Un mauvais Cameo

Bruxelles, 29 août 2010

La nuit ne fut pas des meilleures. Après ma soirée de samedi soir avec mes potes, je décide d’aller au Cameo pour continuer à construire ma bankroll.

La table se remplit au milieu de la nuit et je connais tout le monde. Sans jeu aucun, je maintiens mes 100 euros de départ pendant les 3 premières heures.

Ensuite arrive François*. J’ai déjà souvent joué à cette table électronique avec lui les 2 mois qui sont passés. Je ne le considère pas comme très bon, car il call très souvent hors cote pour essayer à tout prix de craquer les grosses mains de ses adversaires. Seulement, ce joueur est très agressif et assez difficile à lire. Le jeu très tight que je joue, et où j’ai la possibilité d’aller chercher mes nuts postflop toujours assez bon marché à cette table, devient moins efficace contre ce joueur. Le problème majeur est que, même si ce joueur ne me fait pas peur sur le long terme, il m’oblige à jouer un jeu où ma variance augmente. J’ai moins de contrôle sur la table.

Sachant très bien qu’il a cerné depuis longtemps que je jouais tight à cette table ultra-loose, et qu’il prend un malin plaisir à jouer contre moi pour venir craquer mes gros jeux avec des poubelles,  je décide d’investir quelques euros pour me construire une image nouvelle à ses yeux.

au BB: limp de 6 ou 7 joueurs. François* est au boutton et on voit tous le flop pour 1 euro. Flop : . Tout le monde check et je sais déjà que François* va utiliser sa position. Il mise 5, SB passe et je relance à 15. Le but premier est de lui montrer le bluff. Si ça passe, je le referai peut-être encore une ou deux fois dans la soirée, mais au moins il imprimera que je fais des moves. Il call mes 10 euros supplémentaires. Turn: . On check tous les deux. Je n’ai plus envie d’investir d’argent ici. Ce joueur paye hors cote pour craquer. Il peut avoir touché cet As. Je décide que le coup est fini et espère qu’on ira au showdown pour qu’il voie ce que j’ai essayé de faire. River: . Il n’a sans doute pas l’As mais peut avoir la dame et ne croira pas à une nouvelle mise de ma part, vu la passivité au turn, ou alors payera perdant me voyant fort mais pour voir mon jeu. On check tous les deux et il montre . Il voit mon et me dit : « Jon, mais qu’est ce que tu fais ».

au bouton: toujours dans la même optique, et pour créer une image, je décide de relancer à 4 au bouton avec une poubelle. Deux personnes call dont François*, qui est au hijack. Flop: : je me dis : « je me retrouve ici avec une bottom double pair vulnérable » et je n’aime pas énormément ce spot, situation dans laquelle je me retrouve rarement. Je préfère me retrouver avec la double pair max ou un brelan. Tout le monde check et je mise 18 euros dans ce pot qui en contient 22. Tout le monde fold jusqu’à François* qui call mes 18. A ce stade et connaissant la bête, je vois très souvent François*, ayant trouvé son 6 ou son 3 au flop ou sur un tirage quinte, ventral ou ouvert. Il me veut, il joue pour me craquer, car il a compris depuis longtemps que j’étais gagnant à cette table et je pense que ça l’énerve. Lui n’est pas gagnant je pense. C’est un joueur de roulette invétéré, et trop flambeur pour être capable de construire une bankroll de façon sérieuse, malgré son atout au Hold’em, qui est l’agressivité et le fait de ne pas avoir peur de la variance. Je ne le vois pas sur une dame, il aurait repris la main au flop avant que j’aie le temps de parler, ou m’aurait au moins fait un check-raise.

