Invasion de bluffeurs à Breda

Breda, 10 janvier 2011.

Avec mon pote Marian*, nous avons fait rendez-vous devant le Zenith. Mais je n’ai pas envie de jouer au Zenith ce soir. J’ai envie de voir du pays. Je lui propose alors de refaire, comme il y a quelques temps, une petite virée au Casino de Breda. Il accepte et nous y allons.

Arrivé à cette table 2-2 hollandaise une heure et demie plus tard, je décide d’observer un peu plus les joueurs qu’à l’habitude, pour essayer de déceler des corrélations avec la fameuse légende belge :”les Hollandais sont meilleurs”. C’est aussi ce que je me suis souvent dit en les voyant affluer au Casino de Namur en période de tournois importants (Championnat de Belgique, Namur Poker Classics), les tournois où le rendez-vous est fixé sur une semaine avec une série de side events. Mais mon avis est le suivant: il ne faut pas confondre les étrangers qui s’expatrient pour venir jouer des tournois, et les locaux qui jouent chez eux. Les premiers ont forcément un budget voyage, et sont pour la plupart des gens qui peuvent se permettre de prendre congé en semaine pour un tournoi de poker à l’étranger. Il y a certes quelques one-shoters, mais beaucoup sont des réguliers de MTT qui gagnent leur vie au poker en général, des pros ou des semi-pros.

Cependant, au niveau des locaux, ils donnent en effet, à première vue, l’impression d’être meilleurs. Mais analysons cela :

-Premièrement, même si je comprends plus ou moins ce qu’ils disent, je ne comprends pas très bien. Je ne peux pas associer leurs intonations à un trait de caractère, une facette de leur personnalité, et ne peux que difficilement évaluer s’ils disent des choses peu intéressantes, ce qui en Belgique, permet souvent d’ajouter un paramètre au catalogage d’un joueur comme mauvais. Un joueur qui semble idiot ne peut être bon. Il peut certes avoir des qualités au poker, mais le joueur qui comprend mieux le jeu que lui pourra toujours réfléchir un niveau au-dessus et le dominer sur la longueur.

-Deuxièmement, l’attitude, la gestuelle et le comportement des Hollandais sont différents de ceux des Belges. Ils sont moins mauvais perdants, s’énervent moins en cas de bad beat, et sont moins bavards. Privé de toutes ces informations, cela prend donc beaucoup plus de temps pour évaluer si un joueur est mauvais. Il est possible de passer une session de 6 heures, sans réellement savoir si le joueur est excellent ou médiocre. L’unique façon de le voir est de déceler un coup mal joué, une erreur grossière. Mais s’il est tight et que ce coup n’arrive jamais pendant la session, que la situation fait que ses moves étaient standards tout-le-temps, on part de là en croyant qu’il était bon alors que ce n’était pas le cas. Le silence est également un gage de sagesse et de discipline. Il est synonyme de concentration, ce qui donne au joueur une image sérieuse.

Au final, lorsqu’on se concentre sur le jeu et pas sur les tells, on décèle pas mal d’erreurs. Un joueur qui me semblait très sérieux à première vue, est entré dans 95% des flops sur la session, que ce soit relancé à 6, à 14, ou à 22. Ca ne peut pas être un poker gagnant sur le long terme. L’ensemble de la table était très loose agressif. Lorsque quelqu’un relance à 14 sur des blinds 2-2, 5 ou 6 personnes payent les 14, et ce un trop gros pourcentage du temps. Les gens n’ont pas peur d’envoyer des sommes d’argent plus importantes que ce qu’on trouve à Namur, et la fréquence et l’aspect moins scary money qu’en Belgique, donne aussi l’impression qu’ils sont bons.

