut aussi être sur les piques depuis le flop, mais ça me semble déjà moins probable. 9Q aussi donne le tirage quinte ouverte au flop. River: . Il mise 4000. Cette rivière fait rentrer tous les tirages possibles et imaginables. Peut-être était-il sur les piques, sur la quinte ouverte. Peut-être avait-il déjà la quinte. Ma double pair est bien jolie, mais je ne bats qu’un bluff ici. Il a déjà bluffé récemment, mais il sait que c’est récent et que j’en ai encore le souvenir. Me voyant payeur au flop et au turn, il pourrait penser que je joue aussi les piques. Sa mise à la rivière devient donc dangereurse. De plus, soit j’ai un tirage et il rentre avec ce neuf de pique, soit j’ai une main concrète au flop, avec laquelle le valet du turn ne me dérange pas. Comment pourrait-il espérer me bluffer ici. Je décide de passer, estimant qu’il doit avoir touché ses piques. Sans doute avait-il les piques avec la top pair, le dix au flop. La lecture que j’ai de son jeu est très vague, mais j’ai vraiment le sentiment d’être battu ici.

Je change alors de vitesse et devient pendant la demi-heure qui suit, l’agresseur de la table. A la pause qui suit, je note cette série sur mon iphone. Je trouve au Sb sur les blinds 200-400 ante 50. Un gars ouvre a 1050 en middle, un autre le call au CO et je squeeze à 3600 du SB.  Tout le monde passe. Au coup suivant, j’ai au BB. Le coup est limpé à 400 par 2 personnes et le SB call aussi. Je relance à 1800. L’un des 3 opposants paye, celui qui se trouve au hijack, les deux autres passent. Flop: . On peut parler d’un flop raté. Je mise 2700 et il passe. Je n’ai pas montré ma main une seule fois depuis le début, s’il n’y avait pas de showdown. Trois coups se passent sans moi et je trouve en middle (UTG+4). Je suis premier ouvreur à 1100. Le bouton me call et les autres passent. Flop: . Je dois faire le Cbet ici. Mais je décide de le faire light à 1500 dans ce pot qui doit avoisiner le double, dans le but d’être relancé et d’évaluer, à la taille de la relance du gars si je pourrai lui revenir dessus. Lorsque le flop était apparu, j’ai observé le regard de ce gars au bouton. Il est moins expérimenté que les autres, ça se ressent. Sans savoir expliquer pourquoi, je ne le mets pas sur un roi ici. Le bouton me relance à 3200. C’est un joueur qui a souvent, depuis le début tenté d’arracher les pot lorsqu’il ressentait une faiblesse. Or mon Cbet ultra light représente de la faiblesse. Sans hésitation, je 3-bet à 7500 et il passe. Ca met en confiance un tel coup, d’autant plus que j’ai Air dans les oreilles, que j’adore cette musique et que j’ai pris les trois derniers pots que je convoitais. Mon tapis est repassé aux alentours de 34.000 et je trouve . Un call en set mining sur la relance d’Arnaud Esquevin et je trouve mon 4 au flop: . Je call son Cbet, mais n’extrairai pas plus d’argent du coup par la suite. Cependant, je gagnerai ce coup sans montrer les cartes une fois de plus. C’est alors qu’avec et , deux mains reçues d’affilées, je rencontre à chaque fois le flop pour le premier, et pour le second. Je me dis que c’est le bon timing. J’ai pris tellement de coups ces deux derniers tours, qu’ils ne vont pas me laisser prendre le pot à nouveau. Mais mes 2  CBet ne trouvent pas de résistance, à ma grande déception.

Mon tapis est repassé à 35 ou 36k et je joue un poker dans lequel je me sens bien. Je suis optimiste pour la suite. Je décide alors de calmer le jeu pendant l’heure qui suit et de ne jouer plus que mes bonnes cartes. Je ne peux pas avoir eu 6 fois des bonnes cartes en si peu de temps. J’ai créé une certaine image que je compte réutiliser.

On arrive au bout du niveau et je trouve . Les blinds sont toujours à 200-400. Le jeune à ma droite n’a pas beaucoup bougé depuis le début, il ouvre à 1100. Je relance à 3500 et il me call. Nous somme deux dans ce coup et j’ai la position sur lui. Flop: . Il check, je l’observe un instant, et c’est à contre-coeur que je fais le Cbet à 5100. En effet, j’ai déjà senti un truc louche dans son comportement un peu stressé. Il est fort ici. J’ai eu envie de check le flop behind, mais en même temps, dans quel but, celui de toucher l’un de mes deux outs qui font de ma main la main gagnante avec certitude, ou dans le but de contrôler le pot au flop, et payer ses mises au turn et au river comme un mouton passif et suiveur? Ce Cbet est finalement la bonne option. Avant même qu’il réagisse et fasse son action, je vois son visage. Il n’est plus le gars calme et serein des dernières heures. Il est comme, furieux, il a le visage crispé, pas comme s’il m’en voulait, mais comme s’il avait un jeu monstrueux. Il attend et je sais déjà qu’il va faire tapis. Je le ressens si fort que ma décision est déjà prise. Après 20 secondes de réflexion, il met ses 23.000 jetons restants dans le pot. Je folde instantanément mes dames face ouverte sur table pour montrer aussi que mes 3-bet préflops ne sont pas à ne pas respecter, ayant l’intention de les utiliser plus tard. J’ai la quasi-certitude d’être derrière l’un de ces 4 jeux (AA,KK,99,77) dans sa main. Bien sûr, est aussi possible, mais dans ce cas, qui est le meilleur des cas, c’est le coin flip. De toute façon, ce gars, très prudent n’aurait pas joué son EPT avec moins que les dames ici. Bien sûr, j’ai pensé aux valets et aux dix dans sa main, mais lui sait aussi que je peux avoir une grosse pair en main, vu que je n’ai plus fait de 3-bet préflop depuis plus d’une demi-heure.