Par contre, j’ai la presque conviction que lui, me voit sur une dame. J’ai relancé à 4 avant le flop, je ne peux presque avoir que ça. Sur ce rainbow flop, il sait que je n’aurais pas misé autant avec un brelan. Et je sais bien qu’il me voit sur une main comme QJ, QK, peut-être QT, pourquoi pas QA. Turn: . François* reprend alors la main et envoie la valeur de mon tapis, 60 euros dans ce pot à peu près aussi gros. Je connais ce move chez lui. C’est très souvent un semi-bluff. Dans ce cas-ci, c’est même une tentative de faire fuir mon éventuelle dame avec un soi-disant As touché au Turn, pour peu que je n’aie pas AQ. J’ai la quasi-certitude d’être devant avec ma double pair ici. Pour moi, il a souvent un tirage couleur ou suite (même ventrale) et profite de l’As pour augmenter encore sa fold equity sur moi. Un As dans sa main est peu probable pour moi. Sa mise est une mise pour chasser. Et même s’il a vraiment touché cet As, je pense qu’il n’a pas grand chose de plus. Pour me battre, il lui faut une double pair à ce stade, mais je ne le vois absolument pas là-dessus, car il aurait sans doute également repris la main, mais pas pour mon stack entier. Je call rapidement sa mise et découvre dans sa main (le showdown est pratiqué à cette table avant que toutes les cartes du board ne soient visibles). Il se retrouve donc avec 16 outs (neuf piques, deux dames, deux As et trois 8). Lorsque je call, j’ai donc 63.6% de remporter ce coup. River: et il empoche tout avec sa couleur. J’ai donc bien joué ce coup, mais le fait de jouer ces mauvaises cartes, malgré ma bonne lecture, a augmenté ma variance de manière significative. Tout fier, François* a craqué mon jeu en payant 18 avec sur un flop avec backdoor piques. C’est un pot de près de 200 euros qui me passe sous le nez.

Il se sent obligé de faire des petites remarques désobligeantes comme « couleur, ça gagne ? » et je ressens sa joie d’avoir réussi son accident. Le fait qu’il ait touché ne me dérange pas, puisque cela devait arriver plus d’un tiers du temps dans ce spot. C’est ce qu’il dit après, non conscient qu’il a  très mal joué au flop et moyennement bien au turn qui m’exaspère un peu. C’est sa fierté injustifiée. Cependant, je ne tilte pas, cela peut être dur parfois de se contrôler, surtout après un coup comme ça, mais je jouerai dans les mains suivantes un jeu toujours aussi tight que d’habitude.

Pour revenir à la question de savoir si j’ai bien joué le coup, je dirai : oui postflop et non avant le flop bien sûr, car que peut-on espérer d’une main comme 63 si ce n’est de flopper une botom double pair, ou un brelan mal kické. Avec une double pair max, je me serais trouvé au turn contre 9 outs au lieu de 16, ce qui change quand-même bien les choses.

au cutoff: après avoir été reraise violemment préflop par François* deux fois sur mes raise au bouton, j’ai décidé de ne plus le laisser faire la troisième fois. La première fois, j’avais , il limp en middle, je mise 5 et il relance à 50. Je fold et il dévoile . La seconde fois, j’ai , il limp en middle, je raise à nouveau au boutton à 4 ou 5, il relance à 40, je fold, il montre . C’était une manière de me dire, tu me laisses voir le flop pour 1 euro, ou je te reraise de façon énorme. Mais je n’allais pas me laisser prendre à son petit jeu et lui montrer que je continuerais mes relances en position avec de bonnes mains.