Ce que je retiens particulièrement du jeu de cette session, c’est qu’à Breda, le bluff est à l’affaire! Ces joueurs bluffent tellement lorsqu’ils ressentent une quelconque faiblesse chez l’adversaire, que j’en suis arrivé en milieu de session, à contrôler les pots en position avec un beau jeu, ou hors-position, essayant de représenter des tirages ou des jeux faibles, dans l’espoir de me faire bluffer. Voici deux coups, exemples de cette constatation:

Le premier, je le joue hors-position. Je suis au Cut-off avec . Un gars limpe en début de parole, 3 autres limpent, je paye également, et le bouton relance à 12. Les 4 limpeurs callent et moi aussi! Nous sommes 6 à voir ce flop. Flop: . Tout le monde check et je check aussi, laissant au bouton l’opportunité de faire son Cbet. Il mise 24. Tout le monde passe et je call. A ce stade, je ne suis pas encore sûr de ne pas être derrière AK, ou KQ. Cependant, je suis presque sûr que suite à mon call, le bouton me met plus sur un tirage que sur le roi. Turn: . Je checke, il mise 42. Sur ce pot de 120 euros, son 42 me semble assez faible. Je ne crois plus en un roi chez lui. Je décide de contrôler ce pot, et d’espérer que le coeur ne vienne pas à la rivière, car s’il ne vient pas, il croira d’une part que j’ai raté mon tirage et aura souvent envie de bluffer la rivière face à un check de ma part, d’autre part, il n’aura pas pu le toucher lui. River: . Je check. Il mise 60. Je n’ai presque pas de doute d’être devant en voyant la valeur de sa mise ici. Avec un jeu monstrueux, son value bet aurait été plus gros sur ce pot avoisinant 200 euros. 60 euros suffisent à faire passer un tirage manqué. Je call et il dévoile en me disant :”nice call”. Je retourne mes cartes après. Je pense qu’il ne s’attend pas à voir un roi et qu’avant de voir mes cartes, il croit que j’ai fait un hero call ici. En effet, il est étonné.

Le second a lieu quand je suis en position sur le bluffeur. J’ai , et j’ouvre à 14 au cut-off de nouveau. 5 personnes payent. Flop: . Ca checke jusqu’à moi, je mise 40, près à revenir sur un relanceur. Même contre quelqu’un qui aurait déjà deux pairs, je suis bien ici. Le bouton me paye, et un gars en middle position, qui avait montré un jeu assez agressif depuis le début, et assez créatif aussi. Turn: . Ce n’est pas ma carte préférée, bien que je voie rarement quelqu’un sur un 4 ici, un 4 qui donne la quinte. Le gars en middle checke, je checke et le bouton checke. A ce moment, je vois le bouton souvent sur un tirage depuis le flop. Il call au flop, et check en position au turn, malgré qu’on soit deux à avoir montré de la faiblesse. River: . Cette carte ne complète aucun tirage. Avant même qu’il ait le temps de miser, je me dis: le gars premier à parler en middle sait que ni moi ni le bouton n’avons le 4. Il sait que ce 10 n’apporte rien à personne. Je sens, vu ce que j’ai vu de son jeu agressif et loose qu’il va souvent bluffer ici. En un éclair, il mise 110. Il le fait tellement vite que je ne peux pas un instant imaginer être derrière avec mon As. Avec une double pair, il check-call un éventuel bluff et ne prend pas le risque de se faire check-raiser par un 4 embusqué. Il a donc soit le 4, soit pas grand chose. C’est polarisé. Mais en même temps, sa mise est tellement rapide, qu’on comprend que c’est rarement un value bet, car on réfléchit plus que ça, pour calibrer la bonne taille d’un value bet. En plus, avec l’anticipation que j’avais faite sur sa mise, tous les paramètres sont en ma faveur pour me faire penser que mon As est toujours devant. Je vois le bouton près à jeter ses cartes avant d’avoir pris ma décision, et je sais que c’est sincère. Je call et le bouton passe. L’ouvreur retourne si lentement et si difficilement ses cartes que je comprends vite que j’ai gagné. J’attends quand-même, j’ai payé pour voir. Finalement, il me montre un dans la douleur, en me disant :”je n’ai que le 3″. Je montre mon jeu et remporte le pot.

Je finis la session avec un net de :+500 euros

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