Mon tapis est redescendu à 26 ou 27k suite à ce coup, et les deux heures suivantes ne seront qu’une succession de mauvais coups. Aux blinds 300-600 ante 50, je me fait 3-better deux fois préflop face à des relances de ma part à 1500 par le même gars en position qui n’avait pas trop bougé avant. Il mise 4200 et je dois passer. Je pense qu’il devait avoir du jeu, et que ce n’est pas pour empêcher une nouvelle offensive de ma part. C’est alors que je trouve au bouton. Deux sièges à ma droite se trouve l’un des deux non francophones qui avait fait un bluff pour le tiers de son tapis en début de tournoi, mais qui est tight malgré tout. Il ouvre à 1600. Avec 23k au tapis, je décide de faire le call. Flop: . Il mise 2500 et je call. Turn: . Il check et je check behind. River: . Il mise 4000. Je me souviens de son bluff, 5 heures plus tôt. Avec un roi, il contrôlerait ce pot ici et ferait normalement un check-call. Cette couleur runner-runner est peu probable. Peut-être essaye-t-il de me faire croire qu’il l’a. Aurait-il raté son tirage au flop, les trèfles? Peut-il avoir A-10 ici? C’est très polarisé. Il a soit un jeu béton, soit un jeu battu par ma deuxième pair, top kicker. Après une longue réflexion, je fais le call. Il montre . Je ne le mettais pas là-dessus. Pourquoi checke-t-il le turn. Seules 9-10 et A-10 sont des mains qui le battent, et je ne les représente pas du tout. Mais après réflexion, pourquoi ferait-il un bluff à la rivière, sachant que je sais qu’il a checké le turn. Peut-être parce qu’il me voit sur un tirage raté. Comme je call au flop, je représente au moins un roi si je ne suis pas en tirage. Je pense que ma première erreur est le call au flop, mais elle passe encore. La vraie erreur ici est ce call à la rivière. Je dois avoir 15k au tapis maintenant. J’ai intérêt à jouer mes cartes pendant un moment pour remonter. Mais ces cartes ne viennent pas et après un tour et demi d’une table devenue un peu plus agressive, mon tapis est à 12k suite à un call en postion d’une relance à 1500 préflop et flop non rencontré, et 1500 de blinds et d’ante. Je décide alors d’ouvrir à 1600 au hijack mais suis relancé à 4200 par le bouton qui m’avait fait ça une heure avant mais plus depuis. Je jette alors mon . Je laisse passer quelques coups. Avec 10k au tapis, je suis UTG+1 sur des blinds 300-600 ante 50. Et là, je perds un peu les pédales. Je peux parler de ma vraie deuxième grosse erreur de la journée. J’ouvre à 1800 avec . Mais à nouveau, je suis relancé à 4200 en middle par un gars qui avait peu bougé. Avec cette main dominée, je dois jeter l’éponge et regrette d’avoir dépensé 18% de mon tapis sur ce coup. Le tour (M) est à 1400. Avec moins de 8 M, je suis déjà en situation de push ou fold. Comment puis-je avoir envie d’ouvrir pour moins que mon tapis avec cette main, UTG+1 à ce stade du tournoi. Je passe et me retrouve avec 8.200. Je suis UTG et trouve . J’ai moins de 6 M. Je push, tout le monde passe, jusqu’à Arnaud Esquevin au bouton qui me paye avec . Flop: . Turn: . River: et je suis dehors. Je me lève avec un goût amer. C’était la fin du level 6 dans cette journée qui comprend 8 levels. Plus tard, au dîner, je trouve Arnaud et lui demande ce qu’il pense de mon push avec . Il me dit qu’il aurait fait pareil mais que c’est le coup juste avant, où j’ouvre à 1800 avec mon petit stack qui était mauvais. Nous sommes d’accord… Lorsque je vérifie dans “Kill Elky”, et que je me réfère à son fameux tableau qui calcule le power number, je ne suis pas mécontent de ma décision de push à ce stade-là. En effet, avec 9 joueurs à parler après moi, et un M un peu inférieur à 6, mon power number est de 52. Or pour KQo, il faut push lorsqu’on est en dessous de 48 selon le livre. Nous sommes donc à la limite où le push est incorrect, mais ce nombre, comme le dit le bouquin est une approximation qui ne tient pas compte de la dynamique de la table.

Le jour suivant est le jour de départ de quelques potes à encourager, Davidi Kitaï, Gary Hasson, Joël Benzinou. Ils passeront tous les 3 le day 1 pour sauter au day 2. L’ambiance poker est bien présente et la semaine s’annonce sympa, malgré cet échec.

jontheriver, Joël Benzinou, Davidi Kitaï, Gary Hasson

Le prochain post relatera, en allant à l’essentiel, mes sides events à Deauville.

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2 Responses to EPT Deauville: mon day 1A

  1. jorabino says:

    La longue suite de la semaine à Deauville sera relatée demain, vendredi 4… Merci pour l’intérêt que tu y portes Manu…

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