J’ai alors à nouveau au cutoff: comme à l’habitude, il limp, et je mets 4. Il me relance à 30. A ce moment, j’ai 126 au tapis. Puisqu’il a montré des bonnes mains aux coups précédents, qui avaient le même betting pattern, je le mets sur AQ+, 77+. Mais il peut également faire ce move sur base des deux coups précédents, puisqu’il avait montré de bonnes mains après mes fold. Je lui donne malgré tout encore du crédit. Si je sais qu’il a une overpair, je n’ai évidemment pas la cote pour faire du set mining et trouver un brelan au flop, puisque je dois payer 26 et qu’il me reste à peine 4 fois ça derrière. Je devrais avoir 12 fois ça derrière et François* aussi pour que ce soit intéressant. Mais j’ai confiance en mes 9 et réévaluerai la situation au flop, en fonction de l’action de François*, qui se trouve hors position. D’autre part, si je double mon tapis sur lui en touchant ce fameux 9 au flop, il va tilter facilement, et ce sera rentable par la suite. Je le connais, il peut ne pas se contrôler quand il commence à perdre. Flop: . François* mise alors 100 euros, mon tapis. Dans le meilleur des cas pour moi, François* a 88, voire AK. Un truc me dit qu’il peut avoir AK et qu’il veut continuer son agression. Ce joueur ne chasse pas si facilement avec une main énorme. Je ne le vois pas sur AA, KK, QQ. Déjà je ne le vois pas les jouer aussi agressivement préflop. TT et JJ me font peur. Il n’a pas touché brelan non plus, car il ne met pas 100, il m’attire progressivement dans ce cas-là, sachant très bien que le fait de laisser rentrer un 5 ou un 6 n’est pas dangereux, puisque j’ai rarement ces cartes dans ma range vu mon raise-call préflop. Pour moi, 4 mains justifient son all-in au flop. 88 que je domine à environ 90% et AK que je domine à 75%. Deux mains sont catastrophiques pour moi TT et JJ contre lesquelles, je n’ai plus que 8 ou 10%. Mais vu quelques tells live difficile à expliquer, et peut-être intuitifs même, je crois fort en AK dans sa main. D’autre part, psychologiquement, je n’aurais pas supporté qu’il ait AK et qu’il touche, car c’est un très mauvais gagnant et qu’en cas de bad beat, il va s’exciter, et sa joie va m’énerver. Ca pourrait me déstabiliser d’en prendre un deuxième si rapidement. Bien sûr, si je suis convaincu qu’il a AK, je call, mais avec tous ces doutes et toutes ces conséquences psychologiques en cas de bad beat, je décide de fold ma main et il dévoile tout fier. Je lui dis qu’il était devant et sa joie tombe un peu. Mon mensonge était grand comme un camion. Seule AQ dans ma main, justifierait qu’il soit devant et comme j’ai hésité 1 minute avant de faire mon fold, il devrait se douter que je n’ai pas AQ. Il n’a pas réagi. Je suis sans doute le seul de cette table à passer ici sur baby flop, mais, ça je ne crois pas que François* le sache car on n’a jamais vraiment été dans une telle situation. Après rélfexion et calcul de mon équité sur sa range, je constate que sur ce flop, est à 51.4% contre une range comprenant les 4 mains que ce cite plus haut (AK, 88, TT, JJ). Avec les 60 euros qui se trouvaient déja dans le pot, le call des 100 euros supplémentaires devient évident, surtout que j’accordais plus de probabilité à AK qu’à l’une des autres mains. C’est donc un mauvais fold de ma part, un peu influencé par l’énervement provoque en moi le fait de le voir se réjouir en cas de déstackage de mon tapis, ce qui est une lacune à corriger au plus vite dans mon poker. Il m’est arrivé de voir plusieurs fois des pros dans les casinos, ne pas réagir aux attaques psychologiques de mauvais gagnants. Je suis admiratif par rapport à leur comportement, et travaille là-dessus du mieux que je peux.

au bouton: Gustave* est un autre mauvais joueur. Il fait des bluffs et des semi-bluffs très lisibles et je connais un peu son bluffing pattern. Preflop, 5 limpeurs et je décide de limp également. Flop: . Gustave* mise 8, premier de parole. Je le connais, il a des périodes où il n’arrête pas de faire ça sur 40% des flops. On est 6 dans le coup mais il ouvre premier, souvent avec des tirages improbables. Il a décidé de bluffer le coup et il ne s’arrêtera pas de si tôt. Tout le monde fold jusqu’à moi. Pour calmer ses ardeurs, et avec ma top pair mauvais kicker, je relance à 20. Il me call. Turn: . Ce 4 n’apporte rien de plus au board, mais Gustave* reprend la main à 15. C’est assez marrant. Il veut récupérer le désavantage qu’il a de ne pas avoir la position sur moi et choisir lui-même la hauteur des mises. Je crois fermement être toujours devant lui. Il a fait exactement le même coup plusieurs fois auparavant et c’était chaque fois sur un tirage. Je pourrais relancer et lui faire payer son tirage cher. Mais il n’est malgré tout pas du genre à aller chercher des tirages trop chers, même s’il adore les semi-bluffer. Et puis je dois contrôler ce pot au cas où je me trompe. Je décide de faire un call et d’évaluer à la rivière selon ses tells, et la texture du board si son tirage est rentré. Je sais également qu’il va miser la rivière aussi s’il a raté son tirage. River: . Il mise 22 et je call. Je ne crois pas du tout au runner runner trèfles, malgré qu’il ait repris la main au turn. S’il avait les trèlfes, il aurait fait un value bet bien plus gros dans ce pot qui avoisine 80 euros avant sa dernière mise. Je prends le pot. Il avait  pour un tirage quinte ventral manqué.

Après 8 heures de jeu et 150 au tapis, je décide de quitter les lieux perdants, pour aller dormir, car la fatigue me fait perdre ma concentration.

Bilan net : -150 euros

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